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Et la suite...du Grand Guignol.

C’est fou ce que le métier de paysan peut me faire connaître Paris ces temps ci. Mercredi dernier, comme vous le savez, c’est au Palais de Justice que j’avais rendez-vous. Une nouvelle fois j’ai oublié que la connexion entre la ligne 9 et la ligne 4 est fermée à Strasbourg Saint Denis. Alors je suis ressorti à l’air libre et j’ai marché sur le boulevard de Sébastopol jusqu’à l’île de la Cité. Mon avocat m’avait donné le bon repère pour entrer dans l’enceinte du tribunal. Les touristes japonais de la file de droite, c’est pour la Sainte Chapelle, la file de gauche c’est pour le Palais. Il m’avait aussi donné le bon conseil d’arriver à l’avance. Parce que trouver la 17ème  chambre du tribunal de grande instance dans le dédale des 24 kilomètres de couloirs peut prendre un certain temps. Surtout quand on croit s’être trompé en arrivant devant la 17ème chambre correctionnelle et que de retour à l’accueil on s’entend dire qu’elle est les deux, la chambre, civile et correctionnelle. On l’appelle aussi la 17ème chambre de la presse. J’ai eu aussi quelques secondes d'inquiétude en arrivant sur ce fameux « plateau correctionnelle » et en voyant micros et caméras aux aguets. Ouf, ce n’était pas pour moi. Un passage dans la salle d’audience pour entendre quelques mots d’une plaidoirie en faveur d’un jeune type qui se serait spécialisé dans la photo de clientes de grands magasins lorsqu’elles sont dans l’escalator m’a fait comprendre que mon référé devait avoir lieu quelque part ailleurs.

 

En fait c’est dans une petite salle du greffe qu’avec mon avocat nous avons attendu l’arrivée du Président, de la greffière et des trois conseils des parties que nous avions assignées, Et la suite..., France Télévision et le Nouvel Observateur. Un coup d’œil par la fenêtre qui se trouve pile poil à l’angle du boulevard du Palais et du Quai des Orfèvres pour profiter de la vue sur la Seine et le pont Saint Michel, une bonne vieille respiration abdominale pour déstresser et le match pouvait commencer.

 

Je vous rappelle que mon objectif est par ce référé de faire interrompre le plus tôt possible la diffusion du reportage, « Manger peut-il nuire à la santé », dans lequel il est dit à la France entière que l’on a retrouvé un produit interdit sur des pommes supposées être les miennes.

 

Et ceci pour la très bonne raison que dès le lendemain du passage à la télévision de ce documentaire, quelques clients choqués et agressifs sont venus sur les marchés pour manifester leur dégoût ou ramener les pommes achetées la veille aux vendeurs et vendeuses de l’entreprise.

 

Pour mon avocat, sur le fond, la démonstration était simple. Il a tout bonnement rappelé les éléments que vous connaissez bien maintenant et qui démontrent que les pommes dont on parle ne sont pas les miennes. Et pour ce qui concerne le produit chimique dont François Veillerette dit qu’il ne devrait pas être là, puisqu’il serait interdit, la simple production des textes en vigueur suffisait pour démentir et ne laisser aucune place à la discussion.

 

Je suis sûr en revanche que vous êtes impatients de savoir quelles pièces à conviction la société de production, Et la suite, a dévoilé pour soutenir les accusations du documentaire. Je vais donc satisfaire votre curiosité. Mais je dois auparavant conseiller à tous ceux parmi vous qui aimeraient garder encore quelques illusions sur la rigueur et l’honnêteté intellectuelle de « l’enquête minutieuse » d’Isabelle Saporta et d’Eric Guéret d’interrompre immédiatement la lecture de cet article.

 

Parce que voilà mesdames et messieurs la « parfaite traçabilité » que je me suis entendu décrire sans rire par mon délateur pour authentifier l’origine des pommes dénigrées.

 

La première pièce à conviction produite est un ticket de caisse du magasin Primeurs Libre Service, situé 246 rue de la Convention à Paris. Pour plus de lisibilité de cette formidable preuve, le ticket a été agrandi au format A4. C’est fou ce que c’est impressionnant un ticket de caisse quand on le regarde à la loupe du détective. A cette taille, l’agrandissement révèle un tas d’informations, presqu’autant que dans un constat d’huissier. Ainsi, ce 10 décembre 2009 à 15h59, la « journaliste diplômée de sciences po » a donc acheté (ça c’est elle qui le dit, pas le ticket)  0,850 kilo de tomate Torino à 5.95 euros le kilo et 1,450 kilo de Rubinette à 3,95 euros le kilo. Cela fait 10,79 euros au total dont on peut lire avec émotion que cela correspond à 70,78 de feu les francs. Notons au passage que ce n’est pas donné quand même.

 

Le deuxième indice probant est un reçu émanant du bureau de poste voisin du magasin, dans la même rue, d’où les pommes sont supposées avoir été expédiées au laboratoire d’analyse. La proximité du magasin et du bureau de poste étant un argument de plus pour démontrer la continuité du geste du portage des pommes suspectes.

 

Comment à partir de ces deux documents, Maître Sherlock Holmes, qui a de la suite dans les idées, peut-il réussir à démontrer que les pommes analysées sont issues de mon verger ? Elémentaire mon cher Watson. Un article de presse révélé par Google indique sans ambiguïté que « la variété forte de Tastet c’est la Belchard, puis la Rubinette ». De plus, ne dis-je pas moi-même sur ce blog me souvenir que j’avais demandé à mon associé de communiquer des adresses à cette recalée définitive du prix Pulitzer, de magasins dans Paris où mes pommes étaient susceptibles d’être à l’étalage. Donc je produis de la Rubinette, les pommes achetées dans ce magasin sont des Rubinette. Par simple déduction, il ne peut demeurer aucun doute sur le fait que les pommes à dénoncer soient bien les miennes. Vous noterez que je vous rend incidemment un fier service puisque je vous donne là un bel exemple pour expliquer le mot syllogisme à vos enfants.   

 

Entendre ça dans la bouche de l’avocat d’Et la suite, au Palais de Justice de Paris, c’est tellement surréaliste que j'espère en vous narrant la scène donner un peu de la résonnance qu'elle mérite à cette plaidoirie. 

 

En revanche le fond de l’affaire s’arrête là pour Et la suite. Pas un mot pour défendre l'allégation mensongère de Veillerette sur la présence d’un résidu de produit qui selon lui ne devrait pas être là. Et pour cause. L’analyse produite par le laboratoire mentionne de façon très lisible que les quelques résidus trouvés sur ces pommes sont tous légaux et compris entre 5 et 20% de la limite autorisée. A des niveaux si bas que les mêmes pommes analysées par d’autres laboratoires n’auraient pas forcément fait apparaître ces résidus ou en auraient révélé d’autres. Quand on touche le seuil de détection, les laboratoires invitent à la plus grande prudence quand à la réalité parfaite des matières actives mentionnées. La préméditation du dénigrement est ainsi prouvée puisque malgré l’analyse qu’il a en main qui dit clairement que tout va bien, le président du MGRDF me jette allègrement et sans plus de précautions au premier rang des empoisonneurs de nos assiettes. Sait-il vraiment lire finalement,  cet "expert" qui préfigure peut-être le pire des générations futures?

 

Voilà avec quelles mœurs bananières journalistiques on s’est payé ma pomme mes chers lecteurs. Il est vraiment effarant de voir à quel point la réalité dépasse l’affliction. Il y a un besoin urgent dans ces boites de production de respecter une charte qualité avec un contrôle externe tierce partie pour que le consommateur soit informé du niveau de confiance qu’il peut accorder à ce qu’on lui met sous les yeux. Nous savons parfaitement faire ça dans nos vergers, et depuis logntemps. En bas de l’étalonnage on pourrait proposer le label noir. Le mètre étalon de l’information la plus pourrie serait tout trouvé, on le sait maintenant, avec le travail torché d’Eric Guéret et d’Isabelle Saporta.

 

Je vous ai épargné bien entendu tous les arguments sur la forme qui ont représenté 95% des plaidoiries de mes adversaires dont le seul objectif dans cette procédure était de tenter de démontrer l’irrecevabilité du référé. De toute façon devant tant de calomnie, quelque soit le verdict du juge qui sera connu dans quinze jours, j’irai au fond mes chers lecteurs.

 

PS: J'ai eu le très grand plaisir de recevoir cette semaine le soutien appuyé du groupe espèces fruitières de l'INRA dirigé par Yves Lespinasse ainsi que celui de Guy Riba qui est le directeur adjoint de l'institut national.  A l'heure où nous sommes au travail pour développer les synergies entre tous ceux qui concourrent au progrès de l'arboriculture il est important de montrer un front uni face à ceux qui souhaitent nous opposer. Merci aussi à tous ceux d'entre vous qui continuent de se manifester sur ce blog pour donner leur avis, ainsi qu'à tous ceux qui m'adressent des messages de soutien sous toutes les formes. C'est très rassurant pour l'avenir.

 

Ah et puis j'ai été très sensible aussi à vos conseils de châtier un peu plus mon vocabulaire en me rappelant que la colère est toujours mauvaise conseillère. J'ai donc relu et remplacé ce qui était trop cru par un peu d'ironie. 

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Conseiller Régional Nouvelle Aquitaine, Président de l'Association Nationale Pommes Poires, membre de WAPA (World Apple and Pear Association) et secrétaire général d'Interfel.
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Renaud Jos.-J. 28/03/2011 19:24



Souvenez-vous des cours de l’excellent prof. de français qui a su faire aimer Camus à ses élèves :
«Il n’y a pas longtemps, c’étaient les mauvaises actions qui demandaient à être justifiées, aujourd’hui ce sont les bonnes.»

Nous sommes tous avec vous. Daniel Sauvaitre.
Courage.



Vinosse 19/03/2011 17:42



Pfft!  Très fort !!!!


 





 


 



Olivier 18/03/2011 19:21






Madame Saporta, trouvez l'erreur volontairement glissée dans cette suite d'images...



Jean Gasso 18/03/2011 14:23



Un ticket de caisse et un reçu de la Poste comme preuve de traçabilité de l'échantillonnage, pouahhh, les camelots de la peur n'ont décidément aucune honte ni aucune décence.


Je me demande quel est l'impact de leur propagande chimiophobe puante sur les ventes de la filière. S'il y a chute du CA (ce que sincèrement je ne vous souhaite pas vu tout les bâtons dans les
roues que vous avez déjà) et que ça coïncide avec le film, j'espère que vous allez vous en servir comme preuve pour taper méchamment sur cette bande d'escrologistes.


En tout cas, en tant que simple consommateur vacciné contre ce lavage de cerveau médiatico-étatiste, je tiens à vous exprimer mon soutien et mon admiration pour le monde agricole en général et
pour des producteurs comme vous en particulier. On est beaucoup plus nombreux à vous soutenir que ce que ces charlatans ne laissent croire.



Vinosse 18/03/2011 07:38



 


Sinon, notre chère Isabelle était sur F3 hier soir chez Taddeï, pas à son avantage d'ailleurs...


 


Moi j'ai vite zappé .