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Vergers Ecoresponsables: 18ème Assemblée générale.

Jeudi 4 décembre 2025.

Assemblée générale de l’Association Nationale Pommes et Poires. Rapport moral.

Mes chers collègues,

Je serai lundi prochain à Rungis pour le lancement par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard des conférences de la souveraineté prévues par la loi d’orientation qui a été promulguée en mars de cette année.

Un logo cocardier qui annonce « Le grand réveil alimentaire » a été créé pour l’occasion. Un appel à la mobilisation où figurent pour seules armes, un tracteur, une fourchette et un couteau. Il est conçu un peu comme le bleuet de France que l’on épingle à la veste lors des cérémonies du souvenir envers les anciens combattants. Avec ce bel engagement que l’on peut y lire : « aidons ceux qui restent ». Difficile de savoir si le concepteur de ce graphisme mimétique a inconsciemment voulu y glisser ce message caché. Ce qui serait attentionné et très perspicace de sa part.

Les fruits et légumes ont déjà depuis mars 2023 leur plan de souveraineté. Un plan qui vise à reconquérir 5% de part de marché pour les fruits et légumes produits en France en 2030 et si possible 10% à horizon 2035. Le nouvel exercice auquel nous sommes invités consiste cette fois-ci à fixer un objectif de maintien ou de reconquête de souveraineté à 10 ans pour chaque production agricole.

C’est l’essence même d’une Association d’Organisation de Producteurs comme la nôtre que de conduire une telle réflexion stratégique. L’évaluation des menaces et des opportunités auxquelles se confronte notre verger de pommes et de poires, la mesure de nos forces et de nos faiblesses, rythme en permanence nos travaux.

Cette assemblée générale est la 18ème, assemblée constitutive y compris, depuis décembre 2008. A chaque fois, sur le fondement de tableaux de bord, de chiffres, de tendances et d’analyses nous définissons notre ambition collective et nous décidons des actions à mettre en œuvre pour que chaque arboriculteur et organisation de producteurs augmente ses chances de réussite.

Mais c’est toute l’ambiguïté de ces conférences de la souveraineté initiées par la ministre, le législateur et l’Etat, que de sembler renvoyer aux seuls acteurs de l’agriculture, voire aux consommateurs, la responsabilité d’objectifs ambitieux à atteindre.

J’espère que le grand discours de la ministre qui nous est annoncé pour lundi indiquera clairement la part de responsabilité et de contribution qui incombe à chacun. D’un côté celle qui relève du projet politique, législatif et réglementaire et des infléchissements qui doivent nécessairement être engagés. Et de l’autre ce qui appartient librement aux acteurs économiques de toute la filière qui agissent au mieux de ce que le cadre national contraint leur permet, conditions pédoclimatiques y compris.

L’étape préalable pour que notre verger de pommes et de poires se projette utilement à 10 ans doit donc consister à identifier tous les verrous législatifs, réglementaires et administratifs qui handicapent notre compétitivité et notre capacité à produire comme à vendre et que l’on sache si cet état des lieux va perdurer ou évoluer.

Quelles sont en effet les perspectives pour les arboriculteurs en matière de protection phytosanitaire contre les maladies et ravageurs après que le conseil constitutionnel a censuré une disposition de la loi qui aurait permis avec mille précautions d’utiliser en France une substance active approuvée par l’Europe pour contrôler le puceron cendré ou la punaise diabolique ? Comment se projeter à 10 ans pour produire après qu’il nous soit signifié que notre demande d’équité de moyens avec les autres arboriculteurs européens en faisant référence à l’EFSA est en fait inconstitutionnelle ?

Comment décider de planter un verger de pommiers ou de poiriers et donc s’engager pour 15 à 20 ans quand le mot d’ordre public dominant est qu’il y aura de moins en moins de volume d’eau autorisé pour irriguer ? Pourquoi raisonnablement vouloir produire plus, ou même autant, en l’absence d’une volonté nationale vigoureuse de régulation de l’eau qui tombe du ciel par le stockage ?

Eau et protection phytosanitaire sont les deux inquiétudes majeures d’un arboriculteur pour sa capacité à produire. Impossible pour lui de se projeter rationnellement à dix ans sans un minimum d’engagement politique crédible à ses côtés.  Mais la liste des éléments du cadre de confiance qu’il sera nécessaire d’installer pour qu’une ambition à dix ans ait du sens est évidemment bien plus longue.

Ces conférences de la souveraineté s’engagent, il faut bien le reconnaître, dans un climat d’inquiétude très pesant. C’est la troisième année consécutive que l’inventaire verger de notre association enregistre plus d’arrachages que de plantations. Malgré une amélioration moyenne des cours au stade expédition nu départ d’environ 10% constatée ces deux dernières campagnes, les rendements à la peine combinés avec la hausse sensible des coûts de production font que les vergers et les entreprises souffrent. Certaines affrontent même de graves difficultés. Ajoutons à cela une baisse de la consommation des pommes depuis le début de cette campagne dont les causes sont à déterminer et doivent nous interroger.

C’est dans ce contexte que notre association démontre toute son utilité. Parce que sur chacune des difficultés rencontrées, sur chaque infléchissement nécessaire des politiques publiques, nous sommes offensifs et à l’initiative.

Notre présence et notre pédagogie au plus près des législateurs ont permis une mobilisation sans précédent de quelques élus qui ont réussi à faire voter la loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur. Une disposition essentielle de cette loi a malheureusement été retoquée par le conseil constitutionnel comme je viens de le rappeler. Mais d’autres très importantes aussi ont pu être préservées.

Notre premier apport aux débats sur les conférences de souveraineté qui vont avoir lieu va être de rappeler les verrous et handicaps franco-français, mais aussi européens, qui entravent notre capacité à produire et notre compétitivité. Nous devrons poursuivre cette pédagogie argumentée auprès des élus en place et d’ici peu auprès des candidats aux prochaines élections. Nous aurons aussi à faire cette information auprès de l’administration pour la préparer à mettre en œuvre avec le plus d’allant possible les évolutions législatives et réglementaires nécessaires quand elles auront été obtenues. Mais nous ne serons évidemment efficaces pour tout cela que si nous avons la capacité d’avoir l’appui des consommateurs par la communication adaptée que nous leur adresserons.

La structuration du travail de l’association par commission thématique avec un double leadership professionnel et technique s’est encore affirmée l’année qui vient de s’écouler. Le bureau se réunit régulièrement et la fréquence de nos conseils d’administration permet les décisions et les arbitrages nécessaires en temps utile.

La commission technique sous la conduite de Robert-Pierre Cecchetti et de Xavier Le Clanche doit assumer des demandes de dérogations de plus en plus nombreuses. La méthodologie est bien rôdée maintenant et nous obtenons la plupart de celles qui nous sont indispensables. Il aura fallu du temps, bien plus que chez nos voisins européens, mais nous avons pu utiliser en verger la récolte passée le produit de biocontrôle Harvista. Nous réussissons ainsi à mieux gérer la qualité pour les variétés dont les cueillettes s’allongent souvent en relation avec un manque de main d’œuvre disponible. Mais produire par dérogation pourra-t-il pour autant durer ?

Nombre de nos difficultés au regard des substances actives nécessaires à la protection de nos vergers trouvent leur solution à Bruxelles comme cela a pu être le cas pour le captane. Nous y sommes donc maintenant très présents et efficaces aux côtés des représentants des autres pays producteurs.

Une contractualisation d’actions de recherche est gérée par l’ANPP en agrégeant les budgets issus des programmes opérationnels des membres qui ont souhaité une mutualisation. Cela peut représenter à terme des moyens conséquents qui doivent servir efficacement à financer des travaux utiles à nos vergers.

Le travail de collaboration engagé avec Michelin pour développer une protection physique rétractable des vergers a pris une nouvelle ampleur cette année. Le budget reste encore à finaliser. Mais les volontés continuent de s’additionner tant l’objectif est motivant.

Et puis nous poursuivons les échanges avec l’équipe dirigeante de Globalgap pour rendre plus pragmatique le cahier des charges dominant pour les échanges internationaux au regard de la promesse à tenir.

La commission Poires présidée par Bertrand Gassier assisté de toute l’équipe poursuit son travail de pédagogie auprès de la distribution pour une bonne planification de la présence des variétés du verger français au mieux de leur saison et de leur qualité pour le consommateur. La bonne adéquation entre l’offre et la demande permet une meilleure valorisation. Ce qui est évidemment l’objectif poursuivi.

La commission présidée par Eric Sarrazin assisté de Pierre Venteau et de Vincent Guérin appréhende maintenant assez précisément l’offre des fruits destinés à la transformation au fur et à mesure de la saison et pour l’ensemble du verger adhérent de l’ANPP. La reconfiguration de l’Afidem que nous avions souhaitée est achevée. Notre amont parle maintenant d’une seule voix dans cette association interprofessionnelle. La contractualisation annuelle comme pluriannuelle avec les industriels se développe. La meilleure valorisation des fruits qui a pu être obtenue encore l’an passé est cependant compromise cette saison compte tenu de l’alourdissement du marché par des importations trop importantes au regard de la disponibilité de l’offre nationale. Nous devons pour éviter cela stimuler plus nettement la demande de fabrication de compotes en origine France de la part des distributeurs qui y sont sensibles.  Le dialogue que nous entretenons avec les enseignes pour le marché du frais s’élargit donc nécessairement à nos fruits qui leur parviennent transformés.

 La commission qui veille à la réussite du verger certifié en agriculture biologique est présidée par Pierre Gratacos assisté de Vincent. L’orientation vers une meilleure adéquation entre l’offre et la demande se poursuit. Le déséquilibre tend à se résorber et la situation de marché s’est un peu améliorée au prix de dé-conversions voire d’arrachages. Une offre doit rencontrer une demande qui elle-même stimule l’offre. Mais pousser aveuglément l’offre comme nous y ont invité les pouvoirs publics en France et à Bruxelles conduit à la ruine. Malgré la réalité aveuglante de ce qui s’est passé pour notre verger comme pour d’autres productions, il apparait toujours ici ou là des objectifs politiques chiffrés incantatoires qu’il ne faut surtout pas suivre.  

La communication présidée par Béatrice Chauffaille assistée de Sandrine Gaborieau conforte sans cesse et avec succès la notoriété de Vergers Ecoresponsables auprès des consommateurs et de tous les opérateurs de la distribution.

La commission Economie Stratégie présidée par Albert Richard assisté de Pierre venteau et Vincent Guérin a œuvré pour structurer la gestion du label Vergers Ecoresponsables devenue marque collective. En projetant notre ambition à 10 ans pour la marque aux côtés de l’AOP Pêche Nectarine et Abricot et tout récemment de l’AOP Prune, une solide association a été conçue. Nos trois organisations l’ont validée et une communication officielle sera faite lors du prochain lancement de campagne pour en dévoiler les contours.

 La commission a une nouvelle tâche importante à accomplir. Analyser et comprendre la situation économique qui se dégrade depuis deux ou trois ans pour notre verger de pommes et de poires. De la difficulté à obtenir des niveaux de production suffisants en passant par la hausse continue des prix de revient, du constat d’une perte d’attractivité pour nos fruits, tous les paramètres doivent être étudiés et évalués. Nous souhaitons nous projeter à 10 ans à partir des tendances que nous mesurons aujourd’hui. Où serons-nous si elles perdurent ? Et que devons-nous obtenir de tangible en termes de moyens de production, de qualité, de pertinence variétale, de construction commerciale et de compétitivité pour atteindre un objectif ambitieux de reconquête de consommation en France et de satisfaction de la demande à l’exportation.

L’accompagnement de notre exportation se fait au sein de la commission internationale d’Interfel co-présidée par deux de nos administrateurs Eric Guasch et Christophe Belloc. Cette commission de très longue date mobilise d’importants moyens budgétaires, dont principalement des fonds européens, pour accompagner l’exportation de la production française de fruits et de légumes de France et principalement les pommes.

C’est par le travail de cette commission et de la petite équipe technique qui en est la dynamique cheville ouvrière que nous avons pu obtenir cette année le protocole qui nous permet d’exporter vers le Mexique après 25 ans de patience et d’insistance. Cet accès au marché mexicain fait suite à une très longue liste de marchés auxquels nous avons accès grâce aux travaux de cette commission. Si notre potentiel à l’exportation s’est réduit de plus de moitié depuis son plus haut, nous sommes toujours le pays européen qui sert le plus de pays clients dans le monde. C’est pourquoi nous devons tout faire pour avoir à nouveau la capacité de produire à prix compétitif pour livrer les pays dont la demande va croissant.

Nous avons eu l’opportunité au mois d’aout d’accueillir à Angers le congrès européen Prognosfruit précédé la veille de la réunion WAPA (World Apple and Pear Association). Cette édition carbone neutre a fait l’unanimité auprès des participants. Ils ont apprécié la qualité de l’organisation dont nous avons partagé la maîtrise avec WAPA pour la journée dédiée aux prévisions de récolte, aux tables rondes et aux présentations techniques. Le complément convivial et festif ainsi que les visites techniques du dernier jour ont connu un beau succès. L’ANPP tient toujours solidement sa place dans le concert des pays producteurs de pommes et de poires.

Le stand Vergers Ecoresponsables est devenu une vitrine magnifique au salon de l’agriculture pour nos fruits. C’est aussi le point de rencontre et d’échange incontournable pour nous avec tous les politiques, les administrations, les grossistes, les distributeurs, la restauration collective et le grand public. L’édition 2025 a été d’une densité remarquable. La prochaine doit nous permettre de multiplier les échanges en lien avec nos problématiques à résoudre tout en offrant la meilleure image possible à notre environnement et au grand public.

Je suis très loin d’être exhaustif pour rappeler ici l’intégralité du champ d’action de notre association et de tout ce qu’elle a accompli au service de nos vergers et de nos entreprises l’exercice passé.

Notre association sait depuis sa création l’importance de tisser des réseaux et des partenariats pour démultiplier son efficacité. Nos participations et nos coopérations sont donc chaque année un peu plus dense avec notre environnement professionnel. Avec Gefel, le syndicalisme, Fnpfruits, Interfel, Freshfel, Wapa, Irrigants de France, pour ne citer que ceux-ci le travail est constant.

Je veux remercier maintenant très vivement en plus des présidents de commission, les autres membres du bureau que sont le vice-président, Robert Pierre cecchetti, le trésorier Marc Rauffet, Christophe Belloc et Patrick Tessier. Je remercie aussi chaleureusement tous les administrateurs et les professionnels qui se mobilisent pour les travaux de nos commissions.

J’adresse en mon nom, mais aussi au nom de tous les administrateurs et je crois pouvoir le dire aussi de tous les adhérents nos plus vifs remerciements à toute l’équipe de collaborateurs de notre association qui cette année encore se sont surpassés pour faire face à tous les défis qu’il a fallu relever. Merci à notre infatigable directeur Pierre Venteau pour sa capacité à infléchir en notre faveur les volontés publiques, pour sa pertinence technique, ses talents de gestionnaire et de management d’équipe.  

Merci à Sandrine Gaborieau, Régine Duclos,  Soukayna Naji, Anne- Marie Mackow, Sophie Dessouches, Alyson Vogel, Vincent Guerin et Xavier Le Clanche. Merci à chacun de vous pour votre professionnalisme exigeant, votre rigueur, votre dévouement à nos causes et votre très agréable commerce.

Cette 18ème assemblée générale est la dernière pour moi en tant que président. Je reste bien évidement membre de notre association et administrateur en représentation de mon OP La Charentaise Fruitière. Je suis également candidat pour être membre du bureau. Mon implication très forte à la présidence d’Interfel doit se partager avec mon engagement dans mon entreprise et toujours à vos côtés.

Je suis à cet instant infiniment heureux de vous proposer de passer aujourd’hui le relais de cette passionnante présidence à un candidat soutenu par l’ensemble des administrateurs et dont j’ai l’intime conviction qu’il incarne l’identité profonde de notre association et son avenir. Je souhaite très vivement que nous élisions tout à l’heure lors du CA qui va suivre Thierry Moisy, arboriculteur dans la Sarthe et président de l’OP Renaissance à la présidence de l’ANPP.

Daniel Sauvaitre

Vergers Ecoresponsables: 18ème Assemblée générale.
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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Président d'Interfel (Interprofession des fruits et légumes frais)
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