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Un car avant-coureur de paix.

 Un article du Monde daté du 18 janvier consacré au Cachemire a retenu mon attention. Il annonce la création d’une deuxième liaison par car entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire. La première a eu lieu en avril 2004 et la seconde qui doit relier Poonch coté Indien à Rawalakot coté Pakistanais est annoncée pour avril de cette année. Depuis 1947, date de la partition de l’Inde, le Cachemire est revendiqué par les deux Etats. Une ligne de cessez le feu définie par l’ONU traverse le Cachemire depuis 1949. Depuis près de 60 ans maintenant et trois guerres entre l’Inde et le Pakistan pour le contrôle de cette province du nord du sub-continent Indien, cette liaison est un signe de plus de la détente qui s’opère. Rawalakot se trouve au sud de l’épicentre du tremblement de terre, situé à Muzaffarabad, qui a dévasté cette région il y a trois mois et fait plus de 40.000 morts. Cette catastrophe, compte semble t’il, pour beaucoup dans les progrès constatés vers la paix. Souhaitons que Manmohan Singh et le général Pervez Musharaf, touchés par ce drame de plus pour la Cachemire, parviennent ensemble à un accord durable. Il ne faut pas oublier que leur pays détient chacun l’arme nucléaire et qu’un nouveau conflit peut survenir à tout moment.

J’ai ressenti concrètement cette rivalité, qui dure sans discontinuer depuis la partition en 1947, en traversant la frontière entre l’Inde et le Pakistan en août 1974. Je n’avais que 17 ans et mes parents avaient du m’émanciper pour que je puisse obtenir un passeport et quitter le territoire. J’avais négocié dur pour obtenir leur accord pour un voyage dont je disais qu’il devait se limiter à la Yougoslavie. En réalité je projetais de partir en Inde pour vivre dans l’Himalaya, si possible dans une grotte comme un ermite. Je ne sais plus qui des fils de madame Bordier me disait récemment que sa mère s’inquiétait de ce gamin qui venait régulièrement dans sa librairie à Barbezieux lui acheter tous ses livres de la collection « spiritualités vivantes » chez Albin Michel, et d’autres ouvrages sur le mysticisme ou les philosophies orientales. Le voyage n’a finalement duré que deux mois et j’ai renoncé temporairement jusqu’à aujourd’hui à vivre dans une grotte. Ce voyage que j’ai fait seul, sac au dos, à pied, en stop, en bus, en train et en avion quand même pour le retour, a été d’une richesse d’expériences incroyable. Le passage du Pakistan en Inde en est une marquante. J’avais été immobilisé à Kaboul pendant cinq à six jours par une grippe asiatique soignée au jus de citron et au thé. A peu près rétabli j’ai pris le bus pour descendre à Peshawar puis à Lahore et ensuite jusqu’à la frontière de l’Inde. Les séquelles de la guerre précédente qui avait eu lieu en 1971 entre le Pakistan et l’Inde étaient encore bien présentes. L’animosité des Pakistanais envers les Indiens était très sensible. Ils me faisaient bien comprendre le tort et le peu de perspicacité que j’avais de vouloir aller de l’autre côté en Inde. Pour continuer, il m’a d’abord fallu traverser un no man’s land à pied de plus d’un kilomètre, (les bus ou les trains ne passaient pas), pour atteindre le poste frontière de l’Inde à Attari road dans le district d’Amritsar. Un douanier, entouré de quelques soldats, nous attendait assis à sa table, sous un arbre avec son tampon. Les commentaires de ce coté ci de la frontière étaient du même tonneau mais envers les pakistanais. Quand j’ai tendu mon passeport ouvert à la page du visa pour l’Inde obtenu au consulat à Kaboul, je transpirais tellement que deux grosses gouttes de sueur ont délavé mon visa. J’ai eu le coup de tampon quand même. De retour en France quand j’ai eu à renouveler mon passeport j’ai demandé à conserver les pages contenant les visas de celui qui était périmé. En trois voyages et plus d’un an hors de France j’avais traversé 21 pays et obtenu des oblitérations intéressantes dont celle de ma propre sueur. 

Arrivé à New Delhi, installé avec des routards du monde entier au Ringo Guest House près de Connaught Place, je décidai de rentrer dès que possible en France. Il me restait heureusement assez d’argent pour me payer un billet d’avion à prix cassé sur un vol Iraki Airways qui m’a permis de faire une escale à l’aéroport de Bagdad. Ayant acheté le billet presque dans la rue je n’ai eu confiance en son authenticité qu’une fois monté dans l’avion. Le vol était prévu pour vingt jours plus tard. Je décidai donc d’aller au Cachemire passer le temps d’attente en montagne au frais. Dysenterie en Iran, diarrhées atroces en Inde, je maigrissais à vue d’œil. Je me disais qu’une randonnée en montagne me ferait du bien. Compte tenu de mon retour programmé je pouvais dépenser l’argent qui me restait et je choisis de prendre un billet aller retour sur Indian Airlines pour Srinagar. J’avais dans le sac à dos le volumineux guide Fodor de l’Inde ainsi que la carte Bartholomew du sub-continent Indien. Je passais beaucoup de temps tous les jours à regarder cette carte et le guide pour repérer le lieu idéal pour un trekking. Arrivé à Srinagar et après une nuit passée sur un house boat sur le lac de Dal j’ai pris le bus pour Pahalgam. J’avais décidé de me rendre à la grotte d’Amarnath vouée au culte de Vishnou, comme des centaines de pèlerins le font chaque année en juillet et en août. Je découvrais dès mon arrivée au Cachemire la propagande officielle sur l’appartenance indéniable du Cachemire à l’Inde. Tous les journaux ou les documents touristiques insistaient sur la composition de la population sensée être principalement de religion indoue ou tibétaine. Les musulmans étaient à peine cités, alors qu’il était manifeste qu’ils étaient majoritaires partout dans cette région ainsi que je le constatais et qu’on me l’expliquait discrètement. La présence importante de l’armée à Srinagar témoignait de la tension permanente avec le Pakistan. Il se dit du Cachemire que c’est la Suisse de l’Asie, pour les paysages, pas la neutralité bien sûr. C’est ce qui avait motivé un français de Chamonix que je rencontrai le jour de mon départ pour Amarnath. Le matin même, très tôt, alors que je buvais mon thé dans une cabane près de la gare routière il descendit d’un bus dans lequel il avait dormi et vint me voir. Après une courte discussion il décida de m’accompagner. Achat complémentaire de lait concentré Nestlé, de cerneaux de noix et de boites de conserve et nous partîmes. 45 kilomètres pour atteindre la grotte en passant par le col de Mahagunas à plus de 4600 mètres. A l’arrivée au col le deuxième jour de marche, mon collègue était tout excité en pensant que nous n’étions qu’à quelques mètres du sommet du Mont Blanc. Il rechercha un passage qui lui aurait permis de monter plus haut. Il y renonça pour tenir compte de notre forme physique et des conseils que venaient de nous donner des cachemiris croisés un peu plus tôt. Avec force gestes, ils nous avaient expliqué qu’il ne fallait surtout pas s’attarder au sommet du col, que nous risquions le mal des montagnes.  Affaibli par le voyage depuis Reignac, sans le sac de couchage que je m’étais fait voler à Istamboul et que j’avais remplacé par une fine couverture prise en échange dans le sordide Tourist Hotel, je crevais de froid la nuit. Il y avait déjà quinze jours que les pèlerins n’entreprenaient plus le voyage parce que les températures sont déjà trop basses en septembre. Il y aurait beaucoup à raconter sur ce périple qui s’est heureusement bien terminé malgré des moments très difficiles. Le Cachemire est définitivement gravé dans ma mémoire comme le lieu des sensations les plus fortes que j’aie eu à éprouver lors de ce premier voyage. Je m’étonne encore aujourd’hui d’avoir pu faire ce périple si jeune. J’en avais rêvé très fort et j’ai sans doute fait ce qu’il fallait pour le rendre possible. Depuis j’ai toujours été attentif à ce qui se passe au Cachemire. Je projette de faire un voyage dans cette région et un peu plus au sud dans l’Hymachal Pradesh, vers Manali, pour y rencontrer les arboriculteurs locaux, producteurs de pomme. Si je tarde encore, il est possible que la prochaine carte que je pourrai acquérir ne mentionne plus une « cease-fire line » mais une banale frontière facile à franchir séparant deux Etats à l’avenir très prometteur, en paix l’un avec l’autre.

 

 

          

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Conseiller Régional Nouvelle Aquitaine, Président de l'Association Nationale Pommes Poires, membre de WAPA (World Apple and Pear Association) et secrétaire général d'Interfel.
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daniel 21/01/2006 22:39

Quant à vivre aujourd'hui dans une grotte, surtout au Tâtre, ça va pas être facile...

L'entreprise Tessonneau ayant depuis remis les clefs au crochet, ses successeurs s'emploient surtout à curer des fossés, à d'installer des fosses toutes eaux, à tracer des fondations d'habitations à crédits modérés, mais pas à faire tourner le cistercien en bourrique pour, d'un coup de godet bien placé, l'amener à se loger dans un creux de falaise à moindres frais, sans taxe d'habitation et sans à avoir à payer d'impôts locaux pour payer les salaires des employés des 3B...
Ainsi que les émoluments de son président...

daniel 21/01/2006 22:22

Wouah! la photo!
Pour un peu on pourrait la croire tirée d'un vieux rouleau qu'aurait appartenu à Doisneau...
N'y manque que l'ambiance "bistrot"...

C'est incroyable le côté "autobiographique" qu'à le blog et auquel il vous pousse inexorablement...

Mais bon, quand on a eu une forte expérience pas permise à tous, il est bien normal d'essayer d'en tirer des enseignements utiles au plus grand nombre...

Reste à l'intelligence d'en décider...