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Lettre ouverte aux arboriculteurs du Bassin Grand Sud Ouest

L'expérimentation fruit dans le Bassin Grand Sud Ouest  

 Le Comité de Bassin du Grand Sud Ouest a mis en place en 2002 une nouvelle organisation pour la définition des programmes d’expérimentation des fruits et des légumes. Les professionnels de la grande région, qui contribuent par leurs cotisations au financement des programmes, ont souhaité par cette réforme garantir la cohérence entre leurs attentes concrètes et les travaux engagés par les stations. C’est dans ce contexte et pour ces objectifs que le Président m’a demandé de diriger les travaux du Conseil d’orientation de l’expérimentation des fruits.

Avec maintenant près de quatre années d’expérience et à la lumière du travail d’analyse très rigoureux de Franziska Zavagli , l’ingénieur CTIFL en charge à mes côtés de la coordination des programmes de l’expérimentation des fruits pour le BGSO, je souhaite vous faire part de mon sentiment au regard de l’efficience des moyens de l’expérimentation dans la Bassin Grand Sud Ouest.  

 L’histoire est connue mais il peut être utile de la rappeler afin de mieux comprendre la situation présente. Avant d’être réunis dans un même comité de bassin, les producteurs de fruits s’adressaient à leur centre d’expérimentation respectif, le CIREA, CREYSSE, l’ANPN en Aquitaine et le CEFEL en Midi-Pyrénées. Quatre centres mais en réalité sept sites en raison des choix historiques opérés par le CIREA qui, pour assurer une proximité géographique avec les lieux de production et les financeurs, a choisi d’être présent dans le Limousin à Saint Yriex, en Dordogne à Douville et à Franchemont près de Lanxade, ainsi qu’à Frégimont à côté de Prayssas en Lot et Garonne. Notre premier challenge consistait donc, malgré l’éclatement des équipes, en particulier pour la pomme, à réussir la réalisation d’un programme d’expérimentation unifié pour tous les producteurs du bassin, bien réparti entre les différents lieux et les différents centres afin qu’il n’y ait pas de doublons dommageables à la bonne utilisation des fonds professionnels et publics.  

 Force est de constater que nous n’y avons pas réussi. Mais pouvait-il en être autrement ? 

L’approche qui se voulait très directive sur la commande occultait trop les organisations d’hommes et de femmes que sont les stations expérimentales,  les motivations qui les animent et les contraintes qu’elles subissent. Dans un contexte d’inquiétudes croissantes quant à la volonté et à la capacité contributive des professionnels, qui subissent d’importantes difficultés économiques, et de réductions attendues des financements publics, se sont développées dans les stations des préoccupations internes déstabilisantes qui ont exacerbé d’inutiles et d’improductives concurrences.

 

 Les arbitrages dans les programmes de la pomme qui sont aujourd’hui nécessaires conduisent à une situation scabreuse. En effet, l’expression de la volonté des professionnels qui devrait se traduire par la suppression de certains essais peut déstabiliser beaucoup plus durement un centre qu’un autre. Ce qui en toute logique aurait clairement vocation à être décidé sans états d’âme conduirait  à coup sûr à des effets très néfastes pour une station et subsidiairement serait politiquement sans doute impossible à expliquer et à assumer. Ce n’est en tous cas pas la voie à suivre pour améliorer le rendement et la sérénité de l’expérimentation pour la filière à l’échelle du bassin. D’autant plus que sur le fond rien ne serait réglé des enchevêtrements multiples que nous constatons. 

 

 Après mure réflexion il me semble que nous sommes aujourd’hui le dos au mur, mais heureusement toujours en situation de pouvoir et de devoir faire bouger les choses, pour réorganiser les moyens de l’expérimentation pour le plus grand bénéfice des producteurs et des équipes mobilisées pour les servir.

 A partir du constat que les redondances concernent un peu la prune mais principalement et de façon très nette la pomme, dont l’expérimentation est conduite par des équipes distinctes des deux stations et sur quatre sites, il y a lieu de s’interroger pour savoir qu’elle serait la meilleure organisation à proposer pour initier de nouvelles synergies pour la filière. Il faut pour cela rappeler qu’avant d’être un programme, l’expérimentation c’est d’abord un pool de compétences et de savoir-faire, dynamique et stable, engagé pour le progrès technique et économique d’une industrie au plus près des producteurs.

 A l’échelle du bassin j’ai acquis la conviction que chaque espèce à vocation à ne s’adresser qu’à une seule équipe appartenant à une seule station. Ceci signifie, si l’on admet ce raisonnement, que seule la fusion des deux stations que sont le CIREA et le CEFEL permettra d’atteindre cet objectif. Les autres questions comme celle de savoir quels sont les lieux utiles pour servir le projet et les programmes me semblent forcément secondaires. D’autant plus qu’il se profile quand même que dans ce nouveau cadre le site de Franchemont pourrait être abandonné compte tenu de sa proximité avec le Ctifl à Lanxade et de sa spécificité « conduite de l’arbre » (au sens strict de systèmes de verger, architecture) dont les professionnels considèrent qu’elle n’est plus la priorité. Les antennes du Limousin et du Lot et Garonne, l’une pour les spécificités de la golden d’altitude et l’autre pour explorer les voies extrêmes de la réduction des intrants, en raison de l’isolement des parcelles, conserveraient sans doute leur utilité dans une nouvelle entité unifiée. 

 

 Les deux stations, malgré cette analyse partagée je crois par les professionnels, ne semblent pas souhaiter et en tous cas redoutent cette solution ambitieuse.

 Je préconise pourtant maintenant que cette fusion soit un préalable pour que les producteurs de pommes décident de confier leur expérimentation et leur contribution financière à une station régionale. La mobilisation des cotisations de tous les producteurs du bassin pour l’expérimentation ne se justifie plus si le cadre actuel est maintenu tant il est source d’incohérences qui ne peuvent être évitées dans l’organisation actuelle.

Pour redonner des perspectives aux expérimentateurs qui travaillent principalement sur la pomme, mais c’est aussi vrai pour les autres, il est nécessaire de construire un centre régional unique entièrement préoccupé par la satisfaction des attentes de ses clients que sont les arboriculteurs du bassin tout entier.

 Dans ce cadre il me semble que l’autorité du Conseil d’orientation de l’expérimentation et de la coordinatrice des programmes sera enfin réelle. La cohérence que nous souhaitons renforcer avec les partenaires institutionnels que sont l’Inra, le Ctifl ou la protection des végétaux pourra aussi avec cette réorganisation prendre un nouvel élan.

 

 Il est bien entendu toujours difficile d’évaluer précisément les gains de productivité et d’efficacité à attendre de ces évolutions mais à l’aune de ce que nous avons vécu jusqu’ici il ne fait aucun doute qu’en renonçant à un bout de l’usine à gaz d’aujourd’hui nous ne progressions nettement en suivant cette voie.    

 La nouvelle organisation très resserrée serait la suivante, un conseil d’administration, une direction administrative à Montauban, une direction scientifique et quatre sites.

 Ce mouvement devrait aussi s’accompagner de « l’intégration » de l’animation technique qui a vocation à faire le lien entre les exploitations et les expérimentateurs et à permettre des échanges fructueux entre tous les techniciens. L’animation fait partie intégrante du dispositif expérimentation pour tout le bassin.

  Pour que cette perspective ne soit pas trop inquiétante pour les personnels il y a bien sûr lieu de prévoir très vite des solutions pour chacun. Ce qui sera de toute façon plus favorable que de s’installer dans les difficultés actuelles qui conduiraient à coup sûr à des conséquences sociales forcément beaucoup plus douloureuses.

 

 La réussite de l’expérimentation et sa reconnaissance par les producteurs nécessite aussi de repenser complètement la diffusion du résultat des travaux qui doit être réactive, explicite, synthétique et facile d’accès pour tous. Cela devient me semble t’il la condition même de l’existence de l’expérimentation. Nous aurons aussi à traiter ce sujet. 

 Je me tiens à votre disposition pour débattre de la proposition que je vous fais d’actionner le levier décisif qui fera évoluer cette situation intenable qui perdure trop.

 

 En vous remerciant pour votre attention et dans l’attente de vous voir bientôt je vous adresse mes plus cordiales salutations.  

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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daniel 09/09/2006 13:06

Si je comprends bien, certains arboriculteurs trouvent que payer des cotisations parafiscales obligatoires pour que d'autres continuent dans une certaine forme de "bien-être" intellectuel, au seul prétexte de poursuivre des "essais" devenus hors d'intérêt, que cela commence à bien faire!?

On connait ça dans l'horticulture!
Après nous être débarassés du pétainiste CNIH, voilà qu'on nous oblige encore à verser un pourcentage de nos revenus pour financer des opérations obscures de recherche et de promotion, en un mot payer des gens à rien foutre, et bien les payer!!!

Je sais mon discours est abrupt, au moins autant que les menaces qu'on nous fait si l'on ne vaut pas payer...

Je sais pas ce qu'on fait dans ces officines pour les pommes, par contre pour les framboises, le bilan est plus que négatif!
A part inventer un ravageur international qui n'en est pas un(phytophtora)quand on applique à ses cultures des méthodes saines, au point que pas une douane n'accepte des plants sans leur couper les racines(et ainsi les condamner à mort), à part donc appuyer fortement en direction d'un certain type d'agriculture productiviste et chimique, j'aimerais que quelqu'un vienne me dire que je me trompe...