Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mirages

Lecture réservée aux pomiculteurs aguerris.

  

Les prévisions de récolte de pommes des 25 pays membres de l’Europe, ainsi que celles plus approximatives des autres pays producteurs de l’hémisphère nord, font l’objet d’un colloque annuel début août. Cette année la réunion avait lieu à Budapest. Il y a deux ans elle se tenait à Lublin en Pologne et l’an prochain ce sera sans doute à Vilnius en Lituanie. A la suite de l’adhésion des dix nouveaux pays à l’Europe et pour respecter le tour de rôle de chacun c’est l’est qui accueille et se trouve pour quelque temps encore sous les projecteurs. Avec 450.000 tonnes produites sur les 9.500.000 tonnes de l’Europe à 25, la Hongrie se classe en 5ème position derrière la Pologne, l’Italie, la France et l’Allemagne.

La commercialisation de la récolte 2005, plutôt aisée pour ce qui concerne les volumes, s’est faite à des niveaux de prix très en dessous des coûts de production pour ceux des arboriculteurs français dont le verger comprend principalement les grandes variétés «mondiales». La surprise du colloque a bien sûr été de constater que c’est la France qui a été la plus touchée par cette crise qui s’est traduite par l’arrachage de plus de 8% des vergers l’hiver dernier et de nombreux dépôts de Bilan. Rien de tel chez notre principal concurrent l’Italie qui semble plutôt satisfait du déroulement de la campagne passée.  Après un pic atteint en 1999 et 2000 à 2.250.000 tonnes la France se prépare à récolter 1.580.000 tonnes cette année. Le mouvement de baisse s’est accéléré et semble devoir se poursuivre alors que l’Italie maintient son potentiel entre 2 et 2.100.000 tonnes sur la même période. Les spéculations vont bon train pour essayer de comprendre les raisons de ce décrochage entre nos deux pays. Deux explications principales souvent évoquées semblent assez crédibles. La première est relative au marché intérieur italien qui semble plus rémunérateur et moins dominé par la grande distribution que le nôtre. La deuxième concerne les très petites exploitations du Haut Adige qui récoltent plus de la moitié des pommes du pays et sont tenues par des double-actifs qui bénéficient d’une main d’œuvre familiale peu rémunérée. C’est sans doute cette situation qui a permis que, sur les autres marchés ou nous sommes en concurrence, nos collègues italiens aient pu consentir des prix aussi bas que ceux qui nous étaient offerts sans que l’impact sur les comptes de résultat des producteurs soit le même. Paradoxalement alors que toutes nos craintes d’arboriculteurs pour les années qui viennent se focalisent vers nos compétiteurs de l’est il m’a semblé à Budapest que si les raisons d’être inquiets ne manquent pas elles sont d’origines bien plus diverses qu’il n’y paraît au premier abord.

C’est le secrétaire d’état à l’agriculture de Hongrie qui a accueilli les congressistes. Il était plutôt morose. L’impact de l’adhésion à l’Europe pour l’instant lui semble assez négatif. La concurrence a mis à mal la production locale avec des fruits de moindre qualité, selon lui, et des prix de dumping. Dans ce nouveau cadre le recours aux subventions nationales pour soutenir les producteurs n’est plus possible. Il faut donc que les producteurs affrontent le marché avec un verger assez âgé et des variétés inadaptées aux attentes des consommateurs. Et le comble c’est que le mode d’organisation défini par l’OCM (organisation commune de marché) européenne qui permet de bénéficier des fonds opérationnels à hauteur de 4.5% de la valeur de la production commercialisée pour investir, nécessite le regroupement des producteurs en OP (organisation de producteurs). Le secrétaire d’Etat après avoir promené son regard sur l’assemblée et hésité un instant, a quand même prononcé le terme « coopérative » pour nous dire que pour les paysans hongrois OP est un peu un synonyme et provoque un même rejet catégorique. Ils ont trop souffert de ce mode d’organisation pour y adhérer maintenant que ce n’est plus obligatoire. Il est paradoxal et succulent quand même que la politique européenne puisse être taxée de collectiviste! Et sur ce point il faut bien reconnaître que bizarrement elle l’est. Cette situation et ce sentiment sont un peu les mêmes à des degrés divers dans les autres pays voisins de la Hongrie. L’intervention du professeur Eberhard Makosz pour la Pologne ne manquait pas de piquant non plus. Assez en phase avec le secrétaire d’Etat de Hongrie, pour son pays il a ajouté que cette année il y avait eu de graves problèmes de manque de main d’œuvre pour les cueillettes des petits fruits et que cela pouvait se reproduire pour les pommes parce que les polonais préfèrent venir travailler en Allemagne ou en France ou les salaires sont plus élevés et que la compensation par les travailleurs Ukrainiens devenait difficile. Les autorisations d’entrée sont très limitées maintenant.

Nous allons il me semble assister pour la pomme à une re-localisation progressive des productions au plus près des lieux de consommation. Les expéditions plus ou moins lointaines renchéries par le coût du transport, malgré les différentiels de coût de main d’œuvre ou de qualité de fruit, me semblent être orientées durablement à la baisse. Nous étions il y a peu encore le premier pays exportateur de pomme du monde avec une pomme sur trois expédiée hors de nos frontières. Il me semble que nous avons intérêt à nous intéresser de très près à nos consommateurs et à resserrer les liens avec eux. C’est là que ça se passe maintenant. 

 

La Pologne souffre d’une grave sécheresse cette année et la récolte sera sans doute plus faible que prévu. A moins qu’il ne pleuve, ce qui a commencé. Le Val de Loire semble t’il souffre un peu plus que les autre régions de France de la sécheresse. Lors de la réunion des représentants des producteurs des différentes régions qui a précédé notre envol pour Budapest j’ai du faire répéter plusieurs fois mes collègues pour être sûr que j’avais bien entendu, tant l’histoire que l’on me rapportait était abracadabrantesque. Les agriculteurs, autres que les arboriculteurs, exaspérés par la sécheresse ont acquis la conviction que les producteurs de pommes financent par leur primes d’assurance grêle des avions qui traversent les nuages pour à la fois empêcher la grêle mais aussi incidemment la pluie. Des réunions ont lieu dans les villages, les autorités sont interpellées, un député s’en est mêlé. Ce n’est plus une hypothèse mais une certitude et ils ont décidé d’agir pour faire cesser ces actes criminels des arboriculteurs qui sont responsables de la sécheresse. Des articles de presse ont été publié pour relayer le problème. Aucun démenti ou preuve ne peuvent être apportés tant tous sont devenus hermétiques aux réalités. Un peu comme dans le désert où sous l’effet de la soif on peut-être convaincu d’apercevoir de l’eau quand ce n’est qu’un mirage. Un ami arboriculteur des Deux Sèvres m’a confirmé vivre la même psychose de la part de ses voisins. Mais me dit-il :  « je n’essaie même plus de démentir, mon verger se trouve sur le couloir d’entraînement des mirages de la base aérienne ».

Ce grand délire m’a rappelé que le ciel et le temps qu’il fait sont propice à développer les croyances et les superstitions. Nous sommes membres du réseau Anelfa présent sur les deux départements de Charente et Charente maritime. Météo France donne l’alerte quand la grêle menace. Immédiatement tout le réseau fait brûler un mélange d’acétone et d’iodure d’argent pour « salir » les nuages. En théorie si des particules sont présentes en grande quantité dans les nuages au moment ou la grêle se forme, le nombre de grêlons sera très supérieur (puisqu’ils se forment autour d’une « poussière ») donc ils seront plus petits et quand ils toucheront le sol ils seront en eau, puisqu’ils auront pu fondre. Eh bien mon jeune voisin et quelques autres personnes, malgré mes explications, sont inébranlables sur leurs convictions puisqu’ils voient de leur propres yeux les nuages s’écarter quand le brûleur est en marche. Mais finalement qui s’intéresse à la vérité ? Ecoute, humilité et distanciation sont des qualités rares.

Faut-il vraiment verser des indemnités sécheresse à des agriculteurs aussi obscurantistes ?                 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Conseiller Régional Nouvelle Aquitaine, Président de l'Association Nationale Pommes Poires, membre de WAPA (World Apple and Pear Association) et secrétaire général d'Interfel.
Voir le profil de Daniel Sauvaitre sur le portail Overblog

Commenter cet article

Poële à frotter 04/09/2006 08:36

Que se passe-t-il à Vilnius?


Estonie : pour France-Info, la réhabilitation du nazisme compte moins que les déductions fiscales




Depuis le mois d’octobre 2004, alors que s’amorçait en France le débat sur le Traité constitutionnel européen (TCE), la radio française d’information d’État, France-Info, a lancé une chronique hebdomadaire, intitulée Europe-Europa, ayant vocation à présenter les dix nouveaux pays adhérent à l’Union européenne. Cette chronique est confiée au journaliste italien Ruggero De Pas, également chroniqueur sur France-Inter et président d’honneur de l’Association de la presse étrangère à Paris. La chronique de M. De Pas diffusée le 30 août 2006 à 20h50 (malheureusement non-écoutable sur le site de la radio) traitait de l’Estonie (étrangement, le site de la radio annonce un autre sujet).

M. De Pas vantait dans cette chronique le dynamisme économique de l’Estonie et notamment son régime fiscal et ses taux d’imposition particulièrement bas qui suscitent régulièrement son admiration. Ainsi, dans une chronique précédente, diffusée le 22 février 2006, M. De Pas avait placé en modèle le taux d’imposition non progressif des impôts sur le revenu et le 15 mars 2006, il avait vanté les avancées formidables de l’Estonie en matière d’informatique et même de démocratie par Internet, chaque citoyen pouvant selon lui s’exprimer par le biais de l’outil informatique. La chronique du soir du 30 août était un condensé de ces deux idées accompagnées d’applaudissements sur le système éducatif estonien, son ouverture à l’Ouest et l’adoption du TCE par voie parlementaire. Le chroniqueur en profitait pour brocarder discrètement les électeurs français et néerlandais ayant eu le mauvais goût de « mal » voter lors des référendums sur le TCE. En conclusion. M. De Pas se réjouissait de voir que, désormais, la seconde langue enseignée aux jeunes Estoniens n’était plus le russe mais l’anglais. Signe évident de la parfaite intégration de l’Estonie.

Pas plus dans cette chronique hagiographique que dans les précédentes, M. De Pas n’a noté que l’Estonie, loin d’être le pays de cocagne que décrivait sa chronique, était un pays participant à la réhabilitation du nazisme. Ce pays agit de la même façon que sa voisine, la Lettonie, dont la présidente, la très atlantiste Vaira Vike-Freiberga, réhabilite le nazisme. Nous avions consacré un article à cette question en mars 2005 mais la presse dominante occidentale traite très peu ce dossier, préférant présenter les pays d’Europe orientale sous le jour magnifié de démocraties en marche souhaitant s’éloigner du « dangereux » voisin russe. Même les protestations officielles, le 26 août 2006, de François Roelants du Vivier, président de la commission des Relations extérieures et de la Défense du Sénat belge, suite à l’érection dans la ville estonienne de Sinima de monuments à la mémoire des engagés volontaires belges et néerlandais de la Waffen SS, n’ont pas suscité d’échos. Fidèle à la ligne que la rédaction de la chaîne d’information s’est fixée, les pays de l’Est de l’Europe sont systématiquement présentés sous un jour favorable sur ses ondes, surtout si leur politique économique va vers un désengagement de l’État, point de vue soutenu par la totalité des chroniqueurs économiques de cette radio publique.

Inauguration, le 20 août 2004 à Lihula, d’un monument dédié à la mémoire des « Estoniens qui ont lutté en 1940-1945 contre le bolchevisme et pour la restauration de l’indépendance de l’Estonie ». Le soldat représenté sur ce monument est en uniforme allemand.

daniel 19/08/2006 12:53

Lâches-moi la grappe...
N'est pas squatteur qui veut et dans le cas que tu soulèves, t'es loin de monter à la cheville de Sarkozy comme à Cachan...
Si Daniel trouve que je l'emmerde, il est assez grand pour me le dire en face(si ce n'est déjà fait!)

Quand à mes moyens d'expression, si je n'ai pas tous ceux dont je rêve, comme je l'ai déjà dit ici, t'as qu'à t'inscrire sur ma newsletter...

Tu n'y seras pas seul!!!

Mais bon, comme tout bon charentais, tu penses que ce que fait un gars du coin n'est pas digne de ton intérêt (si grand) pour les choses du monde et c'est heureux!

Le monde serait encore plus triste qu'il est si tu l'honorais de ta compagnie...

A plus tard: je prépare un nouveau commentaire pour le dernier article consacré à Mr Lespinasse...
C'est con pour toi, mais il se trouve que cela m'intéresse et que j'ai découvert quéquechose rien qu'en le lisant...

Faut dire que Daniel a réservé sa lecture aux seuls spécialistes!

poilagratter 19/08/2006 09:17

Y'a écrit "section commentaire réservé à Daniel" ou je rêve? C'est pas bien de squatter les blogs de ses petits camarades. Peut-être parce que sinon personne ne veut t'écouter?

daniel 18/08/2006 20:39

Punaise comme elle y va la sandra!
Ca l'exite à mort de voir enfin des esclaves au boulot!

Ca la pousse même à d'utiliser un langage qui n'est pas de son âge...

sandra 18/08/2006 17:58

notre sport national trouver des boucs émissaires à nos ennuis, z'ont rien d'autre à foutre, lamentable
allez à Vilnius j'y suis allée super comme ville, ces pays (baltes) décollent grave. Des chantiers partout, les ouvriers travaillent dès 7H et à 20H y sont encore, une dynamique dingue. ils exploitent même les hauts lieux du passé comme la prison-interrogatoire du KGB étonnant. Les pays baltes ça peut même foutre un peu la trouille à nous les coincés du bulbe plus préoccupés par nos 35H chrono que de notre productivité collective, les juns' allez voir Vilnius ça kiff grave