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Ordures.

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Dimanche dernier, lors du repas communal offert aux ainés de la commune, Stéphane D, gouailleur et facétieux comme à son habitude, me glissait cette recommandation marquée au coin du bon sens: « va falloir mettre des ridelles aux bacs de regroupement de nos poubelles sur Reignac ».

 

Chacun sait ici mon engagement pour des projets artistiques d’avant-garde qui bousculent et dérangent le spectateur. Chacun s’accorde à reconnaître que cette fois ci, avec l’installation très osée de bacs de regroupement en grand nombre le long des axes principaux qui traversent la commune, la provocation est particulièrement réussie. Les heureux automobilistes qui traversent chaque jour ou occasionnellement Reignac peuvent s’enorgueillir d’avoir sous les yeux l’œuvre d’art dont Salvatore Dali dirait inévitablement, s’il était encore en vie, qu’elle va supplanter en renommée et sans discussion aucune, les toilettes de la gare de Perpignan.

 

Sans vouloir me vanter, il fallait quand même un certain génie pour trouver le moyen de faire exprimer leurs talents cachés à ceux de nos concitoyens les moins familiers des galeries d’art et de la création artistique en général. Réussir jour après jour à concevoir des débordements colorés, avec des transparences douteuses dans le jaune, mais du plus bel effet, réaliser des assemblages de sacs poubelles pour obtenir des monticules brinquebalants aux formes les plus diverses adossés aux  horribles bacs gris et noirs qui dégueulent déjà de nos déchets les plus improbables, pour témoigner à ciel ouvert des dangers que fait peser notre consommation pour la planète est un tour de force créatif dont je suis assez fier. Enfin l’art plastique subversif à la portée de tous.

 

En fait, je n’ai pas un grand mérite. Je dois sans doute cette fulgurance à l’influence subliminale de Lucas Braastad dont l’installation « dech’art » réalisée il y a trois ou quatre ans à Barbezieux a du me marquer plus que je ne l’avais imaginé.

 

Et puis, last but not least, deux mois après l’ouverture au public, nous avons enfin eu cette semaine la retombée presse que nous méritions. (cliquez ici pour lire l’article de SO).

 

Le plus dur maintenant va être de faire basculer cette première étape plutôt réussie vers une seconde, beaucoup plus utilitariste, qui vise à optimiser les coûts collectifs liés au ramassage de nos déchets ménagers tout en faisant observer une règle du jeu civique parfaitement stricte.

 

L’histoire remonte à 2003 quand nouvellement élu président des 3B j’avais engagé un tour de l’ensemble des 37 conseils municipaux. Dans chaque commune j’essayais de déceler la bonne idée qui nourrirait le travail collectif et la coopération entre des élus encore sous le coup d’affrontements douloureux. C’est à Berneuil que Raymond Poitou m’a soumis l’idée de l’installation de bacs de regroupements pour les ordures ménagères pour libérer nos routes du passage des camions et réduire ainsi la facture de l’entretien de la voirie communale. Je n’ai eu de cesse par la suite de faire aboutir le projet tant il me paraissait nécessaire d’optimiser les coûts collectifs en matière de ramassage et de traitements de nos déchets. Parallèlement nous nous sommes engagés avec Calitom dans la promotion du compostage sur la communauté pour dégonfler à la source autant que possible les sacs noirs. Le mot d’ordre qui est toujours d’actualité s’exprimait ainsi : « je trie du mieux que je peux et je composte tout ce qui peut l’être ».  

Devenu maire de Reignac en 2008 j’ai très vite pu vérifier que le nouveau conseil municipal était très motivé pour mettre le dispositif en place sur la commune.

La logique communale aurait du conduire à limiter l’installation des bacs de regroupement au nombre nécessaire à la seule préservation des voies les plus fragiles. De cette façon on réduit aussi un impact visuel rarement apprécié des ressortissants de la commune. C’est le projet minimum qui ne se préoccupe que de l’impact direct et mesurable sur les finances de la commune. Mais il nous a semblé qu’il y avait lieu d’aller au-delà et que nous devions servir des objectifs plus ambitieux en termes d’économies collectives. Au-delà du raccourcissement maximum du trajet de ramassage, nous avons également recherché à limiter les points de collecte y compris sur les voies empruntées par le camion. Dans le même temps bien sûr nous nous assurons que chacun des points de regroupement se trouve bien sur le trajet emprunté chaque jour ou presque par les habitants. A l’échelle de la Charente cette démarche généralisée permettrait à la louche de réduire de moitié les 400 000 kilomètres annuels effectués pour la collecte de nos ordures ménagères. Une économie de temps supplémentaire est apportée par l’ajout des bacs de regroupement sur les axes empruntés par les bennes. J’ai pu vérifier auprès du chauffeur l’efficacité induite par le dispositif et le gain apprécié au regard  de la pénibilité du travail. A terme, les appels d’offres pour la collecte feraient inévitablement apparaître des gains substantiels qui auraient vocation à réduire nos contributions individuelles.  

 

Compostage, tri, regroupement, autant de moyens simples d’alléger le coût de notre production de déchets. Si l’on y ajoute l’élimination d’un certain nombre d’emballages à la source pour les produits que nous achetons, on perçoit qu’il est possible d’envisager la réduction de nos factures. Le responsable de l’entreprise de collecte m’indiquait que si toutes les communes raccourcissaient autant le circuit de collecte qu’à Reignac il pouvait diminuer son effectif salarié par deux. C’est là qu’intervient une autre réticence chez tous ceux qui pensent qu’il faut casser des vitres pour donner du travail au vitrier plutôt que de les rendre incassables et de permettre au vitrier de se reconvertir pour créer des biens ou des services supplémentaires. Mais là c’est une autre histoire.

 

Le principal prix à payer pour l’implantation de bacs de regroupement n’est finalement pas monétaire. Il est esthétique. En effet même bien enserrés sur leur socle, ces bacs sont moches et gâchent le paysage. Mais là encore je pense que l’on peut faire mieux et trouver des habillages pour mieux les intégrer dans le paysage.

 

Ce qui est finalement le plus difficile à résoudre, c’est la maîtrise des comportements individuels. Comment obtenir que personne ne dépose ses sacs dans des bacs qui ne lui sont pas destinés ? Comment obtenir aussi que même si le bac nous est attribué nous nous abstenions d’y déposer nos sacs s’il est déjà plein ?  

Apparemment l’entreprise est périlleuse et je sens monter la pression pour m’inviter à renoncer à ce combat qui semble vraiment désespéré pour bon nombre de mes interlocuteurs.

 

Je vais dès mardi soir lancer en conseil municipal le concours Lépine des moyens du non débordement permanent des bacs. J’ai déjà quelques idées. D’abord il y a lieu comme nous l’avons étudié avec Calitom et l’entreprise de collecte de positionner différemment certains bacs. Ensuite il y a aussi lieu de tendre vers l’extension aux communes voisines du dispositif afin de limiter l’envie de venir utiliser les bacs des autres. Je réfléchis aussi à un marquage sur chaque site des foyers ou du hameau de qui a le droit d’utiliser le bac, sous menace de sanctions pour les autres utilisateurs. Et puis comme je suis très franchement agacé par l’irresponsabilité de certains de mes congénères et de leur aptitude à dégueulasser sans vergogne ma commune je me demande si je ne vais pas planquer une vidéo surveillance aux points les plus sensibles pour mettre en ligne sur You Tube les images qui feront péter la honte aux auteurs de ces comportements de sagouins.

 

Qu’en pensez-vous ? Si vous avez d’autres idées mes chers lecteurs je suis preneur.    


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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Clochard 31/03/2013 03:06


@Zykou qui pète plus haut que son cul,

« Sachez que ceci n'est pas un simple tas d'ordures, c'est une oeuvre. »

Non sans blague ? On pensait que c'était une poubelle qui avait été renversée par deux clodos bourrés !





Erik Kessels, un photographe pas très zécolo...

Zykou 19/03/2013 11:02


Sachez que ceci n'est pas un simple tas d'ordures, c'est une oeuvre. Celle de Tim Noble et Sue Wester, alors ayez la courtoisie d'indiquer les artistes en complément de la photo, c'est la moindre
des choses...

Olivier 03/04/2010 11:36




Lorsque les problèmes sont graves, il faut faire preuve de sang froid en proposant des idées où chaque administré pourra se retrouver dans votre projet d’envergure Monsieur Le
Maire,  c'est pourquoi je pense qu'il faut aller encore plus loin dans vos mesures communales à caractère permissif. Tout le monde en est conscient les ordures ce n’est pas
bien, c’est moche, ça pu et en plus ça coute chère à la collectivité. Plutôt que de mettre en place un système de vidéo surveillance couteux pour votre commune et de menacer l’habitant qui se
contrefout totalement d’éventuelles représailles qui ne viendront pas de toutes façon. Non,  instaurez plutôt le Civisme Participatif Répressif (principe de Gauche qui à fait
ces preuve au USA dans les années 80). Quelques exemples qui pourraient être facilement mis en place par votre dynamique conseil municipal.



Redonner une place centrale aux chasseurs de la commune et de ses environs en instaurant des tours de garde (armée bien entendu) aux différents sites à risques des zones de
collectes régulièrement vandalisés. Permettre grâce à un arrêté préfectoral (dont vous serez le brillant initiateur) l’usage de leur arme à feux envers ceux qui oseraient défier la loi en ne
respectant pas les règles des bonnes pratiques du tri sélectif. Ces nouvelles forces de l’ordre vêtu de vert kaki deviendraient vite une composante essentielle à un retour à l’ordre et à
l’exemplarité d’une commune bien gérée.


Un administré = un collaborateur actif du Maire. Il est légitime que dans chaque commune, la moindre personne puisse se sentir accomplie d’une mission. En effet chaque citoyen
doit pouvoir dénoncer les comportements douteux de ces voisins qui se monteraient réfractaires aux mesures mis en œuvre par votre brillant conseil. Dés lors, en prévenant les conseillers
municipaux grâce à un numéro vert à  trois chiffres (permanence 24h/24h). La Milice communale prévenue par ces nouveaux collaborateurs actifs du Maire viendrait à toute heure
du jour et de la nuit débarquer chez le ou les résistants. Les réprimandes prendraient effet immédiatement et seraient à la diligence de la Milice. La Mairie ne saurait se tenir responsable
d’éventuels dégâts collatéraux.


Mise en place de Bons Points. Cette dernière mesure inspirée du permis à point aurait pour but de sanctionner les mauvais trieurs. Comme un chauffard perd des points, un
irresponsable du tri sélectif se verrait retirer des points par notre Milice Municipale. Exemple : une bouteille en verre retrouvée dans un sac jaune =  3 points en moins
sur un total de 7 points (les sacs seraient dorénavant numérotés et marqué du nom du propriétaire des ordures). Lorsque le permis de collecté atteindrait 0, la Mairie enverrait une lettre à la
honte communale en lui retirant son droit de déposer ses ordures ménagères qu’il devrait garder pendant une année dans son habitation.



 


 


Bien entendu d’autres mesures encore plus audacieuses peuvent voir le jour mais je pense qu’il serait plus prudent d’avancer pas à pas, sans précipitation dans instauration de l’ordre du propre
ou du propre de l’ordre (les deux sont valables).


Je me tiens à votre disposition pour les éventuelles difficultés que vous pourriez rencontrer dans leur mise en œuvre.


 


Amicalement.


Votre consultant privilégié.


 


PS : Mes honoraires calqué sur le cour du CAC 40 ont légèrement augmenté  (390 euros/heure de consulting)




poubelle la vie 01/03/2010 19:09



Sur Reignac les impôts locaux n'ont pas augmenté depuis 1995. Les bacs sont juste un moyen d'essayer de  jouer sur le coût des poubelles (dans la lettre de CALITOM on peut voir que la
collecte représente 36% de la facture). C'est d'ailleurs Calitom qui détermine le nombre de bacs en fonction du nombre d'habitants dans les hameaux.
Il faut bien commencer à agir si nous voulons avoir un jour un résultat. Résultat qui n'est possible que si la prise de conscience est collective. Sinon, on peut regarder le coût
augmenté tranquillement et se plaindre que c'est de la faute des autres.....



Patpau 28/02/2010 15:18



BACS OU PAS ASSEZ DE BACS?
Je suis habitant d'une commune voisine n'adhérant pas à cette démarche, je me demande si l'installation des bacs dans votre commune (et les autres) a bien été appréhendée, c-à-d a t-on
recensé précisément le volume à collecté à chaque point? J'ai de gros doutes car mêmes aux endroits non fréquentés par les "déposeurs extérieurs" il y en a PAR DESSUS BORD! Remettre en cause le
civisme des gens c'est une chose, mais quand on taxe de plus en plus la population en supprimant "les services de proximité" il ne faut pas vouloir leur faire porter le chapeau! Plus on paie,
moins on est servi...alors voilà le résultat!
Dans quelques temps on risque de nous demander d'aller déposer nos sacs directement à Poulignac! Vous avez pensé aux personnes agées?
Ah oui, la vidéo surveillance (très à la mode dans certains courants politiques) c'est surement la clé de tous les problèmes!