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Mes vœux de bonne année pour la cause des fruits et légumes en 2026 (1)

La campagne est restée bien blanche toute la journée du 1er janvier. Plusieurs jours d’affilée avec des températures qui descendent nettement en dessous de zéro en ce début d’année est une première bonne nouvelle pour le repos végétatif de nos cultures. Elles ne sont pas si nombreuses en ce moment. Il faut donc savoir les goûter une à une quand elles surviennent.

Après avoir été longtemps aux alentours de 8 à 10 milliards d’euros, le solde commercial de l’agroalimentaire français menace d’être tout juste positif en 2025. Le sénateur Laurent Duplomb qui recevait en audition le lundi 15 décembre dernier des représentants des filières tomates, pommes et poires ainsi que le CTIFL et Interfel rappelait en introduction que le rapport sur la compétitivité de la ferme France de 2022 dont il est le co-auteur avec Pierre Louault et Serge Mérillou avait prévu le passage en négatif pour 2024. Qu’ils ne s’étaient donc trompés que d’un an, voire un peu plus.

De plus en plus insatisfait de cette situation alarmante, le sénateur s’est remis au travail pour actualiser ce rapport qu’il présentera dès le mois de février 2026. Nul doute que ce nouvel état des termes de la compétitivité de la ferme France sera accompagné d’une proposition de loi. Une seconde initiative parlementaire pour chercher à lever les handicaps qui nous conduisent à ces très mauvais résultats et nous font dépendre de plus en plus de l’importation pour nous nourrir.

J’ai une admiration toute particulière pour Laurent Duplomb. Il est cet éleveur toujours actif, associé en Gaec laitier en Haute- Loire, issu du monde ouvrier, engagé syndicalement puis politiquement comme maire et ensuite sénateur qui a réussi à redonner espoir au monde agricole en 2025.

Bien que l’Europe ait redonné son approbation après évaluation de l’EFSA pour la substance active acétamipride jusqu’en 2033, il était presque unanimement acquis pour l’ensemble des élus que l’interdiction générique en France de tous les néonicotinoïdes était politiquement irréversible.

Quoi de plus banal pourtant que de vouloir redonner autorité à l’organisation mise en place pour l’approbation des substances actives par l’Union Européenne et dans chaque pays pour l’homologation des formulations commerciales qui les contiennent ? C’est-à-dire à des agences scientifiques indépendantes, l’EFSA pour l’Union Européenne et l’ANSES pour la France. Quoi de plus légitime que de reconnaître que la représentation nationale, impatiente d’une décision d’interdiction qui selon elle tardait à venir de la part des autorités sanitaires, s’était substituée trop radicalement en 2016 aux agences indépendantes dont par ailleurs elle vante les mérites et la nécessité ?

Peu importait pourtant aux élus de savoir que des pans entiers de la production agricole se trouvent dans des impasses uniques en Europe pour se protéger contre les attaques de certains pucerons ou autres parasites. Ils étaient paralysés, soit par dogmatisme lié à leurs convictions propres, soit par la peur de la vindicte conjointe des médias et des électeurs sensibles aux arguments catastrophistes qui fusaient de partout.

C’est l’immense mérite de Laurent Duplomb que d’avoir considéré qu’il était parfaitement légitime et raisonnable d’accepter les décisions de l’EFSA envers l’acétamipride et d’en rendre l’utilisation possible en France pour les cultures en danger.

Son initiative a pourtant été considérée comme la pire des monstruosités et s’est trouvée vilipendée de partout. Toute la batterie des arguments incontestables du moment y sont passés. Climatosceptisme, atteinte à la biodiversité, mort des abeilles et des pollinisateurs, agriculture industrielle, lobby de la chimie, cancers en tout genre, j’en passe et des plus effrayants encore. Nombre de scientifiques médiatiques, mais pas ceux de l’EFSA, d’experts en agriculture régénérative, en agroforesterie, en biodynamie, en agriculture urbaine ou de salon se sont répandus sur les réseaux et sur les ondes pour dénoncer cette solution du passé et l’affreux et dangereux sénateur.

Le choc a été terrible mais il a tenu bon sous la mitraille. Et beaucoup d’autres élus sérieux qui se sont penchés sur le dossier ont soutenu avec beaucoup de courage la proposition de loi qui contenait cette disposition. Eux aussi ont eu à subir les foudres horribles des dénonciateurs de tout poil. Bien sûr il a fallu envelopper l’article de loi de mille précautions pour encadrer l’éventuelle dérogation qui pourrait être accordée pour utiliser cette matière active sur une culture. Ce qui n’est nulle part le cas dans les pays de l’Union européenne ou dans le reste du monde.

Après un parcours aussi chaotique qu’improbable la loi a été votée par les deux assemblées. Cependant, une pétition fédératrice de tout l’imaginaire négatif développé au fil des travaux parlementaires a récolté plus de deux millions de signatures. Et c’est le Conseil constitutionnel qui a eu le dernier mot en supprimant avec une argumentation scabreuse l’article qui contenait la possibilité de dérogation à accorder à cette substance autorisée en Europe.

Un luxe d’analyses de la part des juges de la plus haute juridiction du pays pour affirmer qu’il est inconstitutionnel en France, pays membre fondateur de l’Union européenne, de vouloir autoriser, même avec d’infinies précautions, l’utilisation par des agriculteurs français pour protéger leurs cultures d’une substance active parfaitement autorisée par l’Europe à partir des avis circonstanciés de l’agence scientifique indépendante qui la conseille. Si c’est bien ce que permet la constitution, avec ses ajouts successifs dont le fameux article 1er de la charte de l’environnement qui dit que « chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé », toutes les interprétations castratrices du travail du législateur sont possibles.

Le Conseil constitutionnel a donc la capacité et la volonté d’interdire en France de contrôler le balanin et la punaise diabolique dans un verger de noisetier avec de l’acétamipride. On sait pourtant qu’il n’y a aucun impact inacceptable sur l’environnement et encore moins sur la santé des consommateurs qui n’en verront jamais la trace. Qu’en est-il alors de la population qui vit dans des environnements péri-urbains soumis au narcotrafic et aux nuisances irrespectueuses de la l’article 1er de la Charte de l’Environnement qui est pourtant un principe constitutionnel. On ratiocine d’un côté et on détourne le regard de l’horreur absolue de l’autre. On fait un peu ce que l’on veut en fait des grands principes aux interprétations multiples.

En tout cas, à l’aune d’un objectif de reconquête de souveraineté pour l’agriculture comme pour l’industrie, on comprend bien à l’expérience de cette décision l’impasse fondamentale dans laquelle nous nous trouvons. Sylvain Tesson, prosateur de génie, dit avec une logique imparable qu’une impasse conduit au moins à faire demi-tour.  Sur bien des thèmes, il me semble évident que la France en est là, à devoir faire demi-tour sur nombre de blocages pour ne plus continuer à s’effondrer.

Il est utile de rappeler encore maintenant que l’étude, commanditée par la ministre de l’Agriculture à l’INRAe sur la situation objective des cultures vis-à-vis de la protection nécessaire contre certains ravageurs en lien avec l’absence de recours possible à l’acétamipride, a confirmé les impasses qui ont motivé la proposition de loi du sénateur.

Les conférences de la souveraineté inscrites dans la loi de mars 2025 sont en cours. Dans le même temps de ces travaux le sénateur Duplomb a entrepris d’actualiser le rapport sur la compétitivité de la ferme France. En 90 minutes, le lundi 15 décembre, les représentants de la tomate, aussi bien pour la consommation en frais que pour la transformation ont exprimé lors de l’audition qui leur a été consacrée l’essentiel des freins à leur reconquête de souveraineté pourtant possible.  En reproduisant pour chaque fruit et pour chaque légume l’exercice, il est simple de faire l’inventaire des paramètres à faire évoluer si l’on veut vraiment relever le défi d’une meilleur compétitivité dont résultera nécessairement une meilleure souveraineté. C’est une évidence que le seul appel au patriotisme des uns et des autres ne sera que peu d’effet, même si il est éminemment souhaitable. C’est sur le dispositif structurel, législatif, réglementaire, administratif qu’il faut agir. Et pour cela il faut évidemment une volonté politique portée par des élus éclairés et courageux de la trempe du sénateur Duplomb.

A suivre…

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Président d'Interfel (Interprofession des fruits et légumes frais)
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