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Le bon, le moche et le truand. Ou l'Intermarché de dupes.

Je ne sais plus quand exactement s’était tenu ce congrès des Centres d’Economie Rurale à Deauville. Au début des années 90 c’est sûr, mais l’année précise je ne sais plus. Ce dont je me souviens parfaitement en revanche, c’est que l’un des fondateurs d’Intermarché y était intervenu pour raconter les débuts du groupe et son développement. L’expression en vogue dans les années 60 l’interrogeait vivement. On disait alors selon lui « con comme un épicier ». Cela le plongeait dans un abîme de réflexions. Fallait-il être con pour être épicier ? Ou devenait-on con parce que l’on était épicier? L’assemblée avait alors beaucoup ri. Au regard de la fantastique évolution des magasins du groupe coopératif,  le questionnement inquiet de l’entrepreneur à ses débuts paraissait pour le moins paradoxal.

C’est marrant comme ces doutes me semblent bien moins absurdes aujourd’hui quand on les confronte au message de l’enseigne sur les fruits et légumes moches. Parce qu’Intermarché revendique à mon sens bruyamment avec cette pub d’être à la fois épicier et passablement con. Une sorte de luxe de parvenu qui se permet d’être décadent et de rigoler un bon coup de son hold-up réussi sur une certaine idée bobo du commerce équitable.

Le point de départ de tout ça, c’est le mot d’ordre très louable de lutte contre le gaspillage alimentaire. Bien avant les mousquetaires, tout chevalier blanc politique, de la FAO jusqu’au ministère de l’alimentation, en passant par Bruxelles, a trouvé là une nouvelle matière pour faire croire à son utilité.

Du champ jusqu’au consommateur, tout au long du parcours, des fruits et légumes se perdent.

Au champ, quand la valeur marchande attendue ne permet pas de couvrir les coûts de récolte. Ce qui arrive régulièrement. Ou bien lorsque que des attaques de ravageurs divers n’ont pas pu être maîtrisées. Ce qui devient de plus en plus fréquent. Et bien sûr aussi à cause d’un gel, d’un excès de pluie, d’un soleil trop brulant ou d’une chute de grêle. Mais ça aussi, c’est consubstantiel au métier de paysan.

Contre ces pertes, pas besoin de venir enquêter à grand frais avec l’argent du contribuable pour voir comment les limiter, le paysan s’en charge. Il fait de son mieux avec les moyens dont il dispose. Et c’est bien entendu du côté des moyens de protection contre les bioagresseurs que la puissance publique serait la bienvenue. Mais je sais, c’est nettement moins sexy en terme de communication et un peu plus casse gueule que de vouloir faire vendre des gueules cassées.

Lors de l’étape suivante, au moment du tri et de l’emballage, sont écartés une fois encore les fruits et légumes dont la valeur marchande ne dépasse pas les coûts d’emballage et de transport. Pour ce qui concerne les pommes, aucune ne se perd si elle est moche et saine, trop petite ou trop grosse. Elle devient jus ou compote.

Arrivés chez le détaillant, les mauvais traitements fréquents à la mise en rayon ou lors des manipulations par les consommateurs dégradent nombre de fruits et légumes qui finissent à la poubelle. Le consommateur lui-même, bien qu’ayant déboursé une somme plus ou moins rondelette pour les acquérir, ne consomme pas toujours la totalité de ses achats.   

Tout au long de la chaine, chacun a pourtant intérêt à réduire autant qu’il le peut les pertes. Puisqu’elles imputent directement le revenu de tous les acteurs concernés, du producteur au consommateur.

La réglementation exclut-elle des fruits et légumes bons, moches et sains qui auraient vocation à être consommés et dont le prix serait rémunérateur pour le producteur et les acteurs de la distribution ? A la marge sans doute, lorsque l’offre est exceptionnellement rare. Mais dans l’immense majorité des situations, la réponse est non.

La réalité du marché au quotidien, c’est la compétition vers le beau. Moins beau, même pas moche, c’est le déclassement et la ruine.

Venons-en donc à la publicité tapageuse d’Intermarché pour les fruits et légumes moches.

Que nous montrent les visuels de l’agence Marcel ? Des fruits et légumes difformes et boursouflés comme on en trouve quasiment jamais dans les champs et les vergers. Des curiosités qui résultent d’aberrations génétiques heureusement assez rares. Peut-être la proportion de ces monstres est-elle plus élevée aux abords de centrales nucléaires sous l’effet de radiations lorsqu’elles fuient? Peut-être Intermarché se chauffe t-il avec Marcel pour préparer sa clientèle à un nouvel après Tchernobyl. Avec un slogan du type : « un fruit irradié s’achète à Intermarché ». Glauque et moche vous ne trouvez pas mes chers lecteurs?

Gonflé aussi ce message selon lequel ces fruits et légumes au look « Botéro » seraient aussi bons que les autres aux belles formes. C’est évidemment faux. Lorsque la difformité résulte d’une cagasse génétique, les qualités gustatives en pâtissent nettement.

Il faut évidemment reconnaître que les images de cette pub attirent l’attention et que le message amuse les consommateurs. Peut-être même cela les incite t-il à passer au magasin. Mais cela n’aide vraiment pas à la compréhension des réalités de la production et du gaspillage alimentaire.

De plus, une enseigne concurrente qui avait elle aussi tenté l’expérience me disait récemment que ce type d’opération tournait vite court. Le réapprovisionnement en fruits et légumes bien moches s’avérant quasiment impossible à assurer.

Je conseille aux clients d’Intermarché de s’inspirer du  célèbre sketch de Fernand Reynaud, « les œufs cassés », pour le rejouer au rayon fruits et légumes à chaque fois que l’étal sera vide de monstres et de moches pas chers. Déformez moi z’en donc un kilo s’il vous plait, épicier.

Quand à la DGCCRF, elle est étonnamment discrète sur ce type d’opération, pourtant bien en marge de la réglementation vigueur.

Plus c’est gros, mieux ça passe. C’est peut-être la leçon qu’il faut tirer de tout ça mes chers lecteurs. Qu’en pensez-vous ? 

 

Le bon, le moche et le truand. Ou l'Intermarché de dupes.
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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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baulo 17/03/2015 17:23

je ne suis pas d'accord du tout sur ce que vous dites sur les fruits et légumes moches, c'est faux , en amap, les légumes sont moins beaux parfois les fruits aussi sont moins "ronds" mais c'est pas pour autant qu'ils n'en sont pas meilleur que les légumes et fruits avec pesticides !! arrêtez vos histoires, vous n'y connaissez rien à rien. allez dansles amap et vous verrez c'est autre chose !!

aubarecy 01/02/2015 17:59

http://www.terraeco.net/Pourquoi-une-pomme-d-aujourd-hui,58246.html

aubarecy 01/02/2015 18:00

Mordre à pleines dents dans une pêche et avaler… de l’eau sucrée. Manger toujours plus, pour se nourrir de moins en moins. Tandis que, dans les pays développés, nos apports en calories augmentent, la plupart des aliments non transformés que nous consommons – fruits, légumes et céréales – deviennent des coquilles vides sur le plan nutritionnel. Une dizaine d’études d’universités canadiennes, américaines et britanniques, publiées entre 1997 et aujourd’hui, font état d’une dégringolade de la concentration en nutriments dans nos aliments. Ces travaux résumés dans l’étude « Still no free lunch » de Brian Halweil, chercheur au Worldwatch Institute confirment l’essor de la « calorie vide » : grasse, sucrée, mais inutile pour la santé. Même dans les aliments réputés sains, vitamines A et C, protéines, phosphore, calcium, fer et autres minéraux ou oligo-éléments ont été divisés par deux, par vingt-cinq, voire par cent, en un demi-siècle. Pour retrouver les qualités nutritionnelles d’un fruit ou d’un légume des années 1950, il faudrait aujourd’hui en manger une demi-cagette !

Vitamine C : une pomme hier = 100 pommes aujourd’hui

Hier, quand nos grand-parents croquaient dans une transparente de Croncel, ils avalaient 400 mg de vitamine C, indispensable à la fabrication et à la réparation de la peau et des os. Aujourd’hui, les supermarchés nous proposent des bacs de Golden standardisées, qui ne nous apportent que 4 mg de vitamine C chacune, selon Philippe Desbrosses, docteur en sciences de l’environnement à l’université Paris-VII. Soit cent fois moins. « Après des décennies de croisements, l’industrie agroalimentaire a sélectionné les légumes les plus beaux et les plus résistants, mais rarement les plus riches sur le plan nutritif », déplore ce militant pour la préservation des semences anciennes.

Vitamine A : une orange hier = 21 oranges aujourd’hui

Précieuse pour notre vue et nos défenses immunitaires, la vitamine A est en chute libre dans 17 des 25 fruits et légumes scrutés par des chercheurs canadiens dans une étude synthétisée pour CTV News. Le déclin est total pour la pomme de terre et l’oignon qui, aujourd’hui, n’en contiennent plus le moindre gramme. Il y a un demi-siècle, une seule orange couvrait la quasi-totalité de nos besoins quotidiens – les fameux AJR (apports journaliers recommandés) – en vitamine A. Aujourd’hui, il faudrait en manger 21 pour ingurgiter la même quantité de la précieuse vitamine. De même, une pêche des années 1950 équivaut à 26 pêches aujourd’hui.

Fer : la viande en contient deux fois moins

Au début de la chaîne, il y a la céréale. Blé, maïs et soja sont aujourd’hui plus pauvres en zinc, en cuivre et en fer qu’il y a cinquante ans. Appauvries par des décennies d’agriculture intensive et de sélections variétales, ces céréales réapparaissent dans l’auge de nos bêtes, qui, par répercussion, se trouvent moins bien nourries que leurs ancêtres. En bout de chaîne, l’animal devenu steak apportera moins de micronutriments dans nos assiettes. Tel est l’effet domino identifié par le chercheur américain David Thomas. Dans son étude [1] publiée dans la revue Nutrition et Health, il constate qu’à poids égal un même morceau de viande apporte deux fois moins de fer qu’un demi-siècle auparavant. Or, celui-ci sert à l’élaboration. Autre dommage collatéral : le lait « a perdu ces acides gras essentiels », déplore Philippe Desbrosses. Des acides essentiels à nos membranes cellulaires, notre système nerveux et notre cerveau. Naturellement présents dans l’organisme en très petite quantité, ils doivent nous être apportés par l’alimentation.

Calcium : quatre fois moins dans le brocoli

Mauvaise nouvelle. Si le brocoli figure sur la liste de ces légumes que vous ne consentez à avaler qu’en pensant à votre santé, vous n’avez pas fini de grimacer. Alors que ce chou venu du sud de l’Italie contenait 12,9 mg de calcium – allié de la construction osseuse et de la coagulation du sang – par gramme en 1950, ils n’en renfermait plus que 4,4 en 2003, selon une étude de l’université du Texas, soit quatre fois moins. Si vous comptiez sur lui pour compenser la carence en fer de votre steak, c’est également loupé. Il vous faudrait en mettre six fois plus dans la soupe pour obtenir les mêmes bienfaits que par le passé. Sur les 25 légumes étudiés par l’équipe de recherche canadienne, 80% ont vu leur teneur en calcium et en fer décliner.

Le bio est-il une solution ?

Les facteurs de ce déclin sont multiples. Des sols plus pauvres, des végétaux cueillis trop tôt, des traitements de conservation plus fréquents, des croissances plus rapides dopées par les engrais et une réduction du nombre de variétés, sélectionnées pour leur résistance aux parasites et leur rapidité de croissance… Autant d’éléments imputables à une quête de meilleurs rendements. Résultat, « pour le maïs, le blé et le soja, plus le rendement est important, plus le contenu en protéines est faible », note Brian Halweil, dans son étude. Même schéma pour les concentrations de vitamine C, d’antioxydants et de bêtacarotène dans la tomate : plus les rendements augmentent, plus la concentration de nutriments diminue.

A contrario, « l’agriculture biologique peut contribuer à inverser la tendance », indique Brian Halweil dans son étude. De fait, à conditions climatiques équivalentes « les aliments bios contiennent significativement plus de vitamine C, de fer, de magnésium et de phosphore que les autres ». Le chercheur met pourtant en garde : « Si les agriculteurs bios développent un système riche en intrants avec des rendements comparables aux exploitations conventionnelles, le bio verra son avantage nutritionnel s’éroder. » De même, si les produits bios sont cueillis avant maturité, ils sont finalement moins riches en nutriments que des produits mûrs de l’agriculture traditionnelle. Seule stratégie pour remettre de la vie dans son assiette : choisir des aliments mûrs, produits de manière non intensive et partir à la chasse aux variétés oubliées. Une épopée.

aubarecy 01/02/2015 17:59

Adieu calcium, fer, vitamine A et C dans nos fruits et nos légumes !
Pourquoi une pomme des années 1950 équivaut à 100 pommes d'aujourd'hui
Avec l'augmentation des rendements agricoles, nos aliments sont devenus des coquilles vides… de nutriments. Combien de pêches, d'oranges, de brocolis faut-il...
terraeco.net

electricien paris 5 01/02/2015 17:39

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Daniel S 01/02/2015 17:47

Bon sang mais t'es qui l'électricien?

Pierre 29/01/2015 19:19

Si la mocheté devient la norme
Cela va susciter un immense espoir
Et pas seulement dans les fruits et Legumes
Vive la connerie humaine

Daniel D. 28/01/2015 12:13

Peut-être qu'en valorisant les produits inintéressants, ceux que l'on jette, ceux que le producteur élimine, espèrent-ils faire baisser les prix à la production...

Va savoir. Les cons ça ose tout, etc...