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Devoir de recomposition française en marche.

Bientôt un mois d’absence sur ce blog. Ça n’était pas arrivé depuis sa création le 31 décembre 1995. J’en ai pourtant écrit des pages dans ma tête. Mais je n’ai pas trouvé le temps de vous les mettre au propre. Faut dire que je ne me suis pas beaucoup posé ces temps-ci. Bordeaux, Paris, Rome, Afrique du Sud et à nouveau l’Italie dans le Val Di Non près de Trentino avant-hier pour une courte réunion du groupe de contact France, Italie, Espagne, consacré à la pomme et à nos causes communes.

Mais c’est par la journée d’hier que j’ai envie de commencer. Tout près de Reignac, à Angoulême. Enfin à l’Isle-d’Espagnac plus exactement. A l’espace 16 Carat qui brillait de mille feux de joie pour bruler les politiques de guichet d’hier en Poitou-Charentes en même temps que Ségolène Royal sur son bucher des vanités.  Jean François Macaire était absent du conclave qui réunissait autour d’Alain Rousset sur la commune de Marie-Hélène Pierre plus de 600 maires de la Nouvelle Aquitaine. Peut-être souhaitait-il éclipser ses propres responsabilités en s’abritant derrière la violente bataille de titans des politiques régionales qui se livre ces jours-ci. Pas très glorieux, mais sans doute opportun.

Forcément, dans la salle recueillie, les maires de Poitou-Charentes ressentaient une certaine inquiétude, voire tristesse, à voir disparaître le FRIL, les Nuits Romanes ou autres gracieusetés issues du pouvoir Royal. Mais il m’a semblé que la satisfaction de voir Alain Rousset lui péter enfin son laboratoire surjoué et financièrement explosif l’emportait nettement sur le sevrage difficile qui les attend.

Démonstration a été faite hier qu’une réforme, même douloureuse sur l’instant, peut-être acceptée et soutenue dès lors que l’on en perçoit clairement le sens et la finalité. Il faut pour cela de la pédagogie bien sûr. Mais il faut en plus que l’auteur du projet ait ce qu’il faut d’empathie teintée de pragmatisme et de valeurs collectives consensuelles à défendre pour que cela fonctionne.

Chaque collectivité perçoit, directement ou indirectement, une part de l’impôt versé  par les contribuables. Et chacune doit agir au plus près du rôle et des responsabilités qui lui incombent. Si on est loin du compte à plus d’un titre avec la loi NOTRe au regard de l’organisation territoriale efficace à atteindre, la clarification des compétences qui s’imposait est amorcée. C’est déjà ça.

Parce que la tentation politique est grande de rechercher en permanence à agir au plus près des contribuables pour recevoir leur reconnaissance dans les urnes. Cela conduit par exemple au versement d’une aide forfaitaire pour l’achat des livres scolaires à toutes les familles sans condition de revenu autre que de ne pas relever de l’imposition sur la fortune. Si l’importance proportionnelle de l’aide est d’autant plus forte que le bénéficiaire à un faible revenu et plus faible pour des revenus élevés au regard de l’impôt payé, on comprend aisément que ce n’est pas le resserrement de l’échelle des revenus qui est recherché. Mais bien le bénéfice politique de pouvoir adresser dans chaque foyer un chèque signé de la présidente bienfaitrice.

Le problème c’est qu’au final tout cela n’aboutit qu’à renchérir inutilement le prix des livres scolaires. Puisqu’il faut leur ajouter le coût de l’usine à gaz mise en place pour collecter les fonds et adresser ensuite le chèque oblitéré du sceau Royal. Ces politiques appauvrissent le citoyen pour enrichir la notoriété de l’élu. C’est bien connu, mais cela marche encore aujourd’hui comme depuis la nuit des temps.

Il y a donc un certain courage politique à rompre avec un saupoudrage inefficace pour orienter les fonds publics vers l’action collective et ses leviers afin de nourrir des cercles que l’on espère vertueux.

Education, formation et soutien à la création comme au développement des entreprises est revenu tout au long de l’après-midi dans les propos du président. C’est du développement de l’emploi et de l’activité économique que viendront les ressources fiscales qui donneront les moyens aux acteurs publics de satisfaire la demande sociale, par définition infinie, en équipements et services. Pour parler comme Ségolène Royal, chaque euro dépensé doit être utile. C’est-à-dire consacré aux missions qui incombent à la Région. Chaque euro détourné de ses objectifs est une facilité coupable que l’on ne peut se permettre compte tenu du taux de chômage que nous connaissons et de l’atonie de l’activité économique. Plus question non plus de se justifier en évoquant d’improbables vertus Keynésiennes de toute dépense publique.

L’abandon des Nuits Romanes est la marque symbolique la plus spectaculaire de ce changement radical de politique. Le choc est le plus brutal à gauche. C’est d’ailleurs cette coupe claire qui a donné lieu à la réaction la plus vive de l’après-midi avec l’intervention musclée de Marie Jeanne Vian, maire de Saint Preuil et présidente de l’association L’Avant Scène à Cognac. Dénoncer la logique comptable qui met fin à des manifestations populaires culturelles, touristiques et conviviales qui rencontrent un public de plus en plus large pouvait à l’évidence faire mouche. Expliquer méthodiquement que financer une manifestation gratuite aussi réussie soit-elle n’est pas dans les attributions de la Région n’était en réponse pas évident. Difficile pourtant de ne pas comprendre qu’étendre la démarche à l’ensemble de la nouvelle Région obligerait à rogner durement sur des fonds destinés à des missions essentielles comme l’éducation, la formation, l’emploi ou pour doter les territoires des équipements de transport indispensables à leur développement. Le débat n’est sans doute pas terminé. La rébellion semble pointer sur les réseaux sociaux. Mais au regard des impasses budgétaires laissées par l’exécutif sortant de Poitou-Charentes, la messe est dite. Et pas en latin.

Etrange situation pour un conseiller régional d’opposition que d’entendre Alain Rousset énoncer des orientations pour la Région en adéquation avec les siennes propres. Le travail consistera donc à veiller à ce que ces bonnes résolutions soient effectivement mises en œuvre et si possible d’enrichir de propositions le projet régional. Tout comme il y aura lieu d’être vigilant sur l’allègement corrélatif promis des effectifs de l’administration.

Le mur budgétaire dans lequel la gestion socialiste précipitait la Région Poitou-Charentes bénéficie enfin d’une large publicité dans les médias. La colère et la riposte de Ségolène Royal en témoignent. Pour autant il ne faut pas en rester là. Le rapport du cabinet Ernst and Young n’est pas un rapport d’audit comme le précise ce dernier. Il faut donc aller bien plus loin et remonter aux pièces comptables pour savoir ce qu’il en est de la cavalerie supposée. C’est-à-dire d’engagements de dépenses afférentes à un exercice et passées sous silence pour n’apparaître que sur l’exercice suivant. De même qu’il y a lieu de faire une évaluation des engagements pris hors bilan qui menacent de se traduire par de lourdes pertes ou des appels en couvertures de créances. Le tableau d’amortissement de la dette en emprunts et en leasings divers, semble-t-il  à loyers progressifs, est aussi vivement attendu.

Mais comme je le disais dans un précédent article, il faudrait surtout saisir l’opportunité de la révélation de l’opacité des comptes publics tels qu’ils sont soumis aux élus ou au public pour faire évoluer cet archaïsme. Le langage budgétaire n’est pas un langage de gestionnaire. Seul le bilan traduit la situation patrimoniale. Le compte de résultat explique l’évolution de la situation patrimoniale entre deux arrêtés des comptes. Pour parfaire l’information, toutes les annexes nécessaires doivent être produites. Tableau d’amortissement des actifs et de la dette, engagements hors bilan sont tout aussi indispensables.     

Il est frappant de voir comment progressivement une partie de la gauche glisse vers le champ idéologique du centre et de la droite. A moins que gauche et droite à des degrés divers n’évoluent ensemble vers des politiques libérales qui jusqu’à il y a peu étaient parfaitement taboues.

L’échiquier politique traduit bien moins aujourd’hui les différences idéologiques traditionnelles entre la gauche et la droite qu’un partage gradué entre libéraux et antilibéraux.

La difficulté c’est que ce partage se fait à l’intérieur des deux camps. C’est ainsi qu’en gommant les appartenances actuelles, il serait possible de réunir les hommes et les femmes politiques dans deux groupes à partir du degré de liberté économique, de prélèvements obligatoires, de dépenses publiques, de redistribution de revenus, d’administration qu’ils revendiquent. Frondeurs socialistes, extrême gauche et extrême droite à cette aune ont bien des points communs. Tout comme une partie de la gauche socialiste et le centre gauche peut maintenant se classer avec une solide partie du centre et de la droite. La division partisane actuelle n’est plus en phase avec les partis pris qui s’expriment.

L’ambition pour le pays, pour sa croissance, son rôle sur la scène internationale, les sciences, l’innovation, les arts et la culture sont dépendants de la place accordée à la liberté dans la société. C’est bien autour de la liberté que s’organisent les nouveaux clivages partisans. Les blocages du pays, son taux de chômage, sa croissance nulle, ses déficits, sa dette, sa balance commerciale, tout force les élus à s’engager clairement pour ou contre les choix politiques libéraux à opérer.

L’initiative d’Emmanuel Macron qui a créé cette semaine son propre mouvement qu’il a appelé En Marche participe de cette transformation. Ni de gauche, ni de droite comme il l’a annoncé. Ni de gauche, ni de gauche lui a-t-on répondu…à gauche. La liberté est donc encore plutôt à droite.

Je ne sais pas ce qu’il va advenir de ce mouvement libéral qui n’a pas sa place politique dans le fonctionnement des institutions de la 5ème république. En revanche je sais que l’approche politique d’Emmanuel Macron a de l’avenir. Se situer au-dessus des clivages artificiels pour rechercher pragmatiquement des solutions qui marchent est toujours séduisant mais habituellement sans lendemain. Cependant il se trouve qu’il incarne ce projet avec fluidité, simplicité, évidence sans susciter le rejet habituel quand ça sonne faux et que l’on n’y croit pas. L’expérience est donc à suivre. Le comportement de Macron est en soi innovant et c'est à cette nouveauté qu'il faut s'attacher.

Les primaires se profilent et je n’ai toujours pas fait le choix du candidat que je vais soutenir. J’apprécie depuis le début et de plus en plus le travail, le projet et l’expression de François Fillon. J’ai de l’admiration et une grande confiance envers Alain Juppé. Je trouve la constance et le travail de terrain de Bruno Le Maire courageux. Nicolas Sarkozy a écrit un bon livre et sera s’il se présente un redoutable candidat.

La géographie, les sondages en plus du programme et de sa stature d’homme d’Etat m’incitent à aller vers Alain Juppé. La plus grande proximité des idées m’oriente plutôt vers Fillon. C’est entre ces deux candidats déclarés que je vais devoir choisir et apporter mon aide. Mais il va de soi que quel que soit le résultat des primaires, je serai totalement engagé derrière le candidat qui sera choisi par la majorité des électeurs.  

J’ai interrompu cette semaine ma lecture de « Un héros discret » de Mario Vargas LLosa pour me plonger dans la nouveauté de moment « Lapins et merveilles » de Gaël Tchakaloff. Le bandeau de l’éditeur ajoute « 18 mois fermes avec Juppé ». C’est à lire. On ne s’ennuie pas. Sans doute à la fin a-t-on l’impression dans avoir appris au moins autant sur les états d’âme de l’auteur que sur Juppé, mais bon, je le conseille à tous ceux qui cherchent à comprendre un peu mieux le personnage.  

J’aurais voulu vous parler aussi de la remise de la légion d’honneur à Claude Bellot il y a quelques jours aux Antilles de Jonzac en présence du président du Sénat, Gérard Larcher. C’était une belle cérémonie avec de très bons discours. Mais c’est le choix de publier le même jour une brochure sur le passage à Jonzac du Général de Gaulle le 13 juin 1963 qui m’a semblé résumer l’inspiration motrice du maire de Jonzac, sénateur honoraire et précédent président du Conseil Général de Charente Maritime. Il faut lire le petit édito qu’il écrit pour ce livret illustré. Claude Bellot y fait part des efforts qu’il a déployés pour obtenir une permission et être parmi la foule à Jonzac lors du passage du grand homme. Au-delà des clivages partisans qui s’expriment dans les campagnes électorales, Claude Bellot s’est plu à rappeler comment s’est faite très souvent l’union sacrée pour servir la Charente Maritime. En fait comme vous le voyez, c’est toujours ce même thème qui revient…

On trouve en page 4 cette citation du Général qui reste un bon conseil toujours très actuel: « Prenez invariablement la position la plus élevée, c’est généralement la moins encombrée. »   

 Une nouvelle semaine chargée de prépare. Paris demain pour un « média training ». Une séance plénière à la Région mercredi. Assemblée générale de l’association Aquifruit jeudi à Marmande. Et vendredi départ pour Shanghai en passant par Helsinki pour y retrouver le secrétaire général de Freshfel. Samedi en début d’après midi nous auront rejoint le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan et le reste de la délégation qui l’accompagne. Le périple se poursuivra à Pékin puis Tokyo. Le retour est prévu à Reignac pour le 17 avril.

A suivre…  

 

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Daniel D. 11/04/2016 20:14

Tu vas finir par devenir indispensable à la bonne marche du monde...