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Trouilles françaises.

Croissance poussive pour la France nous a annoncé l’INSEE cette semaine. « Donc il faut la pousser » en a conclu sobrement François Hollande. C’est son truc la croissance. Il a fait campagne sur ce thème. La croissance plutôt que l’austérité. Et depuis qu’il est élu il l’a cherche et il l’appelle. Le chômage c’est pareil. Il voit venir l’inversion de la courbe pour la fin de l’année. Normal, puisqu’il fait tout pour ça nous dit-il. En fait, il est joueur et optimiste. Il parie sur tout. Et, chose rare dans les circonstances difficiles que traverse le pays, il glisse toujours ici et là quelques traits d’humour. A la tribune, il joue au plus pitre François. C’est un spécimen rare, voire unique, de comique croupier notre Président. « Moi président », c’était déjà de l’humour en fait. On ne s’est pas bien rendu compte sur le moment. Sans doute parce qu’il avait su garder son air vieux malgré son jeûne.

Hier encore il a fait de l’humour sur la sécurité en Algérie. Mais un peu comme les français depuis qu’il est élu, les algériens n’ont pas compris. Moi, ce côté facétieux, il ne me déplait pas en fait. Le problème c’est qu’il est difficile de se détacher du fond de nos emmerdes pour rire de bon cœur. Parce que ça ressemble bien trop à l’humour du type qui tombe du haut de l’Empire State Building qui rassure chacun en passant devant chaque étage par un irrésistible « jusque là tout va bien ». Et que nous sommes tous entrainés dans sa chute. Alors bien sûr, on a de la peine à trouver ça drôle.

Je ne sais pas si ça vous fait le même effet qu’à moi, mais quand je l’entend dire que tout a été mis en place pour inverser la courbe du chômage et qu’il n’y a plus qu’à attendre, je me demande vraiment de quoi il parle. Et si je dois rire ou pleurer.

Pas sûr que ce soit en plaquant contre le mur la patronne d’un café concert breton prise en flagrant délit de travail dissimulé d’une cliente ramenant les verres au comptoir et passant derrière le bar pour prendre le raccourci vers les gogues que l’on va motiver des employeurs.

Pas sûr non plus que ce soit en étant le seul pays au monde à interdire la cueillette des pommes, des poires, des cerises ou des prunes à l’échelle que l’on va développer l’emploi dans les vergers.

Même si, à terme, l’usage de l’échelle a vocation à décroître fortement, il est stupide de se priver d’un vivier d’emploi par une interdiction brutale de l’indispensable accessoire. Nous alertons en ce moment le ban et l’arrière ban des faiseurs de lois pour revenir sur cette interdiction. Mais comme souvent en matière de normes, on est face à une roue crantée avec cliquet anti retour. On incrémente les normes et les réglementations à sens unique, sans retour en arrière possible. Enfin jusqu’à ce que la révolte gronde et que défilent les bonnets rouges ou multicolores.

Je vous mets un lien vers l’article qu’Agriculture Environnement a consacré au sujet. Et puis un autre vers la lettre que la DIRECCTE du Lot et Garonne vient d’adresser à l’auteur de l’article pour s’offusquer de la citation d’un de ses agents, pourtant déjà célèbre sur Google. Une preuve de plus, en creux, du trop plein de normes et du contrôle de terrain découplé des réalités économiques qu’effectue l’administration française.

Je doute aussi que les emplois dits d’avenir aient le rôle d’amortisseur souhaité, au-delà des rustines immédiates à l’indice qu’il permet. D’un côté l’Etat considère que la valeur marchande des travailleurs visés n’excède par 25 % du SMIC dans le secteur public et 65 % dans le secteur privé. Il assure ainsi auprès de l’employeur la discrimination positive nécessaire à la compensation de revenu pour le salarié. Mais de l’autre il met en place un encadrement administratif lourd et coûteux qui au final renchérit très nettement pour le pays le travail non qualifié, sans pour autant conduire à l’employabilité attendue. Les équipes mobilisées pour cela étant elles mêmes assez éloignées des critères d’efficacité en vigueur dans le secteur marchand. Cela pèse forcément en contrepartie sur le coût du travail de ceux qui sont exposés durement à la concurrence. Ce qui en précipite une partie au chômage ou au minimum les tient à l’écart d’embauches qui auraient été possibles sans le niveau de prélèvements obligatoires que nous connaissons. Vouloir s’élever dans les airs en se tirant par les cheveux ne marche pas comme chacun sait. Pourtant avec les emplois d’avenir, c’est bien cette stratégie que l’on met une fois de plus obstinément en œuvre.

L’Allemagne sans salaire minimum fédéral offre paradoxalement des perspectives bien meilleures aux travailleurs non qualifiés en ne trichant pas avec leur valeur immédiate sur le marché du travail. L’affrontement des très dures réalités les prépare bien plus à progresser et réussir. A quand une étude comparative sur le long terme des destins respectifs d’un côté et de l’autre du Rhin de ceux qui ont besoin d’assistance ou que l’on appelle les travailleurs pauvres.

Il n’est pas sûr non plus que la hantise de l’impôt issue de la refiscalisation des heures supplémentaires favorise la croissance. En matière d’économie et de comportement des individus, presque tout est affaire de confiance. Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est de la défiance qui s’est installée chez les travailleurs. Même largement irrationnelle, elle est extrêmement difficile à combattre.

J’étais en terrasse place Pey-Berland à Bordeaux cet après midi. Je me suis plongé dans la lecture du bouquin de Karine Berger et de Valérie Rabault, deux députées PS de départements producteurs de pommes, Alpes de Haute Provence et Tarn et Garonne, qui s’intitule « La France contre-attaque ». Je les ai rencontrées à l’assemblée et je les sollicite pour que les conditions d’exercice du métier soient plus favorables. Je sais qu’elles sont influentes auprès du Président et je souhaite mieux comprendre leur vision du monde. L’essentiel du livre vante les mérites des vrais entrepreneurs, créateurs de valeur ajoutée qui innovent sans cesse. Par opposition les dirigeants des grandes entreprises sont catalogués protecteurs de l’actionnaire et de la rente. Elles me comblent d’aise toutes les deux quand elles disent qu’il faut un climat favorable dans le pays pour ceux qui innovent et entreprennent. Le hic c’est qu’elles décernent bons et mauvais points au monde économique, sermonnant ceux qui se trainent et vantant les plus dynamiques, mais à aucun moment elles ne soumettent à la même grille de lecture le pouvoir qu’elles soutiennent. Collectivités territoriales et Etat n’entrent pas dans le même champ de l’innovation et de la performance semble t-il. C’est tellement flagrant que cela en dit long sur l’impossibilité du pouvoir socialiste à comprendre à quel point le terreau français devient un problème et pourquoi les infatigables entrepreneurs bien que passionnés ne réussiront pas à inverser seuls la tendance.

A la table d’à côté la discussion devenait très vive. L’un de ceux qui s’y trouvaient en avait gros sur le portefeuille de la présidence Hollande. Investisseur ou chef d’entreprise, il répétait que le pouvoir en place n’imaginait pas à quel point tout était mis en œuvre pour faire fondre les assiettes fiscales et les faits générateurs d’impôts et de taxation. J’ai un peu la même conviction. Les hausses d’impôts ne rapporteront pas ce qui était escompté. L’inhibition prospère plus vite que les impôts attendus.

A cela il faut ajouter que l’administration qui collecte l’impôt a peur de manquer des prélèvements nécessaire pour le fonctionnement de l’Etat et des collectivités. Ce qui se traduit par un durcissement des conditions de redistribution d’une partie de l’argent collecté par des agents consciemment ou non parlysés par le risque qu'il ressentent pour eux mêmes.

Tout cela, n’en déplaise au prédicateur président normal, contribue à plomber l’ambiance et résulte en une croissance bien poussive et un chômage qui ne s’inverse à l’extrême marge que sur le papier.

Luc Ferry s’est exclamé à Agen mercredi dernier qu’il se foutait du réchauffement climatique et des deux ou trois degrés annoncés pour la fin du siècle. D’abord parce que l’on en sait rien. Ensuite parce que ce n’est pas forcément catastrophique. En revanche disait-il la diminution des vocations scientifiques dans les pays occidentaux est bien plus alarmante.

Il est en effet temps de redevenir très concret et pragmatique et de jeter les croyances et les incantations aux orties. Il y a encore une petite chance pour que les deux députées dont je viens de vous parler ne deviennent de nouvelles Ninotchka et abandonnent la partie périmée de leur idéologie. Comme au cinéma.

Même pas peur mes chers lecteurs. Mon optimisme reste inébranlable. 

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Laurent Berthod 22/12/2013 23:36


J'espère bien que Gil Rivière Wekstein ne publiera pas ce droit de réponse et aura répondu vertement à cette administration que sa formultaion, à lui, ne laisse en rien entendre ce que son
courrier, à elle, allègue. L'Administration fait maintenant semblant de ne même plus comprendre le français. La Normalie serait-elle devenue le pays de la Novlangue ?