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Gare au gorille.

« Donnez-moi une phrase de n’importe qui et je me charge de le faire pendre ». Fouquier-Tinville, l’accusateur public du tribunal révolutionnaire aurait sans doute du mal aujourd’hui à obtenir une telle décision de justice définitive pour réussir son pari. En revanche, il pourrait lui aussi s’en donner à cœur joie en dehors des prétoires pour manipuler l’intime conviction du grand public et convaincre de la culpabilité de la cible de son choix.

Ce n’est pas le moindre des mérites de Nicolas Sarkozy que d’être le cobaye qui nous fait prendre conscience de notre vulnérabilité face à ces nouvelles formes expéditives de justice révolutionnaire.  

Le dernier épisode en date est riche d’enseignements. Garde à vue pendant 15 heures pour un interrogatoire en bonne et due forme sur le sens des conversations téléphoniques de l’ancien Président de la République avec tel ou tel de ses interlocuteurs. Et puis transfert en pleine nuit du dangereux citoyen en voiture de police entouré de gendarmes vers le bureau de deux juges qui lui signifient sa mise en examen pour « trafic d’influence actif, corruption active et recel de violation de secret professionnel ». Cette fois-ci comme aurait dit Dominique de Villepin apprenant la présence du patronyme De Nagy-Bosca sur les fameux listings Clearstream « on le tient ».

Il n’y a pas de fumée sans feu comme chacun sait. Alors pour qu’un tel dispositif soit mis en branle le délit doit être gravissime non ? En tout cas la présomption de culpabilité est énorme. Ajoutée à toutes les autres affaires où le nom de Nicolas Sarkozy est cité, celle-ci doit à coup sûr le faire condamner et l’envoyer se faire pendre ailleurs. Enfin.

Euh, c’est quoi au fait le problème cette fois-ci ? Nicolas Sarkozy aurait essayé de savoir si la cour de cassation allait décider de lui faire redonner ses agendas ou au contraire de les faire conserver pour servir dans cette autre affaire qu’est l’arbitrage en faveur de Bernard Tapie pour lequel NS est soupçonné d’être intervenu abusivement. En contrepartie de cette info, voire d’une influence directe auprès des juges de la Cour de Cassation, NS serait intervenu pour faire nommer cette taupe de juge à un poste prestigieux à Monaco.

Les agendas n’ont pas été restitués à NS et le juge n’a pas été nommé à Monaco. Qu’à cela ne tienne, il n’est pas nécessaire que le dispositif ait marché pour que le délit soit constitué et que la condamnation ne tombe. Les écoutes téléphoniques avaient pourtant été motivées par une autre suspicion. Un supposé financement occulte de la campagne de NS en 2007 par Mouammar Kadhafi. Elles n’ont rien permis de confirmer sur ce sujet. Mais au fil du temps, selon cette belle appellation des filets dérivants, une conversation entre NS et son avocat ont mis les juges sur une autre piste.

Il faut préciser à cet instant que chaque français sait tout sur tout au jour le jour des procédures en cours. Juges, policiers et autorités politiques informent au fur et à mesure les journalistes des moindres secrets de l’instruction. L’audition de NS par le juge Gentil à Bordeaux est intégralement dans Sud Ouest le lendemain et le contenu le plus croustillant des écoutes téléphoniques est publié dans la meilleure presse. Mais, très chers lecteurs, là il ne peut être question d’enquêter sur la violation et le recel du secret de l’instruction. Les journalistes bénéficient de la totale protection de leurs sources d’informations et si par extraordinaire l’administration est tentée de mener une enquête interne pour découvrir qui balance, la presse a tôt fait de hurler à la violation du secret des sources des journalistes, valeur fondamentale de la liberté de la presse.

Si c’est NS qui pose la question et pas un journaliste, là ça devient de la corruption active. Puisque l’on suspecte une contrepartie. Alors que la publication d’un scoop dans un journal avec ce que ça rapporte n’a rien à voir bien entendu. Pas plus que la détention d’un secret de l’instruction pour le journal. Là il n’y a pas de recel, ni violation du secret professionnel. Pas plus que de trafic d’influence.

Il me semble que vous commencez à comprendre mes chers lecteurs justiciables ordinaires. D’un côté le crime organisé de violation de secret de l’instruction entre policiers, juges, politiques et presse bénéficie de la plus parfaite immunité et de l’autre de la plus parfaite présomption de culpabilité.

Le choix de la méthode d’interrogation de NS est un pur parti pris d’impact médiatique sur la population. D’humiliation du soupçonné et d’instillation de présomption de culpabilité. Pour les auteurs du mur des cons, c’est une œuvre de salubrité publique qui justifie bien un peu de terreur non ?

Le rappel de l’indépendance de la justice à qui il faut laisser faire son travail n’en est que plus suspect encore. Je m’interroge forcément sur les déclarations de Jean Louis Debré qui n’hésite jamais à sortir de sa réserve quand il s’agit d’enfoncer Nicolas Sarkozy ou d’encenser Jacques Chirac. Il n’est malheureusement pas le seul.

Difficile de me laisser convaincre par de doctes notables qu’il faut laisser les juges et les policiers charcuter publiquement et spectaculairement le suspect. Que ce sont les fondements même de la République qui sont en jeu quand on se mêle de dénoncer ces méthodes. Et puis que comme chacun sait, il y a présomption d’innocence.

Moi je ressens exactement le contraire. Comme une vaste conspiration pour garder le peuple sous contrôle en lui interdisant de se choisir un leader qui bouscule un peu trop les corporatismes et la main mise des élites sur le peuple.

Alors gare au gorille mesdames et messieurs les juges, magistrats ou journalistes. On sait depuis Brassens ce qu’il en coûte de faire sortir de sa cage l’animal. Il est costaud et il a l’appétit féroce le trapu. Alors si en plus on l’excite, si on lui propose une acmé de la robe…

Je vous mets quelques liens vers quelques points de vue très utiles :

Une tribune de Bernard Henry Lévy dans le Point sur les fameuses écoutes.

Un avis de Jean Michel Apathie sur RTL au sujet de la méthode spectaculaire utilisée par les juges.   

Une version instrumentale de « L’internationale » par Jean Jacques Milteau. Et puis les paroles de la dite chanson que ma fille a apprise à l’école et qui méritent d’être lues très attentivement. Plutôt libérales non ?  

Debout, les damnés de la terre

Debout, les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère,
C'est l'éruption de la faim.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout, debout
Le monde va changer de base,
Nous ne sommes rien, soyons tout.

Refrain (répété deux fois) 
C'est la lutte finale ;
Groupons nous et demain
L'Internationale
Sera le genre humain.

Il n'est pas de sauveurs suprêmes
Ni Dieu, ni César, ni Tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes
Décrétons le salut commun.
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l'esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer tant qu'il est chaud.

L'État comprime et la Loi triche,
L'impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s'impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux
C'est assez languir en tutelle,
L'Égalité veut d'autres lois ;
"Pas de droits sans devoirs, dit-elle
Égaux pas de devoirs sans droits."

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la banque
Ce qu'il a crée s'est fondu,
En décrétant qu'on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

Les rois nous saoulaient de fumée,
Paix entre nous, guerre aux Tyrans
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l'air et rompons les rangs !
S'ils s'obstinent ces cannibales
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs,
La terre n'appartient qu'aux hommes,
L'oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours.

 

Et Maître Dupond-Moretti dons l'avis est très éclairant.  

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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GUITTON 18/07/2014 22:50

Cher monsieur Sauvaitre,

Cela mériterait qu'on en discute de manière plus approfondie...les gorilles ne sont pas toujours où on le croit.

Romuald 13/07/2014 23:36

Le Monde a pu prendre connaissance des nombreux éléments matériels – écoutes téléphoniques, perquisitions – nourrissant la procédure à l'encontre de Nicolas Sarkozy, de son avocat, Thierry Herzog, et du premier avocat général près la Cour de cassation, Gilbert Azibert. Ils expliquent les chefs de poursuite, particulièrement forts, signifiés par les juges Patricia Simon et Claire Thépaut : « corruption active », « trafic d'influence actif » et « recel de violation du secret professionnel ». Le 2 juillet, au soir de sa mise en examen, M. Sarkozy avait dénoncé une volonté de l'« humilier » et qualifié les incriminations retenues contre lui de « grotesques ».

« MOI JE VAIS À MONACO ET JE VERRAI LE PRINCE »

L'incrimination la plus infamante est celle de « corruption active ». En clair, il est reproché à M. Sarkozy d'avoir promis à M. Azibert, désireux d'obtenir un poste au sein d'une juridiction monégasque, d'intervenir en sa faveur. Et ce, en récompense des informations que le magistrat se faisait fort d'obtenir sur le déroulement des travaux de la Cour de cassation, saisie du dossier Bettencourt. La haute juridiction devait notamment se prononcer, en mars, sur la régularité de la saisie des agendas de l'ancien chef de l'Etat.



Les juges se fondent sur une série d'écoutes téléphoniques, opérées sur les téléphones portables de MM. Sarkozy et Azibert, entre septembre 2013 et mars 2014. L'ex-président et son avocat conversent principalement, à partir du 11 janvier, par l'intermédiaire de deux portables acquis sous une identité d'emprunt, Paul Bismuth, pensant déjouer d'éventuelles surveillances. Le 5 février, les deux hommes évoquent M. Azibert. « Il m'a parlé d'un truc sur Monaco, parce qu'il voudrait être nommé au tour extérieur », commence Me Herzog. « Je l'aiderai », répond M. Sarkozy, qui lâche cette phrase à propos du magistrat : « Moi, je le fais monter. »

« Ben oui, reprend Me Herzog, parce qu'il va y avoir un poste qui se libère au Conseil d'Etat monégasque et... euh... il était bien placé. Mais, simplement, il me dit... euh... j'ose pas demander. Peut-être qu'il faudra que j'aie un coup de pouce. Ben je lui ai dit : tu rigoles avec ce que tu fais… » « Non, ben t'inquiète pas, dis-lui, coupe M. Sarkozy. Appelle-le aujourd'hui en disant que je m'en occuperai parce que moi je vais à Monaco et je verrai le prince. »

« T'OUBLIES PAS DE DIRE UN MOT POUR GILBERT »

M. Sarkozy doit en effet se rendre en Principauté le 25 février. Le 23 février, Me Herzog revient à la charge, toujours sur le téléphone « protégé ». « C'est toi qui me rappelles sur l'autre après », indique-t-il d'ailleurs d'emblée à M. Sarkozy, allusion à leurs téléphones officiels, susceptibles selon eux d'être écoutés. « Vu que tu es sur place , si jamais t'as l'occasion, t'oublies pas, si tu as la possibilité, de dire un mot pour Gilbert. Pour le Conseil d'Etat. Le poste qui se libère… » « Et oui, oui, oui, bien sûr »,approuve M. Sarkozy, qui précise à son avocat qu'il peut rassurer M. Azibert : « Ben dis-lui que je suis là-bas… »

Le lendemain, 24 février, M. Sarkozy annonce à Me Herzog : « Gilbert, je vais essayer de voir le ministre d'Etat de Monaco pour lui dire. » « Ah c'est génial ! », dit l'avocat, qui précise : « Il est déjà plus ou moins, tu vois, sur une short list, mais enfin, si tu donnes un coup de main, évidemment, ce sera toujours mieux. » « Tu peux lui dire, reprend M. Sarkozy, que je vais faire la démarche auprès du ministre d'Etat demain ou après-demain. »

« ÇA M'EMBÊTE DE DEMANDER »

Le 25 février, M. Sarkozy est sur le Rocher. A 10 h 20, il appelle Me Herzog : « Je voulais te dire, pour que tu puisses le dire à Gilbert Azibert, que j'ai rendez-vous à midi avec Michel Roger, le ministre d'Etat de Monaco. »« Ministre d'Etat, ouais, bon bah super, bah je vais l'appeler maintenant »,se réjouit Me Herzog. « Il veut un poste de conseiller d'Etat ici ? »,redemande M. Sarkozy. « Euh... oui, qui va se libérer en mars, et donc il avait postulé disant que ça lui plairait comme fonction puisqu'il peut l'exercer », confirme Me Herzog. « OK, conclut M. Sarkozy, tu peux lui dire que je…, à midi, je ferai la démarche, puis je t'appellerai pour te dire ce qu'il en est. »

Le lendemain matin, 26 février, à 11 h 19, M. Sarkozy rappelle son avocat et ami. Mais, surprise, cette fois les deux hommes discutent sur leurs portables « officiels », qu'ils savent donc sur écoute.

« Je voulais te dire un mot à propos de ce que tu m'as demandé pour ton ami Gilbert », attaque M. Sarkozy. « T'as pu faire quelque chose ou pas ? »« Non mais, je… Tu vas m'en vouloir, mais, j'ai réfléchi depuis. J'ai eu le ministre d'Etat qui est un type très bien, qui voulait me parler de la situation à Monaco (…) Et, je préfère te le dire, je lui ai pas parlé de Gilbert, bon. » « Ah bon ! », s'exclame Me Herzog.

« Pourquoi, parce que, parce que d'abord c'est pas venu dans la conversation, ça m'embête et pour te dire, ça m'embête de demander quelque chose alors que je connais pas très bien », explique M. Sarkozy.« J'ai pas foutu dans la conversation euh… quelque demande… », ajoute-t-il. « Je t'avais dit que je le ferai… Et puis j'ai réfléchi, ça va paraître très bizarre (…) J'ai trouvé que ça ferait un peu ridicule donc j'ai préféré ne pas en parler. »

DISCUSSION SUSPECTE

Pour les policiers de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), cette discussion est suspecte. C'est en effet la première fois que les deux hommes font référence à M. Azibert sur leurs lignes officielles. Encore plus surprenant, quelques minutes plus tard, M. Sarkozy rappelle son avocat, cette fois sur la ligne Bismuth, pour lui dire… la même chose.

« Bon bah, j'espère que tu ne m'en veux pas, hein ?, lui demande-t-il. Ça ne me pose pas de problème en soi, mais, si tu veux, je ne l'ai pas senti d'en parler, j'ai pas envie. » « Bah oui, mais quand on sent pas quelque chose… », renchérit Thierry Herzog. « Après, moi, j'aime beaucoup le prince, reprend M. Sarkozy, après, s'il y a un problème, c'est moi qui serai responsable, parce qu'on leur aura conseillé de prendre quelqu'un qui ne ferait pas l'affaire. »

Ces deux communications successives suscitent deux interrogations : pourquoi M. Sarkozy prend-il subitement le risque d'évoquer le cas Azibert sur son téléphone officiel ? Et pourquoi rappeler son conseil sur l'autre numéro pour dire exactement la même chose ?

Pour les enquêteurs, la réponse est simple : ils pensent avoir établi que MM. Sarkozy et Herzog ont bénéficié au cours de la journée du 25 février d'une indiscrétion leur ayant permis d'apprendre que leurs portables « secrets » étaient aussi sous surveillance. Sachant leur stratagème téléphonique découvert, et surtout le contenu de leurs précédentes conversations dévoilé, les deux hommes auraient donc adapté leur discours.

Et, éventuellement, leurs actes, à savoir que M. Sarkozy aurait renoncé in extremis à intervenir.

Daniel S 14/07/2014 00:55

J'ai lu tout ça dans le Monde bien évidemment. Bof. C'est le quotidien des dirigeants. Jusque là rien de bien grave pour moi. En revanche je me demande si le Monde fait du recel de violation de secret professionnel et s'il y a eu corruption active pour obtenir ces documents.

Romuald 13/07/2014 23:35

Pourquoi Nicolas Sarkozy est soupçonné de corruption
www.lemonde.fr
« Le Monde » a pris connaissance des éléments recueillis lors des écoutes et des perquisitions, qui expliquent les chefs de poursuite très sévères à l'encontre de l'ancien président.

guitton 07/07/2014 08:49

cette affaire donne la nausée et rappelle il y a peu la sortie de médiocre 1 er "je serais au deuxiéme tour des élections présidentielles en 2017 en compagnie de marine le Pen" oui cette justice spectacle et politique ne sert que des intérêts sectaires

Daniel D. 07/07/2014 07:42

Il manque ton ami Juppé dans ta liste, qui vient justement et fort à propos de recarder ton ami Guaino...

Non Sarko n'est pas une victime, mais bien l'agitateur manipulateur que l'on connait, fort de ses multiples soutiens médiatiques.