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L’après Covid a commencé. Continuités, infléchissements et ruptures (1)

L’improbable est arrivé. Un arrêt brutal et long d’une bonne part de l’activité économique et de la vie sociale s’est produit. Un virus parti de Chine, parce qu’il pouvait tuer, sans remèdes connus, a fait se terrer et s’enfermer tous ceux qui le pouvaient sur la planète. Les injonctions plus ou moins radicales des gouvernements pour faire rester chez soi afin de limiter les morts et l’encombrement à l’hôpital ont mis le monde à l’immobilité forcée.

La première « grande peur mondiale » comme l’a qualifiée Bernard Henri Levy ouvre une nouvelle ère. Le monde sera-t-il comme avant mais « en un peu pire » comme l’imagine Michel Houellebecq ? Ou bien sera-t-il sensiblement différent ?   

Chacun se perd en conjectures et en prophéties diverses selon ses angoisses, ses craintes, ses envies, ses espoirs ou ses croyances. Mais qu’en est-il des faits objectifs observés et des prolongements qu’ils annoncent ?

Finies les embrassades et les poignées de main. La distanciation physique s’est imposée puisqu’elle était la première précaution à avoir contre la circulation du virus. On peut craindre malheureusement que ces nouvelles habitudes hygiénistes s’imposent durablement. Même une fois la sécurité revenue, les effusions seront sans doute plus rares et moins spontanées qu’avant. La retenue sera bien plus la règle. La grippe et autres rhumes y perdront forcément et c’est tant mieux. Mais la chaleur des relations humaines si nécessaires devra prendre d’autres formes.

Nombre d’activités considérées comme non indispensables et trop risquées pour la contagion ont pour cela été interrompues. Bars, restaurants, salles de spectacles, transports collectifs ont fait les frais de la menace invisible. D’autres productions ou services vitaux, fort heureusement pour eux, n’ont eu d’autres choix que de continuer et de s’adapter tant bien que mal aux nouvelles contraintes de sécurité sanitaires.

La prise en charge presque intégrale par le budget de l’Etat des compensations de salaire liées à l’oisiveté forcée a sans doute mis à l’arrêt plus de travailleurs que nécessaire. En tout cas, comparativement aux autres pays européens, la production en France a plus reculé. La reprise s’annonce aussi pour cela plus lente et difficile.

Le travail à distance pour toutes les activités qui s’y prêtent a en revanche littéralement explosé. Cette évolution spectaculaire annonce une quasi révolution dans le fonctionnement des entreprises, des organisations, des administrations et de l’enseignement. La vie des villes et des campagnes s’en trouvera par incidence nécessairement profondément modifiée. Une fraction significative de la population est en effet dorénavant destinée à limiter ses déplacements et à augmenter sa productivité grâce au numérique et à toutes les proximités virtuelles.

Se voir, se parler, être ensemble, offre bien sûr toujours les meilleures synergies, les meilleures dynamiques de relations humaines nécessaires au travail. Mais pas au prix de déplacements incessants, de temps de transport injustifiés et de coûts directs ou induits, qu’ils soient environnementaux ou financiers, parfaitement évitables.

Là où la présence physique au travail ou en réunion était la règle et le télétravail une exception, c’est l’inverse qui va s’imposer durablement.

La fibre, la 4G et bientôt la 5G sont les voies de communication qu’il faut rendre les plus fluides aujourd’hui. Finies les réunions téléphoniques à l’aveugle, l’oreille collée au portable. Place aux grands écrans partagés entre les supports documentaires et les visages de ceux qui s’expriment. Grâce à Zoom, Teams et autres multiples applications, la définition parfaite de l’image et les voix au timbre cristallin, quand le tuyau est bien dimensionné, confèrent un confort absolu aux échanges virtuels. Le « présentiel » y perd beaucoup de son lustre.  

Le confinement a montré que le pourcentage de la population qui doit se rendre physiquement et quotidiennement sur un lieu de travail peut nettement se réduire. A quoi sert alors de bonder les voies de circulation, les bus, métros, taxis, TGV et autres trains de banlieues ou régionaux pour se rendre au boulot ou en réunion si l’on peut tout aussi bien rester chez soi ou dans un espace de co-working à sa porte.

Comment pourra-t-on demain justifier une réunion physique de commission ou de Groupement Inter Assemblée d’une heure au cœur inaccessible de Bordeaux quand la même peut se tenir sans frais en restant chacun chez soi? A force de n’avoir à la Région Nouvelle Aquitaine que la transition écologique et énergétique à la bouche, les élus vont se rendre compte qu’ils sont ceux qui peuvent sans effort montrer l’exemple. Comme souvent, on voit très facilement la paille dans l’œil du voisin quand on ne voit plus depuis longtemps la poutre que l’on a dans le sien.

Ce n’est évidemment pas la fin des rencontres physiques en réunion ou de la présence au bureau, mais la fréquence a vocation à baisser fortement.

La productivité intellectuelle, commerciale et administrative va augmenter en restant immobile. Etonnant non ? Et en limitant le présentiel à l’essentiel, le confort des transports va augmenter, les coûts baisser et les revenus disponibles s’améliorer. Plus étonnant encore non? Mais il n’est pas simple de renoncer à l’agitation, aux torpeurs des temps perdus et aux moments de convivialité qui rythment nos jours.

Covid ne fait qu’accélérer des évolutions qui allaient inéluctablement s’affirmer. C’est à mon sens l’espace communautaire sans frontières numérique et virtuel qui est le grand gagnant de cette crise. Il a suffi d’appuyer sur pause pour qu’il s’impose.

Evidemment cela va chambouler en contrepartie les activités délaissées. Des transports à la restauration et autres hébergements hors domicile, l’impact économique sera significatif. La répartition géographique des consommations va évoluer. Des mètres carrés de bureaux au cœur des villes vont se libérer quand les campagnes vont en gagner.

Le cours de l’immobilier va se tasser en ville et progresser dans le monde rural. Et pour l’agriculture, ce sont des milliers de kilomètres de haies qu’il faut continuer de planter. La cohabitation apaisée des néo-ruraux chez eux aux heures de bureau avec les nuisances ressenties des pratiques agricoles rend ces barrières végétales indispensables.

« Les hommes sont comme les pommes, quand on les entasse ils pourrissent » disait Michel de Montaigne. La vie urbaine ne peut que profiter d'une redistribution des activités sur le territoire.

Le monde de demain a de quoi faire rêver non? Le problème c’est que la transition va être douloureuse et ne sera pas un long fleuve tranquille.

A suivre….

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac. Mais aussi Conseiller Régional Nouvelle Aquitaine, Président de l'Association Nationale Pommes Poires, membre de WAPA (World Apple and Pear Association) et secrétaire général d'Interfel.
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