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Comme en 40!

  

belchard

 

 

 

Ça y est, les premières fleurs de pommier sont ouvertes et déjà pollinisées. Si tout se passe bien, c'est-à-dire si ni le gel ni la grêle n’endommagent la récolte, si la protection contre les maladies et les parasites fonctionne bien, si la réduction du nombre de fruits sur les arbres est maîtrisée, si les réserves en eau sont suffisantes pour compenser les besoins non couverts par les pluies, si le recrutement de travailleurs saisonniers est fructueux et si les conditions météorologiques permettent d’obtenir une coloration suffisante des fruits et une récolte dans de bonnes conditions, dans six mois il sera possible d’entreposer suffisamment de pommes à commercialiser pour tenter de couvrir les charges engagées tout au long de l’année, ainsi que l’amortissement des lourds investissements réalisés et si possible dégager du surplus. Parce qu’au-delà des problèmes techniques et du climat, l’inquiétude est à son comble cette année sur les perspectives du marché. Depuis maintenant un an, les cours sont au dessous du prix de revient et l’arboriculture comme la plupart des autres secteurs de l’agriculture perd de l’argent, beaucoup d’argent. Une relative abondance l’an passé pour l’ensemble des fruits et légumes explique en partie cette situation. Aujourd’hui on constate un début de réduction de l’offre qui permet de raffermir très lentement les cours. Pour autant les inquiétudes sur les cotations à venir en liaison avec baisse de compétitivité de la France semblent de plus en plus fondées.

 

Dans ce registre, il ne se passe pas un jour depuis quelque temps sans que l’on me cite des exemples surprenants de performances de l’Allemagne. C’est elle par exemple qui après l’Espagne est devenue le deuxième pays producteur de fraises en Europe, devant la France dont la production continue de fléchir. Même chose pour l’asperge dont un commercial du sud-ouest me disait que la production outre Rhin atteint maintenant 100.000 tonnes contre moins de 20.000 en France. Toujours dans la même veine, un ami éleveur de porcs me signalait qu’il faut plus de 18 euros par bête pour faire abattre en France quand des abattoirs en Allemagne proposent la même prestation pour moins de 3 euros. Je pourrais multiplier les exemples de notre décrochage vis-à-vis de notre partenaire de référence en Europe. Le phénomène devient tellement aigu que Christine Lagarde s’est risquée à critiquer les conditions de cette compétitivité. Alors que la croissance y  est en berne comme dans la plupart des pays européens, les performances à l’exportation de l’Allemagne continuent pourtant de progresser.

 

Les paramètres qui expliquent l’amélioration de la compétitivité allemande sont sans doute très nombreux. Deux d’entre eux me paraissent quand même avoir une importance primordiale, tout au moins dans le domaine agricole. En premier, on peut citer les nombreux travailleurs saisonniers qui viennent de Pologne ou d’autres pays de l’est européen pour une rémunération qui commence à partir de 5 euros de l’heure. Ce qui est rendu possible par l’absence de salaire minimum de référence en Allemagne, comme c’est aussi le cas en Finlande, en Suède ou en Italie. De plus le coût journalier des charges pour l’employeur est d’environ un euro lorsque la présence du salarié sur le territoire est d’assez courte durée, moins de trois mois il me semble. Plutôt que d’accepter la délocalisation des productions dans les pays à faible coûts de main d’œuvre, l’Allemagne a résolument choisi de faire entrer la main d’œuvre bon marché sur son territoire et de conserver, voire augmenter nettement, ses capacités de productions.

A cela s’ajoute le transfert d’une partie du coût de la protection sociale vers la TVA. C’est ce que l’on appelle maladroitement en France la TVA sociale. Elle n’est évidemment sociale que très indirectement parce que dans un premier temps elle réduit le pouvoir d’achat dans le pays pour permettre à l’économie de gagner en compétitivité. La mécanique du système est redoutable pour gagner de parts de marché à l’exportation tout en freinant les importations. Voilà comment ça marche. Les consommateurs allemands paient une partie de la protection sociale des salariés dans le prix de ce qu’ils achètent. Lorsqu’il n’y a ni importation, ni exportation, cela ne change rien au prix total payé par le consommateur. En revanche lorsqu’il y a exportation, les biens sont vendus hors taxes en dessous de leur prix de revient, puisqu’ils ne contiennent pas tout le coût de la protection sociale des salariés qui les ont produits. Les biens importés en revanche deviennent moins compétitifs vis-à-vis de leurs concurrents nationaux auprès des consommateurs. Macro économiquement, l’Allemagne fait peser l’effort de compétitivité pour le développement des exportations sur toute la population. Au prix de la réduction de fait de son pouvoir d’achat. Cette mesure combinée avec l’introduction de main d’œuvre à bas coût et une augmentation du temps de travail, aussi bien hebdomadaire qu’en durée totale d’activité avant la retraite constitue un vrai plan de guerre national pour contrer les avantages concurrentiels des pays émergents. Et ça marche. Le problème c’est que cette stratégie qui s’apparente à une dévaluation compétitive unilatérale met au défi les autres pays européens d’emboîter le pas à l’Allemagne sous peine d’aggraver la perte de leurs propres capacités industrielles. Nous sommes les premiers concernés.

 

A la suite des élections régionales, dans la perspective des élections cantonales l’an prochain et des présidentielles dans deux ans, j’ai une nouvelle fois l’impression qu’il flotte comme un air de déni des réalités économiques dans notre pays. Grève à la SNCF pas vraiment remise en cause par la paralysie du transport aérien, débat sur les retraites qui cherche à faire l’impasse sur l’allongement de la durée des cotisations, regrets de la taxe carbone, programme électoral de la gauche qui propose contre le reste du monde de raser gratis demain en faisant payer les riches. Obsession médiatique pour l’anecdote qui, d’interview d’hommes politiques en émissions d’informations, privilégie l’accessoire plutôt que l’essentiel.

 

Face aux difficultés budgétaires le débat se focalise sur l’impôt qu’il devient nécessaire de prélever en plus pour boucher les trous plutôt que sur les stratégies à conduire pour faire autant sinon mieux avec les prélèvements obligatoires déjà au taquet en France. Une refonte de la fiscalité pour plus de justice et de cohésion sociale est une vraie nécessité, mais elle doit se faire à périmètre constant des prélèvements globaux. Plus d’impôts pour certains doit aussi correspondre à moins pour d’autres. Ce n’est évidemment pas ce qui est proposé par la gauche et même une partie de la droite. Parce que cela supposerait que les politiques soient résolus à faire un travail de réforme dans les domaines où ils sont en responsabilité. Et c’est tellement plus facile et populaire de montrer du doigt d’autres coupables que soi même. Il suffit de s’intéresser aux déclarations des élus locaux et nationaux de Charente pour comprendre que nous ne ferons évoluer notre organisation que contraints et forcés par l’apoplexie des contribuables et en aucun cas par un travail de réforme volontaire de la part des responsables politiques. Je me sens un peu seul, y compris dans mon camp, à soutenir par exemple le chantier de la réforme de l’organisation territoriale. La mode est au contentement de soi, à l’autojustification, à la négation des problèmes, à la crainte de l’impopularité et à la promotion d’éternelles lignes Maginot. En revanche l’Allemagne, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et bien d’autres pays ne semblent toujours pas prêts de nous copier. Alors que nous en sommes encore à nous pâmer de nos lourdeurs qui ont amorti la crise, avec pragmatisme et courage nos challengers relèvent les défis. J’ai lu deux documents qui me semblent très pertinents pour éclairer la situation que nous vivons. Il vous suffit de cliquer sur les liens pour en prendre connaissance. Allemagne TVA sociale, Compétitivité problématique, les Etats Unis sont de retour.   

Bien heureusement, j’ai noté hier soir sur LCI que Jean Pierre Raffarin était totalement sur cette ligne réformatrice en centrant ses interventions sur la guerre de la compétitivité et sur le recours nécessaire à ce qu’il n’a pas voulu appeler la TVA sociale. Il a martelé plusieurs fois qu’il fallait reléguer au second plan certains sujets moins essentiels pour se concentrer sur les enjeux économiques en citant plusieurs fois l’Allemagne. Un de plus à vouloir éviter la débâcle. C’est très bon signe. Ce n’est pas encore suffisant pour convaincre le banquier de perspectives meilleures pour la rentabilité de nos productions, mais on se sent un peu moins seul. C’est déjà ca.

 

« Quand j’écoute trop Wagner, ça me donne envie d’envahir la Pologne » Je ne sais pas pourquoi mais en écrivant cet article je pensais à cette réplique de Woody Allen dans « Meurtre mystérieux à Manhattan ».

 

En prime une photo prise il y a quelques jours par Isabelle dans un verger de Belchard. On y voit un nid de pie. Et ce doit être une pie gothique parce qu’elle a récupéré des bouts de fil de fer pour faire son nid.

 

nid de pie

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Vinosse 27/04/2010 07:41



 


L'Allemagne qui gagne !!!!



Ramon 25/04/2010 20:25



 


Y'a personne ici!



Vinosse 23/04/2010 20:40



T'as pas d'autre argument que "foireux" ???


Rase-mottes...



la droite souverainiste et gaulliste 23/04/2010 14:36


« Ich bin ein Berliner » Bravo à nos amis allemands qui font et ont toujours mieux fait que nous. Une partie des Français n'aiment pas la réussite et la réussite leur offre donc une fuite (de bach
en Fi ?). Les images entre le REICH et les allemands sont trops faciles. Alors Vinosse avec tes raisonnements Foireux , tu devais être un amoureux de Vichy ? En plus, il y a du génie dans la
musique allemande...


Vinosse 20/04/2010 07:22



 


De Wagner, Nietszche disait que sa musique flattait les plus bas instincts, chez l'homme !!!


Oh que oui !!!


Il critiquait aussi l'esprit allemand, si étroit et si dominateur... L'Europe en fait les frais: Berlin impose sa loi, les nouveaux entrants de l'Est cherchent à la fuir et en somme nous en
sommes rendus au IV REICH... et ça fait des années déjà...