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Et que pousse la forêt : assumer avec joie la pédagogie des réalités du maraichage et de l’arboriculture (3).

Long détour par Lubersac en Corrèze jeudi dernier pour aller de Reignac en Charente à notre verger de Grun-Bordas en Dordogne. Tout ça juste pour prendre livraison d’un tuyau d’aspiration tout neuf pour la récolteuse à châtaignes. Mais une tellement belle opportunité de m’émerveiller une fois de plus des magnifiques paysages traversés. Des prairies et des champs entourés de grands arbres, de haies et de bois à perte de vue. Je m’enthousiasme sans me lasser de la nature époustouflante de biodiversité rayonnante sur cet itinéraire.

Je repense à une interpellation dans l’assistance lors de la table ronde à laquelle je participais pendant le festival international du journalisme à Couthures-sur-Garonne. « On dit qu’on plante des haies, mais ce sont 23000 kilomètres de haies qui s’arrachent chaque année en France. Voilà la réalité de l’agro-industrie » dit l’homme.  Ce sont en effet les chiffres qui circulent sur le fondement d’un rapport du CGAER d’avril 2023. On en plante 3000 kilomètres, mais il s’en arrache 23500 kilomètres par an entre 2017 et 2021 selon les auteurs. Il y a en effet de quoi frémir quand on fait état brutalement comme ça de ce linéaire détruit.

Le problème c’est que je n’arrive pas à faire coller ces chiffres avec ce que je vois autour de moi. A l’échelle de Reignac, la commune dont je suis le maire, de la communauté de communes et même du département de la Charente, il y a bien longtemps que les agriculteurs n’arrachent plus de haies. Ils en plantent en effet, mais n’en suppriment plus de manière visible depuis au moins 20 ou 30 années. Ils ne suppriment plus de haies, qui un temps ont pu être considérés comme des obstacles, pour agrandir des parcelles.

Nos campagnes sont sillonnées de sentiers de randonnée. Les marcheurs en grand nombre arpentent le territoire en tout sens. Si l’on considère que la Charente contribue à hauteur d’un pour cent à ces arrachages de haies, cela signifie que 235 kilomètres de ces haies s’effacent du paysage à l’insu de tous les charentais. Cela représente 600 mètres sur la commune de Reignac si l’on répartit à égalité ce linéaire entre 359 communes. Ce n’est pas ce que je vois. J’imagine si c’était vraiment le cas les alertes qui fuseraient de Charente Nature ou les unes de la Charente Libre. Je ne parle même pas des commentaires.

Non, les agriculteurs n’arrachent pas de haies en Charente de manière ostentatoire. Oui, ils en plantent, beaucoup même. Je pense que c’est aussi le cas dans les départements voisins que je connais un peu. Et j’imagine mal qu’il en soit autrement ailleurs dans le pays.

En revanche, un aménagement routier, la viabilisation de terrains à construire ou de zones d’activités peuvent nécessiter des arrachages. Mais à mon sens, dans ces cas précis, des plantations doivent venir compenser ce qu’il a fallu supprimer.

Les auteurs du rapport du CGAER conviennent eux-mêmes que les outils de mesure sont très imparfaits à ce jour. En tout cas, sur le terrain et visuellement, la situation des haies en France ne justifie pas d’être alarmiste. Parce que s’il est extrêmement difficile de constater des arrachages, les plantations nouvelles sont en revanche bien visibles.  

Mettons aussi en perspective la diminution du linéaire de haies évaluée par le CGAER avec l’évolution de la surface boisée en France. De 11 millions d’hectares en 1945 nous sommes passés à 17.5 millions d’hectares en 2024, soit 60% de plus. Sous l’effet de la déprise agricole cette progression se poursuit. 6.5 millions d’hectares de gagnés par la forêt en 80 années contre 0.5 million d’hectares de haies perdues selon les chiffres du rapport pour la même période. Autant dire qu’avec 32% du territoire recouvert d’une forêt en progression, le réservoir à biodiversité efficace occupe une surface conséquente de l’espace et plus élevée que jamais.

Continuons ce rapport d’étonnement en mettant en perspective les 26.7 millions d’hectares de surface agricole utile au regard des 54.4 millions d’hectares cadastrés en France métropolitaine. Cette SAU se décompose en arrondissant un peu à 8 millions d’hectares de prairies permanentes, 17.4 millions d’hectares de cultures annuelles et d’1.3 million d’hectares de plantations pérennes et de maraichage.

Sur la totalité du territoire, seules les surfaces dédiées aux cultures annuelles et pérennes sont susceptibles de recevoir des applications de produits phytosanitaires parmi lesquelles des insecticides. Sur ce tiers de la surface totale de la France, les applications d’insecticides varient entre une seule et sans doute un maximum de 10 par an pour les cultures aux cycles végétatifs les plus longs.

Compte tenu du durcissement des critères retenus pour délivrer des approbations de substances actives et des autorisations de mise sur le marché, les insecticides sont de moins en moins généralistes et ciblent spécifiquement souvent un ravageur. Seules les substances dites naturelles (huile de Neem (azadirachtine), Spinosad, pyréthrinoïdes) ont toujours un large spectre et peuvent être aussi utilisées en agriculture biologique.

On peut sans crainte dire que la présence d’insectes prédateurs aux côtés des insectes ravageurs n’a cessé de progresser depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui dans les cultures. Répulsifs, biocontrôle, piégeages et phéromones progressent pour tenter de maintenir en dessous du seuil de nuisibilité les ravageurs en complément des insecticides adaptés quand ils existent. Mais les échecs ne sont plus l’exception.

En tout cas les diminutions de populations d’insectes dont on nous rebat les oreilles ne se vérifient pas chez les maraichers, les arboriculteurs, les viticulteurs et les agriculteurs dans leur ensemble. Difficile alors d’accepter que l’on tienne l’agriculture pour responsable d’un phénomène qu’elle ne vérifie pas le moins du monde sur le terrain au quotidien.

En verger de pommiers aujourd’hui, aux côtés des habituels pucerons cendrés, pucerons verts, pucerons lanigères, carpocapses, tordeuses de la pelure, zeuzères, s’égaient joyeusement les hoplocampes, anthonomes (charançons des bourgeons), les metcalfas (cicadelle pruineuse) et bien sûr maintenant les punaises diaboliques (halyomorpha halys). Cette liste est évidement incomplète.

Du côté des populations souhaitées pour contrebalancer l’offensive de ces ravageurs on trouve en grand nombre des coccinelles, des syrphes, des chrysopes, des punaises prédatrices (anthocoris, orius, etc..). Ces gentilles bêtes font du bon travail mais ont souvent trop à faire, arrivent avec du retard et ont donc besoin qu’on les aide pour que les ravageurs restent en dessous d’un seuil de nuisibilité. D’autres prédateurs sont à introduire rapidement pour faire face aux nouveaux venus parmi les agresseurs. Mais les insecticides dans la plupart des cas restent indispensables aujourd’hui. L’acétamipride fait partie du disponible autorisé en Europe qui, s’il peut être obtenu en dérogation, sauvera quelques récoltes.

A suivre….

Et que pousse la forêt : assumer avec joie la pédagogie des réalités du maraichage et de l’arboriculture (4).

J’y parlerai d’eau.

Et que pousse la forêt : assumer avec joie la pédagogie des réalités du maraichage et de l’arboriculture (3).
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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Président d'Interfel (Interprofession des fruits et légumes frais)
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