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Culture RD.

Samedi dernier, je suis arrivé un peu en retard pour assister au concert de l’Alter Quintet donné dans la salle du théâtre du château de Barbezieux. C’était le dernier spectacle de la saison Culture 3B. C’était aussi le pot de départ, programmé et surprise, de Renaud Dumoulin, l’animateur culturel de la communauté de communes des 3B Sud Charente. Il n’y avait personne à la caisse. Entré sans payer, j’ai choisi de traverser la salle des pas perdus et le bar pour me glisser dans le théâtre par la porte du fond. J’ai repéré la silhouette de mon ami Frank, l’homme de théâtre reconnaissable entre mille, et je me suis assis à côté de lui. Sur la route, juste avant d’arriver, j’avais reçu un appel de Laurence. Renaud l’avait invité à cette soirée. Elle ne pouvait pas venir et me chargeait de lui transmettre des bises et ses meilleurs souvenirs des débuts improbables de l’animation culturelle sur les 37 communes auxquels elle a activement participé lorsqu’elle dirigeait la communauté. Je me suis laissé porter par la délicieuse musique d’Alfonso Pacin et de ses complices et je me suis refait le film de ce que je savais de l’histoire de culture 3B.

 

Je crois avoir fait la connaissance de Renaud quelque temps après qu’avec Céline ils se soient installés comme artisans à Baignes dans les locaux libérés peu avant par l’imprimerie. Lui fabriquait des lampes et sa compagne taillait la pierre. Je ne sais plus qui d’entre nous l’avait sollicité pour devenir membre d’Entreprendre en Sud Charente, mais je me souviens qu’il avait participé à deux ou trois réunions et suscité beaucoup de curiosité. Ce qui m’avait intrigué c’était son côté  « Lanza del Vasto » rafraichissant et ébahi, tout droit venu de Paris et si désireux de s’impliquer sur nos terres. Deux de ses initiatives m’ont forcément fait penser qu’il allait nous guider quelque part.  Je ne sais plus aujourd’hui dans quel ordre elles ont été prises. Il m’a sollicité une première fois pour participer à la constitution d’un prix à offrir à un artiste local qu’un jury de chefs d’entreprises et d’hommes et de femmes perspicaces désignerait gagnant. La cagnotte s’élevait je crois à 1000 francs. Une dizaine d’artistes repérés par Renaud exposaient leurs œuvres dans un bout de la salle Bellue, à Baignes, pendant un week-end. Je découvrais comme d’autres la qualité des créations d’artistes amateurs insoupçonnés qu’il nous semblait pourtant bien connaître pour vivre depuis longtemps à leur côté. L’initiative de Renaud révélait leurs créations qui acquéraient d’un coup le statut d’œuvres d’art. Localement, depuis l’exposition de photographies de la fin des années 70 initiée par le docteur Landry dans les locaux de la mairie, je n’avais rien vu de pareil.

Dans le même temps, le même Renaud, donnait naissance à un festival de musique du nom de Rootsland. Je crois me souvenir que la première édition à laquelle j’ai participé eut lieu sur l’espace Dietramszell. La grosse machine baignoise à animation s’était mise en marche avec des bénévoles en grand nombre pour assurer la logistique du futur Woodstock sur Pharon.  Cette fois ci encore plus que l’évènement festif, j’étais frappé par la qualité des concepts et des mots qu’employait Renaud pour parler des objectifs du festival. Je sentais son envie de « lien social » dont il m’a fallu un certain temps pour comprendre le sens. J’étais plus habitué du vocabulaire de l’agriculture que de celui des acteurs socioculturels.

 

En 2003, je suis devenu président de la communauté de communes des 3B Sud Charente. Après une première année passée à réapprendre à travailler tous ensemble, dès le tout début de l’année 2004, nous avions engagé le chantier des transferts des équipements et des services qui avaient vocation à devenir communautaires et qui devaient bénéficier d’une progression de ressources plus élevée pour la communauté que pour les communes qui en assumaient seules la charge. C’est ainsi que nous envisagions d’assumer collectivement le destin du Château, du cinéma et de la salle fraichement rénovée de Baignes où il était prévu d’exposer le patrimoine local. Très tôt j’expliquais à mes collègues que le transfert de ces équipements signifiait que nous allions nous impliquer dans le domaine culturel. C’est ainsi que j’ai proposé de préparer cette prise de compétence en procédant à une étude sur l’état des lieux de la culture sur le territoire et sur les potentiels à développer. Et c’est à Renaud que je pensais pour faire ce travail. Lors d’un conseil communautaire à Touvérac, tout juste de retour d’une semaine à la rencontre d’HortResearh en Nouvelle Zélande et bien ratatiné aux régionales par Ségolène Royal, j’ai fait voter un budget pour une étude culture confiée au seul entrepreneur culturel local que je connaissais et que j’appréciais. Cette étude peut toujours être consultée. Renaud l’a présentée dans la salle du théâtre du Château devant le public des associations locales impliquées de près ou de loin dans la culture. Je me souviens des inquiétudes, des critiques, des doutes sur ce que l’on pouvait attendre de cette présentation des choses et des partis pris revendiqués par Renaud. Surtout quant à son souci de fixer une frontière entre ce qui relève de la culture et ce qui relève du comité des fêtes. Tout comme la notion de professionnalisation dont une partie de l’assistance pensait qu’elle sous entendait de l’élitisme qui les excluerait du dispositif. L’intérêt immense pour moi de cette étude c’est qu’elle révélait un état des lieux associatif, des artistes locaux et des axes de développement enthousiasmants en parfaite cohérence avec les transferts envisagés.

 

 Mais voilà, l’étude faite, la communauté n’avait toujours pas de cheville ouvrière pour porter les projets culturels induits par les nouvelles responsabilités qu’allaient prendre les communes réunies. Dans le bouillonnement continu du moment, l’idée m’est venue qu’il fallait faire embaucher Renaud par la MJC avec laquelle la communauté pourrait conventionner. Dans l’ambiance post séisme marquée à Barbezieux par l’argument récurrent du passage à la taxe professionnelle unique qui restreignait les moyens de la ville, il me semblait crédible d’expliquer que la communauté en donnant les moyens à la MJC d’embaucher un animateur culturel, de créer des animations, ne faisait que se substituer à la commune qui disait ne plus pouvoir compenser l’économie qu’elle faisait après le départ à la retraite du directeur. La bourse emploi tremplin de la Région comme levier complémentaire pour déshiniber les derniers récalcitrants et le tour était joué.    

 

Malgré une petite offensive forcément un peu politique de l’ALB que la préférence pour la MJC inquiétait, l’opération a pu avoir lieu. Ce n’était évidemment pas un cadeau pour la MJC qui assurait le portage d’une animation culturelle déstabilisante pour sa trésorerie déjà très tendue. En effet, les cofinancements escomptés étaient bien au rendez-vous et dès la première année pour 35000 euros investis pas la communauté, le budget global s’élevait déjà à près de 80 000 euros. Mais il fallait préfinancer les subventions qui demandaient de la rigueur administrative pour les percevoir. Ce qui est en soi une autre histoire très artisitique aussi.

 

La suite est connue, implication de Patrick aux côtés de Renaud, baptême et ouverture de l’Espinoa à Baignes, les jeudis de l’étang à Brossac, les spectacles au théâtre, la Guinguette mobile, les concerts à la salle des fêtes à Baignes ou à Montchaude, du Slam, de la poésie, des expositions d'arts plastiques, des résidences et tant d’autres évènements.  Culture 3B existait.

 

Depuis deux ans, j’ai infléchi mon implication vers une autre collectivité, celle des arboriculteurs et je suis souvent hors du Sud Charente. Je manque ainsi la majeure partie de la programmation de Culture 3B. Je me tiens régulièrement informé quand même tout en me promettant de redevenir plus présent. J’en ai d’autant plus envie après la très belle soirée de samedi.

 

Ce que je viens de décrire ce sont les quelques décisions stratégiques qui ont été prises pour apporter du contenu à l’implication de la communauté dans l’animation culturelle. Mais la programmation, l’identité, la cohérence, l’aura de Culture 3B, c’est pour l’essentiel la création de Renaud.

 

L’impréparation, la rapidité des décisions, le parti pris d'une grande liberté, le génie désordonné de Renaud ont fait que le parcours culturel a été souvent chaotique dans les débuts. Mais au moment où le relais est passé à Johan-Hilel, il me semble que ce qui domine de l’empreinte de Renaud sur le territoire ce sont des programmations culturelles étonnantes, éclectiques, ambitieuses, captivantes, exigeantes que le public a été de plus en plus nombreux à apprécier. Et puis ce sont des lieux, l’Espinoa, le théâtre, l’étang et bien d’autres sites qui vivent et où chacun aime à se retrouver pour partager des émotions riches et rares.

Merci Renaud et bienvenue Johan-Hilel.    

 

PS: Je vous mets en pièce jointe l'entretien que Renaud a donné à Sud ouest. 

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Vinosse 17/12/2010 09:54



 


Extrait du Figaro de ce matin:


 


" ... le président justifie abondamment le maintien de François Fillon: «Si Fillon était
dehors, il serait en train de faire le beau», a-t-il confié lors d'un entretien avec un proche. Surtout, il se félicite d'avoir agi en bon politique, même si Fillon, parfois, l'énerve. «De Gaulle
a fait l'erreur de virer Pompidou qui l'agaçait, pour mettre Couve à la place.» Il pense aussi que «Mitterrand n'aurait jamais dû sortir Rocard, même s'il ne le supportait plus». Et que Jacques
Chirac aurait dû le «mettre à Matignon en 2002», «au lieu de prendre Raffarin». Convaincu d'avoir fait le bon choix en conservant Michèle Alliot-Marie, et en embarquant Alain Juppé qui, sinon
«aurait été vexé comme un pou» ... "


 


On a là un grand homme !


Très affuté, très fin politique.