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Mon rapport moral pour l'AG Interfel du 23 juin 2026 au Quai d'Orsay

Interfel — Assemblée générale du 23 juin 2026

Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, Paris

Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,

Notre association interprofessionnelle est née officiellement le 5 juillet 1976.

Cinquante ans plus tard, nous sommes réunis au Quai d'Orsay pour célébrer, avec quelques jours d'avance, cet anniversaire. Le lieu n'a pas été choisi au hasard. Il rappelle que les fruits et légumes frais ne s'inscrivent pas seulement dans nos territoires, nos exploitations, nos entreprises ou nos magasins. Ils s'inscrivent aussi dans un monde ouvert, interdépendant et en profonde transformation.

Au moment où nous célébrons ce demi-siècle d'existence, il est utile de revenir à une question simple : pourquoi Interfel a-t-elle été créée ?

À l'époque, le législateur faisait un pari audacieux : permettre à des producteurs, des expéditeurs, des grossistes, des détaillants — et plus tard à des importateurs ainsi qu'aux acteurs de la restauration collective — de s'organiser au sein d'une même association afin que la recherche d'accords l'emporte sur la logique de l'affrontement.

L'idée était simple dans son principe, ambitieuse dans sa portée : lorsqu'une filière est confrontée à des défis qui dépassent chacun de ses acteurs pris isolément, la coopération devient plus efficace que la confrontation.

Cinquante ans après, cette intuition apparaît d'une remarquable modernité.

Car les sujets auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui — compétitivité, souveraineté alimentaire, transition écologique, évolution des comportements de consommation, innovation, emballement normatif, impasses réglementaires, commerce international ou adaptation au changement climatique — sont précisément ceux qu'aucun maillon de la chaîne ne peut affronter ni résoudre seul.

L'interprofession n'a jamais eu vocation à effacer les divergences d'intérêts entre ses membres. Elles existent, elles existeront toujours, et il serait illusoire de prétendre le contraire.

Sa vocation est plus exigeante.

Elle consiste à permettre à des familles professionnelles aux réalités parfois très différentes de construire des réponses communes lorsque l'intérêt général de la filière l'exige.

Elle consiste aussi à maintenir dans la durée cette capacité de dialogue qui fait la singularité et la force de notre organisation.

Cinquante ans plus tard, nous pouvons mesurer le chemin parcouru.

Quinze familles professionnelles représentant l'ensemble des métiers, depuis les champs, les vergers et les serres jusqu'aux étals et à l'assiette, continuent de travailler ensemble. Cette unité ne doit rien au hasard.

Nous en connaissons la raison profonde.

Interfel est devenue une interprofession à mission.

Ce qui nous rassemble n'est pas un intérêt immédiat partagé.

C'est une ambition commune, plus grande que chacun de nos métiers.

Celle de servir la cause des fruits et légumes frais : leur production, leur mise en marché, leur qualité, leur attractivité et leur consommation.

Une cause à la fois nutritionnelle, environnementale, gastronomique, et, tout simplement, une cause de plaisir.

C'est à l'aune de cette mission fondatrice que je vous propose de regarder l'année écoulée et les défis qui sont désormais devant nous.

Vous trouverez dans le rapport d'activité qui vous est remis le détail des très nombreuses actions conduites par notre interprofession au cours de l'année 2025. Je n'en reprendrai pas ici l'inventaire. Je souhaite plutôt mettre en lumière quelques acquis significatifs et quelques défis qui illustrent la capacité d'Interfel à construire des réponses collectives dans un environnement en constante évolution.

Nous pouvons d'abord nous féliciter de l'accord triennal conclu à l'unanimité des familles professionnelles sur la contribution volontaire étendue pour les années 2026 à 2028.

Cet accord prévoit une diminution moyenne d'environ 10 % des taux de prélèvement afin de tenir compte d'une progression de la collecte devenue supérieure à l'évolution générale des prix. Nous avons également choisi de nous doter d'un mécanisme d'ajustement destiné à éviter qu'un tel écart ne puisse se reproduire à l'avenir.

Cet accord constitue un signal fort. Il démontre qu'Interfel sait prendre ses responsabilités, adapter ses ressources aux réalités économiques et construire des compromis équilibrés lorsque l'intérêt collectif le commande.

L'année écoulée nous a également rappelé que l'action interprofessionnelle se confronte parfois à des situations nouvelles que les textes n'avaient pas anticipées ou que la rigueur du droit met dans une impasse.

La question de la quatrième gamme et de la fraiche découpe en est une illustration. La reconnaissance récente de cette compétence au sein de l'Anifelt a créé une situation juridique qui déstabilise le cadre dans lequel nos deux interprofessions exercent aujourd'hui leurs missions pourtant complémentaires pour ces fruits et ces légumes qui sont bien offerts sur les étals dans l’univers des produits frais.

Cette situation nous rappelle une leçon que cinquante années d'existence nous ont enseignée : la vie est plus riche que le droit.

Le droit est indispensable. Il fixe les règles du jeu et garantit les équilibres. Mais il ne peut jamais prévoir à l'avance toutes les évolutions économiques, toutes les transformations des entreprises et toutes les situations nouvelles qu'une filière vivante rencontre inévitablement au fil du temps.

C'est dans cet esprit que nous poursuivons aujourd'hui la réflexion engagée sur l'évolution de nos statuts.

Notre objectif n'est pas de remettre en cause les équilibres qui fondent notre interprofession. Il est au contraire de les conforter.

Nous voulons nous assurer que nos règles continuent à favoriser l'engagement de toutes les familles professionnelles, à encourager la recherche d'accords et à préserver ce qui constitue depuis cinquante ans la force d'Interfel : la capacité de faire travailler ensemble des acteurs différents autour d'une ambition commune.

Aucune famille ne doit craindre pour ses intérêts fondamentaux. Chacune doit pouvoir continuer à apporter sa vision, son expérience et sa capacité de proposition.

Car dans une interprofession, la force d'une famille ne se mesure pas seulement à ses droits de vote. Elle se mesure d'abord à sa capacité à convaincre, à construire des solutions utiles à tous et à contribuer à l'émergence d'un intérêt collectif supérieur aux intérêts particuliers.

C'est cette culture du dialogue, de la recherche d'accords et du respect mutuel qui a permis à Interfel de traverser cinquante années d'histoire. C'est elle qui continuera à guider notre action dans les années qui viennent.

L'année 2025 a également été marquée par la poursuite des travaux engagés autour de la souveraineté des fruits et légumes.

Interfel s'était fortement mobilisée pour obtenir l'adoption du Plan de souveraineté annoncé en 2023. Sa mise en œuvre se poursuit très modestement aujourd'hui et chacun mesure les graves difficultés de financement auxquelles il est confronté.

C'est dans ce contexte que nous avons quand même choisi de nous engager pleinement dans les conférences de souveraineté. Nous y avons vu l'opportunité de renforcer notre connaissance des marchés et de mieux comprendre les dynamiques propres à chaque fruit et à chaque légume.

Consommation, préférences des consommateurs, compétitivité des différentes origines, perspectives d'investissement, freins à la production : cette connaissance fine doit progressivement constituer un véritable tableau de bord stratégique de la filière.

Elle doit permettre aux professionnels de mieux anticiper leurs décisions, de renforcer l'organisation économique des productions et d'éclairer les pouvoirs publics sur les conditions nécessaires à l'amélioration durable de notre souveraineté.

Car plus que jamais, la connaissance des réalités de nos marchés et des contraintes spécifiques qui sont imposées constitue un levier majeur de souveraineté.

Cette exigence de connaissance nous conduit naturellement à un autre devoir : celui de la pédagogie de nos réalités.

Notre filière évolue dans un environnement où les attentes de la société sont fortes et où les pouvoirs publics cherchent légitimement à améliorer les conditions de production et la rémunération des producteurs.

Mais les fruits et légumes frais obéissent à des mécanismes économiques particuliers que nous avons le devoir d'expliquer. Produits vivants, périssables et soumis aux aléas climatiques, ils relèvent d'une économie dans laquelle la rencontre entre l'offre et la demande demeure déterminante.

Les progrès les plus durables naissent de l'organisation des producteurs, de la circulation de l'information, de l’efficacité logistique, de l'anticipation des marchés et d'une meilleure coordination entre les différents maillons de la filière.

Notre responsabilité est donc d'aider à construire les solutions qui partent de la réalité de nos marchés plutôt que de chercher à leur imposer des réponses qui en ignoreraient les mécanismes fondamentaux.

Cette pédagogie des réalités concerne également les conditions de production.

Depuis plusieurs décennies, notre filière investit dans la recherche, l'expérimentation et l'innovation afin de développer des systèmes de production toujours plus performants sur les plans agronomique, environnemental et économique.

Le maraîcher et l'arboriculteur mobilisent aujourd'hui l'ensemble des solutions disponibles : prévention, observation, biodiversité fonctionnelle, protections physiques, biocontrôle et amélioration permanente des pratiques.

Mais cette démarche nous conduit également à rappeler une réalité simple : lorsque l'ensemble de ces moyens atteint ses limites, le producteur doit pouvoir disposer de solutions efficaces pour protéger sa récolte contre les maladies et les ravageurs.

Assumer cette réalité avec sérénité, transparence et rigueur fait partie de notre responsabilité collective. Là encore, notre devoir est d'expliquer les réalités de nos métiers afin que le débat public puisse s'appuyer sur les faits plutôt que sur les idées reçues.

Les fruits et légumes c’est jamais trop, comme le martèlent utilement et efficacement nos campagnes de communication.

De la même façon, nous ne ferons jamais trop de pédagogie pour la réussite de notre projet.

Cette compréhension des réalités ne peut exister que si nous restons en permanence à l'écoute du terrain.

C'est pourquoi nous avons poursuivi le développement de nos comités régionaux avec le déploiement d’un septième comité régional Interfel en Occitanie l’an passé.
Ces comités sont bien davantage que des relais territoriaux. Ils sont des lieux d'échange, d'initiative et de créativité. Ils permettent aux acteurs de terrain de nourrir la réflexion collective et à l'interprofession de rester connectée à la diversité des territoires, des productions et des entreprises qui composent notre filière.

Cette diversité nous bouscule parfois. Elle complexifie parfois nos débats. Mais elle constitue surtout une richesse irremplaçable.

Car c'est dans ce dialogue permanent entre les territoires et l'action collective que se construit la vitalité d'Interfel.

Enfin, les cinquante ans d'Interfel nous invitent aussi à regarder au-delà de nos frontières.

Notre assemblée générale se tient aujourd'hui au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Ce choix reflète une conviction simple : l'avenir des fruits et légumes frais se construit dans un environnement profondément international.

C'est dans cet esprit qu'Interfel a souhaité accompagner les travaux conduits par le Club Déméter et Sébastien Abis autour de la publication de l'ouvrage consacré à la géopolitique des fruits et légumes.

La France importe aujourd'hui près de la moitié des fruits et légumes qu'elle consomme. Dans le même temps, certaines de nos productions trouvent dans l'exportation des débouchés indispensables à leur équilibre économique.

Cette réalité nous conduit à une conviction forte : la souveraineté ne doit pas être confondue avec le repli sur soi. La souveraineté, c'est la maîtrise de nos dépendances.

Elle suppose de comprendre le monde tel qu'il est, de renforcer notre autonomie stratégique et de produire chaque fois que nos atouts nous permettent de participer aux échanges internationaux.

Elle suppose également que les échanges reposent sur des règles du jeu équitables et sur une concurrence loyale entre les producteurs.

Comprendre le monde n'est pas une option. C'est une condition de notre compétitivité, de notre souveraineté et de notre capacité à préparer l'avenir.

Pour conclure, Je remercie les administrateurs, les présidents de familles, les membres des commissions, les élus des comités régionaux et l'ensemble de celles et ceux qui consacrent du temps, de l'énergie et de l'intelligence à notre action collective.

Je souhaite aussi remercier chaleureusement les équipes d'Interfel pour leur engagement, leur professionnalisme et leur capacité à faire vivre chaque jour les ambitions de notre interprofession.

Depuis cinquante ans, Interfel a démontré qu'il était possible de faire dialoguer des métiers différents tout en construisant des réponses communes.

Continuons à aborder ensemble les sujets les plus complexes avec exigence, franchise et respect mutuel.

Car c'est dans la qualité de ce dialogue que réside la meilleure garantie de réussite pour notre filière et pour les cinquante années qui viennent.

Je vous remercie de votre attention.

Mon rapport moral pour l'AG Interfel du 23 juin 2026 au Quai d'Orsay
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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Président d'Interfel (Interprofession des fruits et légumes frais)
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