Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Comment récupérer les exclus du travail.

Article paru dans l'édition du Monde du 13.05.06 

Il faut subventionner les entreprises qui embauchent les salariés les moins qualifiés. Nos sociétés ont tout à y gagner 

On ne l'a peut-être pas réalisé sur le moment, mais la récente vague de protestation anti-CPE (le contrat qui aurait donné davantage de liberté aux employeurs pour licencier les jeunes employés) qui a déferlé récemment sur la France a eu une conséquence heureuse. Pour désamorcer la crise, le président Chirac a fait machine arrière et il a proposé de remplacer ce contrat par une subvention à l'embauche pour réduire le chômage des jeunes. L'Allemagne envisage d'adopter une mesure du même genre. 

Pour les défenseurs d'une plus grande flexibilité du marché du travail, subventionner les patrons pour qu'ils embauchent des jeunes est une erreur. Ils estiment que si les employeurs peuvent licencier plus facilement, ils embaucheront plus facilement. C'est ignorer qu'un marché du travail déréglementé ne supprimera pas le chômage et ne transformera pas les travailleurs sans qualification et sans grande efficacité en salariés hautement productifs et bien payés. Si les propositions de subvention à l'embauche en France et en Allemagne ont un défaut, ce n'est pas d'être inutiles, mais de ne pas aller assez loin. 

Dans les économies développées du monde occidental, beaucoup de gens dans toutes les tranches d'âge n'ont pas de véritable emploi. Aux Etats-Unis, le salaire des travailleurs les moins qualifiés est si bas que même s'ils ne sont pas réduits à la misère, il leur est psychologiquement difficile de conserver longtemps un emploi. Parfois, ils sont tellement démoralisés ou absorbés par leurs difficultés qu'ils deviennent inemployables. Dans certains pays, ces travailleurs sans qualification ne trouvent pas d'embauche, car le salaire minimum les rend trop chers pour des employeurs qui veulent respecter la légalité. En Europe, les protections qu'offrent aux salariés les conventions collectives et le salaire minimum aboutissent à exclure de l'emploi les moins qualifiés. 

Cette exclusion de l'univers du travail a un coût social élevé : elle crée des assistés par millions et favorise la délinquance et la violence. Les populistes profitent de ces pathologies sociales pour saper la libre entreprise, qui est justement ce dont les pays occidentaux ont besoin pour assurer leur dynamisme économique et par conséquent leur prospérité. Les inclus, ceux qui bénéficient du système, supportent déjà le coût social de l'exclusion : c'est pourquoi ils devraient tous être d'accord pour financer des mesures destinées à mettre fin à cette situation. 

La meilleure solution est de subventionner les emplois peu qualifiés et mal rémunérés en versant une prime aux patrons pour chaque embauche à plein temps. La prime varie en fonction du salaire : forte en bas de l'échelle, elle se réduit par paliers jusqu'à s'annuler à partir d'un certain niveau de rémunération. Cette prime pour les salaires les plus faibles incitera les employeurs à embaucher, et la diminution du chômage qui en résultera permettra de financer la plus grande partie de cette mesure. Les demandeurs d'emploi ne pourront bénéficier de l'existence de cette subvention qu'en fournissant un minimum de travail productif, autrement dit un travail jugé suffisant par les employeurs pour justifier un salaire. En théorie, ces subventions devraient être attribuées sans critère d'âge. Mais l'on peut comprendre que les projets actuellement à l'étude ciblent en priorité les travailleurs les plus jeunes et les plus âgés. 

Certains ne voient pas ce qui différencie les subventions à l'emploi et les autres aides sociales. Or la différence est grande. Les minima sociaux et les indemnités de chômage n'ont jamais empêché les travailleurs pauvres d'être marginalisés. Au contraire, ils créent une culture de la dépendance. Les gens sont démotivés, exclus de l'économie marchande ; le nombre d'actifs diminue, les moins productifs deviennent inemployables, l'éthique du travail se perd. Ce qu'il faut, c'est augmenter l'emploi et améliorer les salaires, et cela n'est possible qu'en augmentant la demande de travailleurs peu qualifiés. 

Il ne faut pas s'attendre que les forces du marché à elles toutes seules viennent à bout de cette exclusion massive du monde du travail qui s'est développée entre le milieu des années 1970 et le début des années 1990. L'idée très répandue qu'on reviendra un jour ou l'autre à une situation normale où chacun aura un emploi, parce qu'il y a toujours une fin à la crise, ne repose sur rien de solide. 

Beaucoup d'experts sont contre les subventions quelles qu'elles soient, en partie parce qu'il est très difficile, sinon impossible, d'y mettre fin, même quand elles ne sont plus nécessaires. Pour eux, il ne faut pas payer un facteur de production (ici, le travailleur) au-delà de sa productivité marginale (ce qu'il ajoute à la production de l'entreprise). Donc, la seule façon acceptable de favoriser l'emploi est l'incitation fiscale. 

Mais, comme l'avaient démontré les théoriciens du début du XXe siècle, la productivité de chacun au sein d'une nation s'accroît du fait de la collaboration et des échanges entre les différents travailleurs. Il y a un gain mutuel propre à la coopération économique qui s'ajoute à ce que chaque talent individuel permet de produire. Cette idée a été développée ultérieurement par le philosophe John Rawls. 

La société peut soit laisser le marché répartir ce gain de production, soit intervenir pour que les moins avantagés en bénéficient, de telle sorte que certains reçoivent plus que leur production marginale et d'autres moins. Comme les travailleurs les moins qualifiés sont confrontés à des difficultés psychologiques qui tendent à faire baisser leur salaire et leur employabilité, il est logique de leur allouer ce gain sous forme de subventions qui leur permettent de gagner leur vie en travaillant. Et contrairement aux incitations fiscales, les subventions peuvent cibler exclusivement l'emploi des moins qualifiés. 

Tant l'Europe que les Etats-Unis doivent faire davantage en faveur de l'intégration des travailleurs peu qualifiés. Une politique économique saine ne vise pas seulement à une croissance durable et à une augmentation du PNB. Elle doit veiller à ce que tous les membres de la société, autant que possible, soient autonomes et réalisent leur potentiel. Subventionner convenablement les emplois peu qualifiés est un moyen équitable et efficace pour y parvenir. 

Edmund Phelps

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Conseiller Régional Nouvelle Aquitaine, Président de l'Association Nationale Pommes Poires, membre de WAPA (World Apple and Pear Association) et secrétaire général d'Interfel.
Voir le profil de Daniel Sauvaitre sur le portail Overblog

Commenter cet article

daniel 02/06/2006 00:16

en ais tu capable ????

J'ose pas épiloguer sur ton orthographe déficiente, pourtant le minimum acceptable impose, par politesse, d'avoir un langage écrit qui ne souffre pas de laisser transpirer son manque d'éducation.

Je te signale qu'en 1968 j'étais sous les drapeaux, donc très loin d'être ce chantre ou ce participant d'une révolution foireuse que tu me sembles regretter de n'avoir pas pu ou su objectiver...
Tu en gardes des rancœurs somme toutes compréhensibles, ce qui fait qu'aujourd'hui tu te sers de raccourcis faciles à seule fin de dénier à ta vie, les témoignages précis qui la confondraient...

Problème récurrent à tous les ratés!

daniel 01/06/2006 23:55

Le chemin qui va droit aux insultes, tu me l'as d'avance tout tracé...
Ne te plains pas que je l'emprunte!
Si toi tu sais à qui tu t'adresses, moi je réponds à un Fantomas à la manque qui n'a même pas le courage de jeter le masque!

Dors tranquille ce soir, la joyeuse compagnie des bras croisés dont tu est le meilleur des représentants, qui a siège à Barbezieux et dans ses environs, sera fière de toi!

Boom 01/06/2006 23:01

héhéhééhé tu en viens aux insultes mon garçon , c est bien. Signe evident que ton esprit soixante huitard as été piqué.
Tu dis avoir assez de gens serieux sous la main pour bosser dur mais TOI , en ais tu capable ????
Quand a me traiter de bon a rien , tu as peut etre raison mais aujourd hui 1 er juin , j' ai confectionné de mes petites mains 9 feuilles de paye et j en suis fier alors tes leçons de morale a tout bout de champ , je m en contrefous.......
bonsoir

daniel 01/06/2006 22:33

Et surtout ne m'amenez pas ce genre de type pour que je lui trouve du boulot!
J'ai bien assez de gens sérieux sous la main capables de bosser dur, pour ne pas m'emmerder avec des bons à rien!

daniel 01/06/2006 22:29

D'habitude les connards vont en groupe, mais en voilà un qui déambule seul sur la bande d'arrêt d'urgence...
Faudrait prévenir les services de prévention de la délinquance sur les autoroutes de la connerie, pour qu'ils viennent en prendre possession...
Pris de boisson, voilà qu'il s'en prend à la population!

Et comme il rote fort, l'air qu'on respire ici devient vicié...

Ah! Vivement que la 10 passe à 4 voies et qu'on soit enfin débarassé de ces traine-savates qui n'ont rien à faire sur nos petites routes de campagne...