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La guerre des boutons.

Un bouton sur cinq (boutonnerie électromécanique) vendu dans le monde est fabriqué à l’usine Schneider Electric de Merpins. Si l’on en croit les informations qui circulent intensément depuis quelques jours en Charente, cette unité de production demeure performante et conserve de bons atouts de compétitivité dès lors que l’on évalue à son juste prix la qualité et la fiabilité des produits mis sur le marché. Mais voilà, cet atelier appartient à un groupe mondialisé qui élabore sa stratégie en incluant nombre de paramètres qui nous échappent localement. Des délocalisations antérieures ont libéré des locaux sur le site angoumoisin du groupe et maintenant, dans un souci affirmé d’optimisation des mètres carrés d’usine, les dirigeants viennent de décider de regrouper les activités industrielles de Schneider Electric de Charente sur le site des Agriers à l’Isle d’Espagnac.  Des délocalisations antérieures et à venir rendent disponible une surface suffisante de bâtiments pour accueillir les activités de Merpins. Le groupe poursuit ainsi sa stratégie de diminution de son potentiel de production en France et en Europe et de développement en Asie et ailleurs, parce que la compétitivité apparente y semble pour l’instant meilleure. La crise mondiale qui s’est traduite  par des surcapacités de production accélère ces restructurations. (Voir Sud Ouest).

 

Cette décision de regroupement sur l’Isle d’Espagnac, proposée sans doute depuis Tokyo ou se trouve S Goldenberg le directeur opérationnel des activités concernées, fait semble t-il peu de cas des dégâts collatéraux qui accompagnent une telle décision. Pour 260 salariés et leur famille, ce transfert est tout sauf anodin. D’ici à la fin de 2012 chacun doit réussir à s’organiser pour se rendre à son poste de travail sur le nouveau site distant du premier de plus de 50 kilomètres. L’allongement de parcours sera plus ou moins élevé jusqu’à ce chiffre suivant le lieu de résidence du salarié. Pour ceux qui travaillent de nuit et qui habitent à l’ouest de Merpins, ce sera très dur, voire difficilement supportable.

  

Faut-il pourtant considérer que c’est une solution acceptable comparativement à une délocalisation complète à l’autre bout du monde? Oui forcément. Mais pour les équipes de Charente ce transfert d’atelier passe d’autant plus mal qu’il est ressenti comme la conséquence de précédentes délocalisations plutôt ratées du groupe et que dans le même temps celles qui se profilent ne convainquent pas vraiment.

 

Je suis le premier à savoir que notre compétitivité pourrait être bien meilleure que ce qu’elle est en France aujourd’hui, mais je m’interroge aussi, comme les salariés, sur la finesse d’évaluation qui en est faite par Schneider Electric compte tenu des résultats obtenus par leurs délocalisations précédentes. La volonté de défendre la performance industrielle de l’origine France ne pourrait-elle pas être plus marquée et rentable dans un groupe comme celui-ci? Difficile bien sûr de l’affirmer imprudemment de l’extérieur même si on peut en avoir l’intuition. En revanche si j’en crois un salarié de l’entreprise fortement impliqué, les équipes en Charente ont la motivation et des atouts pour relever le défi. Mais il leur manque clairement l’implication du groupe à leur côté.

 

Dans ce contexte difficile les plus anciens des salariés se souviennent de la lettre d’accueil qui leur avait été adressée au moment de l’entrée dans l’entreprise par André Blanchet, l’un des fondateurs de la Télémécanique qui a implanté cinq usines en Poitou-Charentes et Limousin. Je vous invite à la lire. Le contraste parait violent avec la situation aujourd’hui. Les clefs de la réussite pour l’entreprise n’ont pourtant pas évolué depuis. En revanche la lame de fond du commerce mondial qui exacerbe les écarts de compétitivité, un management distant, des choix stratégiques discutables, une « financiarisation excessive » comme le dit lui-même Henri Lachmann le président du conseil de surveillance du groupe, tout concourt à démotiver les équipes au moment où il serait plus utile que jamais de les motiver pour rester dans la course.

 

Les salariés de Merpins se sont mis en grève pendant trois jours la semaine passée pour protester contre l’annonce officielle cette délocalisation en Charente. Et comme à chaque fois qu’un tel évènement se produit tous les regards se tournent vers les élus et les politiques pour qu’ils interviennent. Et l’on me fait remarquer à cette occasion que l’on n’entend pas beaucoup la droite. Voyons d’un peu plus près ce que peut faire et doit faire le politique quand ces situations surviennent.

 

A mon sens il faut bien distinguer le cout terme, l’urgence, pour lesquels les effets des actions à conduire seront forcément limités, du long terme, du structurel, dont la situation de crise du moment n’est que l’aboutissement.

 

Il est sans doute très médiatique et rentable politiquement d’afficher sa compassion parmi les salariés tout en dénonçant violemment les dirigeants, la mondialisation, la finance contre l’homme et tutti quanti. Mais cela ne modifie en rien le cours des choses. A moins que cela ne conforte un peu plus les dirigeants dans leur choix de se retirer progressivement du pays.

 

Localement, maires, conseillers municipaux, conseillers généraux, régionaux, députés, sénateurs, tous doivent être attentifs à tout ce qui concerne la vie des entreprises sur un territoire. Quelque soit la taille de l’entreprise les élus doivent entretenir une relation suivie avec les dirigeants. Tout ce qui peut contribuer à conforter les liens entre les décideurs et le territoire doit être entrepris. Au moment de décider d’une implantation, d’un agrandissement ou d’une fermeture ce contexte relationnel influera beaucoup plus qu’on ne l’imagine sur les choix opérés par les hommes ou les femmes en charge du destin d’une usine. Mais cela suppose d’aimer les entreprises et les logiques qui président à leur développement pour qu’une réelle complicité s’instaure et qu’elle profite au développement économique du territoire.

 

Autant dire que de ce point de vue là nous sommes plutôt en régression permanente dans le département. Les synergies opèrent plutôt dans le mauvais sens en ce moment. Parce que défiler avec les manifestants permet avant tout de gagner les élections pour accentuer ensuite la misère qui fera réélire. Dommage et dur à contrecarrer quand en plus les éditorialistes locaux se rémunèrent en ressassant chaque jour les idées à la mode faciles à vendre. Samedi, Jacques Guyon dans la Charente Libre a terminé son éditorial quotidien consacré au creusement des écarts de revenus en France, une nouvelle fois moralisateur et dérisoire à souhait, par ces mots : « une maladie qui exige d’autres prescriptions que ce placebo populiste du « travailler plus pour gagner plus ». Sait-il ce cher Jacques qu’il participe activement lui-même au creusement des inégalités. Parce que nous sommes de moins en moins nombreux à préserver nos enfants de ses analyses foireuses pour tenter de leur permettre de creuser l’écart avec ceux qu’il aura dangereusement influencé. Bien que préservé de cette triste réthorique je n’arrive évidemment pas à me réjouir de cette situation qui favorise chaque jour inutilement un peu plus une élite.

 

Alors me direz vous ce n’est pas parce que vous n’avez pas le manche localement que vous devez rester inactif dans ces situations de crise. Sinon ce n’est pas demain la veille que vous retrouverez la confiance des électeurs. C’est évident. Et dans ce cadre c’est du côté de Christian Estrosi, de Dominique Bussereau et de Jean Pierre Raffarin que se trouvent nos relais de discussion avec les dirigeants de Schneider Electric. D’autant plus que l’Etat détient des parts dans la capital au travers de la Caisse des Dépôts et Consignations.

 

Mais au-delà de la mobilisation d’un jour suscitée par l’annonce du transfert des activités du site de Merpins sur celui de l’Isle d’Epagnac et de la confirmation de menaces persistantes de délocalisations lointaines, nous devons inlassablement travailler à l’amélioration de notre compétitivité, au développement d’un tissu de petites et moyennes entreprises et à une ambiance plus favorable aux entrepreneurs, à l’innovation, au travail. Les politiques doivent montrer l’exemple et faire évoluer sans cesse notre organisation collective pour qu’elle soit la plus performante possible au prix le plus juste. On ne peut pas à la fois déplorer la désindustrialisation de la France et s’opposer à la réforme de la taxe professionnelle ou à celle des collectivités territoriales, douter de la logique qui lie gain et travail et menacer chaque jour de débrider l’impôt au-delà de 50%  du revenu de ceux qui réussissent. Chasser les riches du pays ne réduira pas le chômage ou la pauvreté.

 

En complément je vous propose de lire un article des Echos consacré au rapport sur le stress au travail auquel a participé Henri Lachmann, le président du conseil de surveillance de Schneider Electric suivi d’un commentaire d’un salarié de l’entreprise publié sur le site les Echos.fr. A méditer. 

 

Je vous avais aussi préparé une petite revue de presse la semaine passée que je n’ai pas eu le temps de vous mettre en ligne. Il n’est pas trop tard pour vous en proposer la lecture.

 

Eric Le Boucher dans sa chronique des Echos explique à mon sens parfaitement bien le défi à relever pour maintenir des emplois industriels en France. J’ai également retrouvé une analyse d’Alain Madelin publiée dans le Figaro en septembre dernier contre la taxe carbone que je me sens très à l’aise de soutenir aujourd’hui. Alain Madelin encore pour une interview au Journal du dimanche consacrée à l’euro. Bon je vous épargne quand même son entretien au Figaro où il évoque le bouclier fiscal et la stratégie à suivre pour diminuer la dette. En fait j’ai perdu le lien, sinon…

 

Pour ceux qui ne l’auraient pas lue je vous mets aussi en lien le texte de l’interview donnée par François Fillon au JDD qui faut lire très attentivement.

 

Et last but not least je vous ai copié l’interview de Jean François Copé aux Echos parue vendredi dernier.

 

Vous constaterez comme moi que si l’on prend un peu la peine de les lire dans le texte, plutôt que de se satisfaire de ce qu’en retiennent tel ou tel commentateur, les responsables de l’UMP sont plutôt pertinents dans l'action, l'analyse et les propositions nouvelles. Malgré leurs succès électoraux, à moins que ce ne soit justement pour cette raison, les socialistes sont moins diserts.

 

Dans un autre registre je vous propose de lire une réponse de Jean Daniel à Bernard Henry Levy sur la supposée responsabilité de Nicolas Sarkozy pour le bon score du front national.

 

PS:

J’ai écrit une partie de ce commentaire en regardant les Tontons flingueurs de Georges Lautner à la télé. Je ne m’en lasse pas. Je suis particulièrement sensible vous le comprendrez à la remarque de Jean Lefebvre torché au « brutal » dans la fameuse scène de la cuisine : « Je lui trouve un goût de pomme ». « Y’en a » lui répond Francis Blanche. Et un peu plus tard après avoir approfondi son enquête le même Lefebvre précise : « vous avez beau dire y’a pas seulement que de la pomme… ». Pour ceux qui en reveulent, cliquez sur ce lien.

 

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Vinosse 11/04/2010 09:54



Le paradis des polonais s'est enrichi de nouveaux clients hier !!!! Y'aura plus de place pour les
autres, mais bon, tant pis... On ira louer ailleurs, c'est pas les seigneurs qui manquent !!!!



Made in USA 07/04/2010 20:07



 


 


SARKOZY:  Je veux une France de propriétaires
!!!


 


 






Vinosse 07/04/2010 20:02



 


 


DURET !!!


 






Vinosse 05/04/2010 13:34



 


 


Et plutôt favorables à l'assèchement !!!


 


 


 


 



Vinosse 05/04/2010 13:24



Tu disais l'autre jour:


Nous avons choisi la vie, l'irrigation des territoires , à l'assèchement et au
désert...


Tu demanderais à Boutant d'augmenter les impôts en charente pour venir en
aide à nos frères maritimes ???