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Etat des lieux et perspectives pour la souveraineté en fruits et légumes de la France (2)

Quelle était l’offre et la consommation de fruits et de légumes en France en 2000 et quelle est-elle aujourd’hui ? Quels sont et d’où viennent ces 17% de fruits et de légumes qui sont sur nos étals et dans nos estomacs mais qui ne sont plus produits en France ? L’évolution constatée pendant ces 25 années qui conduit au franchissement symbolique de la barre de 50% d’importation va-t-elle se poursuivre ou peut-elle s’infléchir ?

Nous sommes invités dans le cadre des conférences de souveraineté qui vont se tenir bientôt à partir des attentes et des tendances de consommation pour projeter à 10 ans nos ambitions de reconquête. Le plan de souveraineté pour les fruits et légumes (PSFL) en vigueur depuis mars 2023 vise à reconquérir 5% de souveraineté globale en 2030 et si possible 10% en 2035. Mais pour les fruits et légumes, cet objectif ne peut avoir de sens et être atteint que s’il est envisagé fruit par fruit et légume par légume. Le cadre des contraintes nationales de toute nature qui fonde la compétitivité est en revanche commun comme j'ai pu le décrire dans la publication précédente.   

Il est donc nécessaire pour comprendre les enjeux d’avoir sous les yeux de manière détaillée et par quantité ce qu’était la composition de l’offre en 2000 et ce qu’elle est devenue en 2025.

La consommation totale de fruits et de légumes en France est restée quasiment stable entre 2000 et 2025 à hauteur d’environ 14 millions de tonnes. Pourtant, pendant ce quart de siècle la population est passée de 59.1 millions d’habitants à 68.6 millions, soit une hausse de 16%. La consommation moyenne par habitant a donc baissé et la composition de l’offre, on va le voir, a fortement évolué.

Les fruits et légumes français ont perdu en 25 ans de la production et de la part de marché en raison d’une baisse de leur consommation ou bien de leur compétitivité.  Dans le même temps l’importation de fruits tropicaux (avocats, banane, mangues, ananas…) a fortement progressé tout comme les légumes sous abri.

Un tableau consolidé aussi précis que possible de l’évolution de la composition et des origines de l’offre en fruits et légumes sur le marché français est l’outil indispensable pour travailler à la compréhension de l’évolution qui s’est produite. La baisse de la production nationale tout comme l’augmentation régulière des importations s’explique par de multiples facteurs qu’il faudra analyser objectivement.  

Le plus déterminant est évidement le choix des consommateurs qui à bas bruit et au fil du temps ont fait évoluer leurs préférences face à une offre qui n’a cessé de s’élargir. Le prix, l’attractivité, le goût, la qualité, la praticité, la disponibilité constante tout au long de l’année, les choix culinaires sont autant de facteurs qui expliquent une part de cette évolution.

L’organisation de la production, ses moyens, ses contraintes, ses réglementations, ses handicaps, sa logistique, son efficience de mise en marché, ses moyens de communication, autant de paramètres qui interviennent aussi dans la compétition à l’offre et qui sont décisifs pour la réussite sur un marché.

A volume égal de consommation pour le pays France, c’est bien à une compétition interne entre chaque fruit et chaque légume que nous avons assisté depuis 25 ans. Il y a eu de grands gagnants et des perdants dans la consommation et dans de nombreux cas la production nationale a fléchi sur son sol face à une concurrence plus compétitive et mieux dotée en main d’œuvre et en moyens de production, produits phytosanitaires et eau.

La consommation par habitant de fruits et de légumes a donc diminué de 16% en 20 ans. L’ambition de la réaugmenter pour atteindre voire dépasser ce qu’elle était en 2000 doit évidemment nous mobiliser. C’est un enjeu d’alimentation qui est aussi un enjeu de santé publique. Il faudrait d’ailleurs viser plutôt 30% de plus pour atteindre la quantité journalière de 400 grammes hors pomme de terre et légumes secs préconisée par le programme national nutrition santé (PNNS).

Une stratégie de reconquête de souveraineté doit avoir deux objectifs. Le premier est bien de susciter une préférence pour les fruits et légumes qui peuvent se produire en France. Le second est d’obtenir les conditions de compétitivité nécessaires pour que cette production ait lieu en France plutôt qu’aux alentours.

Le quatrième axe du plan de souveraineté des fruits et légumes lancé en mars 2023 visait justement à développer une communication de promotion pour en développer la consommation. Jusqu’à aujourd’hui il ne s’est pas passé grand-chose en termes d’effort spécifique complémentaire à ce que la profession réalise sur ce terrain là. Alors que l’on parle de plus en plus de la nécessité d’une éducation à l’alimentation, avec l’ambition d’une reconquête de souveraineté, il serait légitime de faire la pédagogie de la géographie de l’alimentation et des fruits et légumes en France et dans le monde. De faire aussi l’enseignement des liens culturels et culinaires avec les fruits et légumes de nos terroirs.

La souveraineté alimentaire est aussi un enjeu qui s’évalue en anticipant des situations de crises géopolitiques majeures ou de contraintes fortes sur les échanges commerciaux. Si on y ajoute la préoccupation des émissions de carbone et de consommation d’énergie fossile, se réapproprier un peu d’autosuffisance et d’attachement aux productions de nos terroirs est une obligation. Tout cela doit évidemment se faire et s’expliquer en suscitant l’adhésion positive des consommateurs qui, bien informés, doivent rester totalement libres de leurs choix.

Est-ce le sens que veut donner Annie Genevard à tout ce qui précède au grand réveil alimentaire auquel elle nous convie le 8 décembre matin à Rungis pour lancer les conférences de la souveraineté ?

Est-ce qu’en creux la ministre sous-entend un autre grand réveil ? Politique celui-là et qu’il est nécessaire d’obtenir pour que les conditions de reconquête de souveraineté dont elle est responsable soient obtenues ?

Compte tenu de la nervosité justifiée du côté de l’agriculture en ce moment, il serait vraiment nécessaire de savoir à qui s’adresse cet appel au grand réveil. Si c’est aux acteurs de la filière et en premier aux maraichers et aux arboriculteurs, j’ai bien peur d’un retour de communication un peu vif. Si c’est envers les consommateurs, il faudra beaucoup de pédagogie positive pour les mobiliser sur la souveraineté. Si c’est du côté des politiques publiques, ce qui serait lucide et sain mais pas franchement évident de premier abord à la vue du logo, alors un peu d’espoir serait permis.

A suivre…

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Président d'Interfel (Interprofession des fruits et légumes frais)
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