27 Juillet 2025
A Couthures-sur-Garonne il n’est toujours pas au programme de remettre l’église au milieu du village. Le maire et son conseil municipal veulent la garder sur son éperon, à flanc de méandre, là où elle a été reconstruite entre 1851 et 1863. Sur ce même promontoire où l’église précédente érigée en 1650 a fini par être emportée par les crues de la Garonne. Une première église construite vers la fin du douzième siècle dans le même périmètre avait déjà connu le même sort.
Jamais deux sans trois dit le proverbe que le maire Jean Michel Moreau et les Couthurains sont bien résolus à faire mentir. Enfin, au moins pour quelque temps encore. Parce que des crues de l’eau bénie de Garonne il y en a eu et il y en aura encore longtemps sans doute. 14 inondations depuis la fin de la reconstruction qui ont fait chacune bien plus qu’affleurer comme en 2006 le pied de l’édifice. Le record est toujours détenu par la crue de juin 1875 avec un supplément de 2.20 mètres d’eau comparativement à ce deuxième débordement du 21ème siècle. Viennent ensuite par ordre décroissant les crues de 1930, 1952, 1981, 2021, 1955, 2019, 2003, 1977, 2009, 1978, 2014 et à nouveau 2003. Ne sont comptées ici que les sorties du fleuve de son lit qui ont réussi à atteindre le soubassement de l’église, soit déjà 8 mètres au-dessus du zéro limnimétrique local. 4 crues au cours des 100 premières années qui ont suivi la reconstruction et 10 lors des 60 années suivantes. La probabilité pour les habitants de la commune qui est entièrement inondable d’avoir à monter à l’étage et à sortir les rames les années à venir est évidement toujours très élevée. Surtout si le stockage par la neige dans la chaine des Pyrénées s’amenuise et que l’eau du ciel se précipite plus vite en hiver vers la mer.
Malgré les précautions prises par l’architecte bordelais Gustave Alaux, sous les assauts du fleuve, le soubassement de l’église travaille et l’édifice se fissure. Une grosse tuile pour une commune de 360 habitants. D’autant plus que, malgré des demandes insistantes, l’église Saint Léger dont le chevet est de style néo-roman et l’intérieur néo-gothique n’est pas classée au titre des monuments historiques.
J’ai découvert cette église il y a quelques jours lors du festival international du journalisme qui se tient chaque année depuis 2016 dans cette commune. J’ai lu en passant devant les grilles qui entourent le monument en travaux que la maitrise d’œuvre était confiée au cabinet bordelais Architecture et Patrimoine en la personne de Denis Boullanger. J’ai eu comme maître d’œuvre son associé, Philippe Leblanc, pour la restauration complète de l’église de Reignac. Être maire et avoir eu à éviter que l’église du village ne s’écroule le temps de ses mandats donne assez spontanément envie d’en savoir plus sur le déroulement des opérations chez un collègue. C’est ainsi que Jean Michel, bien que sollicité de partout le temps du festival, m’a proposé de m’en dire un peu plus et me montrer de près les travaux en cours.
Une pierre qui se détache, une voûte qui se lézarde un peu et le maire est vite mis face à ses responsabilités. Il a d’abord fallu déterminer la gravité du problème et poser des témoins pour mesurer l’évolution des fissures. 5 dixièmes de millimètres d’écartement supplémentaires en six mois pour celle du transept nord. C’était trop. L’église a donc dû être fermée au public jusqu’à ce qu’elle passe le contrôle technique avec succès après réparation.
Les prescriptions de l’architecte ont été de remettre de la stabilité là où tout redevient mouvant. Micro pieux un peu partout et ceintures dissimulées en fibre de polyester seront le remède. Mais le nerf de cette guerre-là reste aussi l’argent. 513.000 euros pour la première tranche de travaux.
Le loto du patrimoine de Stephane Bern a affecté 300.000 euros à cette sortie de péril. 181.582 euros de Dotation d’Equipement des Territoires Ruraux ont pu être obtenus. 25.000 euros de mécénat et 6325 euros de fonds de concours de la communauté d’agglomération Val de Garonne ont complété l’enveloppe.
A l’intérieur de l’église comme à l’extérieur je prends la mesure de l’ampleur des travaux en cours. Mettre sur pilotis une église de cette taille dont le sol se dérobe sous la masse nécessite d’importants carottages.
Jean Michel et son conseil sont déjà dans l’étape d’après. Une fois redevenue solide sur ses pieux, l’église aura besoin de retrouver un sol en bon état et quelques parois percées pour recevoir un cerclage en fibre devront être réparées.
Le maire estime à 200.000 euros les fonds nécessaires pour redonner un peu de lustre au monument. Cette somme est loin d’être acquise et Jean-Michel sollicite les participations tous azimuts avec assiduité.
Une souscription sous couvert du label de la Fondation du patrimoine qui permet une forte défiscalisation a donc été lancée avec un premier objectif de 60.000 euros. 34.000 sont déjà acquis.
La tenue du festival international du journalisme mobilise intensément pendant trois jours les élus et les habitants de la commune, le maire en tête. On le voit partout. Il sillonne les rues sur son vélo, vérifie que chacun est à son poste, voit rouge quand trop de monde se baigne dans la Garonne à l’intérieur des bouées qui délimitent le périmètre surveillé.
Mais à mon sens, sa préoccupation pour le financement des travaux de son église ne le quitte pas. Je vois bien qu’il est déterminé à mener à bonne fin la restauration et que ne pas savoir comment boucler le financement le taraude.
Les banderoles déployées dans le village pour le festival ne manquent pas de mentionner en partie basse la souscription en cours pour l’église. Avec 9500 festivaliers, il aurait suffi que chacun débourse 20 euros, soit 5 euros nets, avoir fiscal de 75% déduits, pour boucler le financement manquant. Jean-Michel a bien dû faire ce calcul lui aussi.
Mais on va le voir, ce festival parrainé par le groupe Le Monde et le Nouvel Obs, (Courrier International, Télérama, Huffington Post, La Vie) mobilise et se mobilise d’abord pour réparer le monde par l’information selon les objectifs progressistes qu’il se donne, évidemment. J’ai pu mesurer in situ que sur ce terrain-là, tout aussi mouvant, pour que le résultat ne soit pas trop bancal, il est indispensable que la pluralité soit assurée….
A suivre…
Je vous mets en lien vers un très beau et étonnant reportage de Florence Aubenas à Couthures Sur Garonne publié en 2019 dans le journal Le Monde.
Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Président d'Interfel (Interprofession des fruits et légumes frais)
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