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De l'utilité de surtout frapper les esprits.

Un jeune tué le 17 juillet à Saint Aignan alors qu’il fonçait sur des policiers qui effectuaient un contrôle routier, un autre tué à Grenoble après avoir braqué le Casino et échangé des coups de feu avec la police. On connaît la suite. Dans les deux cas, les communautés des victimes ont mené des représailles extrêmement violentes avec de nombreux saccages à la clef pour protester contre la mort d’un des leurs. Face à ces opérations commando le Président de la République convoque une réunion à l’Elysée consacrée aux gens du voyage et prononce un discours musclé sur la sécurité, à Grenoble, lors de l’installation d’un nouveau préfet. Il annonce entre autres mesures qu’il veut mettre fin aux campements illégaux de Roms et propose un élargissement de la possibilité de déchéance de la nationalité aux crimes contre les dépositaires de l’autorité publique.

 

J’ai relu les discours et les déclarations du Président de la République de l’été et je les ai trouvé bien mesurés au regard des évènements auxquels ils répondent. Mais voilà, convoquer  une réunion spécifique pour les gens du voyage et les Roms à la suite des violences de Saint Aignan peut sous entendre qu’il y a une corrélation entre une communauté et une certaine criminalité. Les Roms se revendiquent Roms, mais la République ne peut pas s’adresser à eux en tant que tels. Evoquer la déchéance de la nationalité même si c’est en étendant une possibilité déjà existante pour des cas très rares liés à la sécurité du pays à des cas tout aussi rares de crimes contre des fonctionnaires suggère l’idée qu’il y aurait deux types de français. Bien heureusement pour le français de la rue c’est l’appel au respect de la loi par tous qui a été entendu. Et rien dans les évolutions du droit en France ne viendra étayer les craintes exprimées sur le droit de la nationalité ou sur la situation de telle ou telle communauté.  

 

Pourtant selon Dominique de Villepin il y a « une tache sur le drapeau républicain ». Pour Martine Aubry c’est « l’été de la honte ». Le pape lui-même nous rappelle le 15 août « les légitimes diversités humaines ». Tout l’été des voix se sont élevées pour dénoncer les évacuations de campements Roms illégaux, les expulsions tout autant que les retours volontaires subventionnés et stimulés. Certains ont même cru devoir forcer le trait jusqu’à faire le parallèle avec les plus sombres heures vécues par cette communauté. Et il y a une dizaine de jours j’ai reçu comme les autres maires de la communauté de communes des 3B un courrier du conseil presbytéral local de l’église  réformée de France qui nous rappelle notre devoir de solidarité avec les plus démunis tout en dénonçant, ce qui est plus scabreux en pays laïc, l’injustice supposée de la politique gouvernementale. En revanche la présidente de la Halde, Jeannette Bougrab, déclare à Jean Michel Apathie sur RTL qu’elle n’est pas choquée par des évacuations consécutives à des décisions de justice dans notre Etat de droit où des recours engagés par des associations peuvent être suivis d’annulation s’il y a matière pour cela.

 

Il se trouve que je n’ai vraiment pas besoin de consulter les écritures liturgiques auxquelles fait référence le pape pour savoir et ressentir spontanément, comme une évidence et depuis bien longtemps, que nous sommes tous frères. Je doute pourtant que cela soit suffisant pour améliorer le sort des Roms et éviter l’évacuation des campements illégaux consécutifs à des décisions de justice. J’ai ainsi vainement cherché derrière les protestations d’indignation, quelles étaient les propositions concrètes à mettre en œuvre pour intégrer et sortir de la misère la plupart des Roms qui s’enfuient de Roumanie pour venir vivre ici une misère un peu moins inacceptable. Si j’en crois les statistiques que l’on peut lire ici où là, les expulsions et les reconduites dans le pays d’origine sont à peu près constantes depuis trois ans. Force est de constater qu’en l’absence de résonnance médiatique personne ne s’était mobilisé pour dénoncer cette politique et proposer des alternatives plus généreuses.

Les collectivités locales sont pourtant majoritairement à gauche et nombre d’entre elles ont été concernées par ces évacuations de campements illégaux. Mais comme François Rebsamen, la plupart des dirigeants doivent penser qu’il y a d’abord lieu d’appliquer fermement et seulement la loi. Ils doivent faire leur cet adage bien connu dans le monde de l’entreprise : « diriger c’est être cruel à temps ».

 

 

Heureusement, grâce à Nicolas Sarkozy la politique de l’autruche a du plomb dans l’aile. Les problèmes sont sur la place publique et les postures morales qui ne sont pas suivies d’actes ne dupent plus personne.

 

Localement en Charente, nous ne sommes pas vraiment concernés par les Roms mais un peu plus par les gens du voyage. Pour ces derniers il semble difficile de demander qu’ils n’occupent pas de sites privés ou publics si les obligations légales en termes d’aires de stationnement ne sont toujours pas respectées. J’ai ainsi appris que le schéma départemental pour l’accueil des gens du voyage qui date de 2002 a laissé vide le chapitre consacré aux aires de grand passage. L’indignation ici comme ailleurs n’aurait que plus de valeur si les élus en charge des principales collectivités concernées marquaient un peu d’empressement à faire avancer ce dossier qu’il faut rouvrir. Rien n’empêche non plus un député ou un sénateur de proposer des évolutions de la réglementation qui entoure la durée maximale de trois mois qui limite le stationnement sur ces aires. J’ai entendu cette revendication qui me semble légitime de porter à la totalité de la durée de la scolarité annuelle le stationnement sur une même aire. L’intégration passe par la scolarisation des enfants et tout ce qui peut permettre cette scolarisation effective facilite l’intégration républicaine des gens du voyage.

 

On peut le regretter, mais il faut bien le reconnaître, le respect des lois de la République combinées avec les contraintes économiques forcent à la sédentarisation la plupart des gens du voyage. Pourtant, comme nous l’a rappelé André Glucksmann dans une tribune publiée dans le Monde  « le droit à l’errance est imprescriptible ».

 

Je suis sollicité en tant que maire par le pasteur de l’église évangélique « vie et lumière » qui réside sur ma commune et avec qui j’échange de temps en temps sur les conditions d’une meilleure intégration de la communauté des gitans dans notre pays. Il aimerait disposer d’un lieu plus adapté et plus vaste que celui qu’il occupe à ce jour le lundi au château de Barbezieux pour les réunions de sa communauté religieuse qui se développe. Voilà une demande à laquelle j’ai envie de répondre. Pas parce que j’aurais acquis la conviction qu’il faille évangéliser autour de nous, mais bien parce que ces moments de rencontre permettent un partage de valeurs et améliorent notre capacité à vivre ensemble. C’est en repensant à la fois au message du pape et à l’invitation à plus de solidarité envers les plus faibles de la part de l’église protestante que j’ai compris les solutions qui s’imposent. La commune est propriétaire d’une magnifique église qui au-delà des coûts récurrents va faire prochainement l’objet d’importants travaux de rénovation. Cet édifice qui a été le témoin de bien des joies et bien des souffrances depuis le XIème siècle appartient à chacun de nous, même s’il est légitimement mis à la disposition de l’église catholique. D’évidence le pape par son message nous invite à partager ce lieu entre la communauté catholique et cette communauté évangélique qui prie le même seigneur. Tout comme j’imagine la communauté protestante, que je vais également solliciter, répondra spontanément à leur demande en proposant le partage du temple conformément à la fraternité et à la compassion qu’elle professe. Voilà en tout cas une belle occasion d’agir par nous-mêmes, concrètement et généreusement, pour aider une communauté qui se sent exclue. Cette démarche d’accueil et de tolérance est, il me semble, le pendant minimum indispensable pour notre société de la nécessité quelquefois douloureuse de faire respecter aux gens du voyage comme à chaque citoyen les lois de la République.

 

PS: Je vous mets quelques documents à télécharger qui m’ont particulièrement intéressé ces derniers jours et qui me semblent éclairer utilement les débats sur la situation des Roms.

 

Une tribune de Gilles-william Goldnadel dans le Figaro la semaine dernière joliment intitulée « Roms/Immigration le crépuscule des sots ? »

 

Une tribune d’André Glucksmann dans le Monde : « Le droit imprescriptible à l’errance »

 

L’accueil des gens du voyage. Une brochure réalisée par la Direction générale de l’urbanisme.

    

Un très bel article publié dans la Charente Libre et signé Ismaël Karoum : «  

Avec les manouches »

 

 

« Le nomadisme sans frontière est un mythe politique» par l’historienne Henriette Asséo.

 

« Etude et propositions sur la situation des Roms et des gens du voyage en France» par la commission nationale consultative des droits de l’homme.

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Vinosse 15/09/2010 08:04



 


FAILLI !!!!


 


Bref, c'est très bien finalement de désacraliser les bâtiments religieux: dieu ne serait-il pas universel ?


Dans l'intelligence comme dans la bêtise !


 


A moins qu'il ne soit mort depuis longtemps, la nuit des temps même...


 


 



Vinosse 15/09/2010 07:57



 


 


J'ai faimlli vendre mon temple à cette communauté évangéliste. Bref, j'y connais pas trop entre toutes ces casquettes célestes, mais il me semble que l'imagerie des lieux, la statuaire  et
la dévotion devraient en gêner quelques uns ??? Chez les protestants et autres baptistes, on ne représente pas dieu et ses acolytes, chez les cathos on adore les saintes en plâtre et chez les
évangélistes ?  Vont-ils de voir mettre des draps sur les effigies ? Repeindre les murs ?