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Hyper MMR, perturbatrice "endoctrinienne".

Marie Monique Robin avait raté son train vendredi soir. Elle est donc arrivée un peu en retard au Logis de Plaisance pour participer au débat organisé dans le cadre de la quinzaine bio à Barbezieux. Comme je l’ai fait avec chacun des participants à la table ronde, je me suis naturellement avancé vers elle pour la saluer et me présenter. Echanger un regard et si possible quelques mots avant de monter sur scène, au-delà de l’évidente politesse, donnent une première indication de ce que sera la tonalité des échanges.

 

« Ah, c’est vous qui mettez un lien sur votre blog vers Agriculture Environnement, ce site payé par l’industrie des produits chimiques » me répond t’elle à l’énoncé de mon nom. Ce à quoi je lui réponds que je connais très bien Gil Rivière Wekstein, le journaliste qui en est l’auteur et que j’apprécie vivement son travail d’investigation. Peine perdue, son jugement est définitif, il n’est crédible en rien et à la solde du lobby de la chimie. Oui, mais le professeur Narbonne, toxicologue reconnu, dans une interview très argumentée (voir l'article précedent) dénonce les nombreux contresens et les conclusions erronées contenues dans son documentaire et dans son livre. « Son laboratoire est payé par Total. Il est à leur solde. Une nouvelle fois, vous devriez vous renseigner avant de parler » m’assène t’elle pour toute réponse. Et Pascale Briand, la Directrice Générale de l’Alimentation ? « Ah ne m’en parlez pas. Je la connais très bien. En matière de conflits d’intérêts, c’est le record » me dit-elle. J’insiste en citant Jean De Kervasdoué, qui lui aussi s’insurge contre ses thèses. « Euh ! Lui c’est un agitateur », est la sentence sans appel qui va mettre un terme à ce premier dialogue qui ne me dit rien qui vaille pour la suite.

 

Le ton est donné dès l’introduction qu’elle propose pour la soirée. Les cancers explosent et ils sont liés à la cupidité de l’industrie chimique qui dissimule ce qu’elle sait de la nocivité des produits qu’elle met sur le marché. L’Etat et ses agences sont coresponsables puisqu’ils  prennent pour argent comptant les dossiers d’expérimentation et toxicologiques que lui communiquent les firmes. Les agriculteurs comme les consommateurs s’empoisonnent chaque jour au travail ou par leur assiette. Il faut donc renoncer aux produits chimiques pour produire et manger bio. Il est d’ailleurs tout à fait possible de nourrir la planète en produisant bio et si l’on compte bien, ce ne sera pas plus cher. Et je passe les sous entendus idéologiques qui font découler les produits phytosanitaires que nous utilisons du Zyklon B de très triste mémoire. Avant la guerre l’agriculture n’avait pas recours à la chimie et ce n’est qu’après que le projet infernal a vu le jour. Voilà en résumé la thèse de MMR.   

 

MMR nous dit qu’elle a compulsé des milliers d’études scientifiques, qu’elle a rencontré des tas de chercheurs dans le monde entier. Sa démonstration est par conséquent incontestable. Et nous serions bien avisés d’acheter ses DVD et ses livres pour nous en convaincre. Le raisonnement est caricatural, très peu scientifique mais d’une redoutable efficacité auprès du public. Chacun peut aussi mesurer qu’elle a aussi un sens assez aigu des affaires.

 

Difficile quand on n’est pas soi même un scientifique incontestable de contrebalancer son déferlement de références et de « preuves irréfutables ». Pourtant, au moins un indice flagrant révélé au cours des débats devrait inciter le public acquis à ses thèses à lire d’autres auteurs pour faire sa propre analyse critique et réfléchir en toute autonomie aux questions posées.

 

En effet, lorsque j’ai évoqué  l’a priori bien peu scientifique qui fait regarder les produits phytosanitaires utilisés par l’agriculture biologique avec une bienveillance qui se révèle quelquefois infondée, MMR a dévoilé clairement son absence totale d’objectivité.

J’ai ainsi cité l’exemple de l’huile de Neem, dont l’une des matières actives est l’Azadirachtine et qui est utilisée comme insecticide par l’agriculture biologique en France alors qu’elle n’est pas autorisée à la vente. Les autorités sanitaires considèrent encore à ce jour que ce produit est un perturbateur endocrinien bien trop dangereux pour l’utilisateur et pour les abeilles. MMR s’est indignée,  indiquant que ce produit naturel connu depuis la nuit des temps en Inde était parfaitement inoffensif. Elle venait pourtant de s’appesantir sur les dangers pour la santé, même à de très faibles doses, des perturbateurs endocriniens.  Elle ne m’a pas contredit en revanche lorsque j’ai rappelé que l’insecticide phare depuis longtemps de l’agriculture biologique, la roténone, qui bénéficie encore d’une dérogation avant d’être définitivement interdit, est classé au même niveau que le Paraquat au regard de la maladie de Parkinson.

 

Tout ça pour dire qu’elle n’est pas crédible quand, dans le même temps où elle dénonce le laxisme supposé des autorités sanitaires de notre pays, elle se moque stupidement de leur prudence parce que leur avis ne correspond pas à ses certitudes, j’ai envie de dire à ses croyances.           

 

Pour tous ceux d’entre vous qui ne se satisfont pas de la noirceur de la situation que dépeint MMR, je ne saurai trop conseiller de lire le dernier livre de Jean De Kervasdoué « La peur est au dessus de nos moyens », celui de Gil Rivière Wekstein « Bio, fausses promesses et vrai marketing » mais aussi « Le jardin naturel » de Jean Marie Lespinasse (les deux derniers sont en vente au Tastet).

 

Les lecteurs assidus de ce blog, tout comme maintenant ceux d’entre vous qui ont assisté vendredi au débat, savent que je ne me satisfais pas de la séparation, à mon sens artificielle, des agriculteurs entre bios et conventionnels. L’agriculture biologique définie par un règlement européen est une certification environnementale. Elle n’est en aucun cas une norme nutritionnelle, qualité, santé ou sanitaire, pas plus qu’une garantie d’innocuité pour les agriculteurs eux-mêmes. Dès lors que l’agriculture biologique autorise l’utilisation de fongicides et d’insecticides fabriqués par les mêmes firmes qui fournissent l’agriculture conventionnelle, le même regard critique doit être porté sur les pratiques, sur les bénéfices et les risques qu’elles comportent. Les insecticides « naturels » comme la roténone, le pyrèthre, le spinozad ou l’huile de Neem peuvent avoir à certains égards une évaluation des bénéfices, comparativement aux risques encourus, moins favorable que pour certains des produits issus de la chimie de synthèse.

 

La démarche de l’agriculteur bio est de tendre vers une agriculture naturelle. Le renoncement aux produits chimiques de synthèse pour protéger les plantes ou les nourrir est la preuve de cet engagement. Pour autant l’utilisation de produits de protection des plantes le rapproche bien plus que le grand public ne le perçoit aujourd’hui des autres agriculteurs. Entre un producteur de pommes qui cultive une variété peu sensible à la tavelure, qui balaie et broie les feuilles l’hiver pour diminuer l’inoculum de la tavelure, qui suit les projections d’ascospores à la loupe en consultant sa table de Mills pour repérer les contaminations afin d’intervenir à bon escient, qui protège la faune auxiliaire dans l’enherbement des allées, qui implante des nichoirs, qui place ses bâtonnets pour diffuser la confusion sexuelle à l’intention des papillons du carpocapse, qui utilise le soufre, le cuivre, la carpovirusine, le bacillus thurigensis et d’autres molécules chimiques choisies pour leur sélectivité et leur cohérence avec tous les autres paramètres de la conduite des arbres, qui désherbe une faible proportion de la surface du verger localisée au pied des arbres, qui nourrit ses arbres avec une légère fumure organo minérale, et un arboriculteur bio qui s’interdit tout désherbant et molécules chimiques, la frontière devient très étroite. Et à mon sens l’intérêt de la société, du consommateur, de la protection de l’environnement, coût carbone par kilo produit y compris, n’est pas forcément là où l’on pense à priori. (Vous pouvez relire deux de mes articles précédents: "Auprès de mon arbre" et "Dans la solitude des vergers de pommiers".

 

Le débat est loin d’être terminé et il est passionnant. Je remercie les organisateurs (surtout « trices ») de m’avoir permis de participer à ce débat pour tenter de glisser quelques interrogations au milieu de trop de certitudes. Je souhaite aussi prendre rapisdement le temps d’échanger plus longuement avec Paul François et Pierre Bousseau dont j’ai fait la connaissance ce soir là et dont les témoignages m’ont paru très pertinents. Paul a eu raison d’insister sur les dangers de l’exposition des agriculteurs aux manipulations des produits phytosanitaires. C’est là que se situe le réel danger. Il n’y a pas de commune mesure avec les risques encourus par le consommateur, si tant est qu’ils existent et si l’on veut bien faire un peu confiance aux autorités sanitaires et à la sévérité des normes qui s’appliquent dans notre pays.  

 

Le modérateur des débats, Michel Adam, était lui totalement acquis aux thèses catastrophistes de MMR. C’est ainsi qu’il a conclu la réunion en répondant à la question posée, « l’assiette de nos enfants est-elle toxique ? », par un oui très net qu’il avait clairement prémédité. Comment peut-on affirmer une telle monstruosité avec autant de certitude alors que pas un scientifique expert de la question ne s’y risquerait? Je vous laisse deviner ce que j’en pense mes chers lecteurs. 

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Emmanuel Bouquet 09/06/2011 17:33


En ce qui me concerne: Présent. Mais ce débat n'en était pas un. Il était orienté et malheureusemnt stérile. Moi,j'aurais voulu prendre la parole pour poser une question : Que fait-on de
l'industrie agro-alimentaire (2 millions d'emplois ?) Comment adapte t-on nos unités de production/transfo aux volumes et à l'hétérogénéité des produits bio? Mais tous les agriculteurs
conventionnels sont des assasins, et les industriels des criminels, etc... Navrrant et Bravo Mr Sauvaitre pour votre attitude posé . Car , en ce qui me concerne j'avais rencontré M.Dufumier et B.de
franssus ( profs de Grignon ) la veille, et là je n'avais pas prévu de sas de décompression, je suis parti de cette mascarade, agassé .


Vinosse 07/06/2011 14:56



Dans la salle était présent le mari agriculteur, veuf maintenant, d'une personne atteinte d'un cancer du sein malgré des années de culture BIO ...


 


Il est étonnant qu'il n'ait rien dit !!!


 


 



Loïc 07/06/2011 13:26



MMR, à barbezieux, au début d'un débat (dont elle était la seule intervenante autorisée par Mr Adam à avoir plus de 5 minutes de parole et aussi à couper la parole aux autres) a fait un lien
direct entre cancer du sein et pesticides. Certainement le résultat d'un travail scientifique rigoureux qui néglige tous les autres facteurs potentiels....



Daniel 07/06/2011 11:46



Je voulais rajouter un point très important:


Pour tous les chercheurs du monde (hormis Belpomme et consorts) le tabac est la cause majoritaire des cancers.


D'ailleurs le cancer du poumon est en très forte augmentation chez la femme depuis 15 ans, car les femmes se sont mises à fumer plus que les hommes (qui ont diminuer leurs consommations).


Hors votre chère MMR a quand même eu le culot de professer que le tabac n'est pas dangereux pour la santé. Et ce devant des enfants; des scouts, et dans diverses réunions et meeting qu'elle
tenait.


Ce qui est bien normal, puisqu'elle fume énormément (elle reconnait 2 paquets par jour).


Dois-je supposer qu'elle est en fait subventionnée par l'industrie du Tabac???


Aussi, dois-je rappeler que M. Jaud était réalisateur sur Canal+ à l'époque ou l'alcool et la drogue coulaient à flot. Et que ce monsieur était un gros fumeur.


Quand Mme Robin aura un cancer (car elle en aura un), comme M. Jaud, elle accusera qui? Les fabricants de pesticides (comme M Jaud l'a fait) ou bien les fabricants de cigarettes????



Daniel 07/06/2011 11:35



@ M. ADAM.


Commentaire n°11 posté par michel adam hier à 23h07


 


Il est très clair que vous ne savez pas lire.


Bien que je me nomme Daniel, je ne suis pas M Sauvaitre. Mais un autre Daniel. Et moi je ne suis pas agriculteur, mais chercheur en Biologie.


Et c'est en tant que chercheur que je m'exprime donc.


Vous les tenants des risques causés par les pesticides vous oubliés, fait exprès, que nous les chercheurs parlont de "Risques potentiels" tant que la recherche n'a pas prouvé un risque réel.


La différence est très simple, et tout le monde l'a comprend très bien, sauf les écolos semble-t-il.


Un risque potentiel est un phénomène possible mais qui qu'aucune preuve scientifique n'est venue confirmer ou infirmer.


N'importe quel phénomène est donc un risque potentiel, et tout le monde peut affabuler sur les risques potentiels. Ainsi je peux très bien dire que les TGV (personne n'a jamais demandé l'accord
des citoyens pour fabriquer ces machines) du fait de leur grande vitesse émettent des ondes sonores qui peuvent induire des maladies chez les gens et mêmes des cancers.


En science, il n'est pas possible de garantir l'absence totale de risque. On ne peut que rejeter l'hypothèse nulle.


Ce qui fait que la pensée actuelle du Risque Zéro, issue du Principe de précaution, n'est absolument pas basée sur la science, mais uniquement sur une vision philosophique du monde moderne et sur
une interprétation totalement erronée du fait scientifique par des gens incompétents.


Quand l'augmentation des cancers, je vous renverrais vers les travaux du CIRC et de l'INVS. Il y est clairement expliqué que la population des pays industrialisés est une population
vieillissante, en accroissement depuis 50 ans, avec une très forte augmentation de l'espérance de vie. Hors les cancers sont des maladies de la vieillesse. Enfin, les techniques de diagnostique
ont très fortement évoluées. De nos jours les médecins détecte une tumeur de quelques millimètres, ce qui n'était pas possible il y a 10 ans encore. Et dans les années 70 c'était uniquement des
tumeurs de plus de 2cm qui étaient détectable.


Tout ceci donne l'impression d'une augmentation apparente du nombre de cancers (le taux d'incidence), mais en réalité on détecte seulement plus tôt les maladies.


Ce qui fait qu'avec les techniques médicales et traitements ayant eux aussi fortement évolués, le taux de survie devient très importants (près de 60% tous cancers confondus).


Il apparaît donc que le nombre de cancer n'explose pas. Ce sont les techniques qui permettent de découvrir les cancers plutôt.


un peu comme si vous cherchiez des cailloux de 5 cm dans le désert. Vous en trouverez quelques un. Mais si vous descendez votre maille à 2 mm vous en trouverez beaucoup, beacoup plus...


Pour votre info: un corps humain en pleine santé détruit tous les jours près de 200 cellules tumorales naissante.


http://www.invs.sante.fr/publications/2009/evolution_mortalite_cancer_france_1950_2006/index.html


http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=20031749


Que Belpomme est été à l'UMP ou au PS, ou bien Communiste ne veut rien dire sur ses compétences scientifiques. C'est un amalgame misérable et minable.