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Les cartes sont sans dessus dessous. Ou pourquoi il faut saisir l’opportunité d’une grande réforme de l’organisation territoriale de la France.

J’ai écouté attentivement André Vallini hier soir. Le secrétaire d’Etat chargé de la réforme territoriale était l’invité du Grand Jury. Le feu nourri des questions des journalistes portait sur le montant réel des économies à attendre de la réforme et sur les levées de bouclier des élus de tous bords qu’elle suscite. Malgré cela, celui qui est encore Président du Conseil Général de l’Isère a quand même réussi à se sortir des cordes pour rappeler les motivations et les objectifs d’une telle réforme.

Il ne s’agit rien moins mes chers lecteurs que de sortir de l’enchevêtrement qui s’est tissé au sein des pouvoirs locaux et entre ces mêmes pouvoirs et ceux de l’Etat. Une révolution en somme.  

Le développement et la réussite de l’intercommunalité depuis sa création en 1992 autorisent aujourd’hui à franchir une nouvelle étape. La coopération des communes entre elles permet l’exercice autonome de toutes les compétences qui leurs sont attibuées. Le Conseil Général devient alors bien trop proche de ces nouvelles entités. Ses missions ont ainsi vocation à se répartir entre les intercommunalités et les Régions. Ces dernières doivent aussi être plus grandes et moins nombreuses pour pouvoir se doter de toutes les infrastructures attendues à cette échelle du territoire national.

C’est simple. C’est l’évidence. Mais c’est une révolution. Elus et fonctionnaires sont carrément déstabilisés et vent debout contre un tel projet. Le moindre point de détail qui fait souci avec cette réforme est mis en exergue pour démontrer l’intérêt qu’il y a à ne rien changer. Sous la pression mise par le gouvernement, chacun s’ingénie à faire preuve quand même de bonne volonté et dit sa disponibilité pour modifier à la marge tel ou tel point de détail. Mais le grand chamboulement est combattu avec l’énergie du désespoir de fonctionnaires et d’élus résistants fondamentalement au changement.

C’est dans ce contexte qu’André Vallini a fait un appel républicain à l’UMP et à l’UDI, pour que ces deux formations soutiennent le projet et valident la modification de la constitution qui permettra la suppression de l’assemblée départementale. 

Cette réforme n’est pas de gauche ou de droite. Les opposants se trouvent dans les deux camps. Les soutiens aussi. Il y va de l’avenir du pays. Quels que soient les inconvénients politiques induits par un tel ralliement, l’état de la France ne nous autorise plus à tergiverser. Nous devons résolument participer et permettre cette rupture avec l’empilement coupable des lieux d’indécision qui participe de la dérive des comptes du pays et de sa perte de compétitivité abyssale. Tout autre calcul devient illégitime et coupable.

Nous devons être engagés, solidaires et volontaires sur le fond. Notre participation active pour définir les modalités du grand chamboulement du désordre ancien n’est pas une compromission avec le camp socialiste. C’est ce que nous devons à la cohérence de nos engagements et à notre pays.

Ce qui ne nous empêche nullement de nous battre aussi aux côtés des élus de gauche contre le découpage des régions arbitré dans l’urgence et depuis son château par François Hollande. Bien au contraire. Ce combat n’en sera que moins incertain encore.

Les deux combats sont non seulement compatibles mais parfaitement complémentaires. En tout cas, ils sont conformes avec nos prises de position les plus éclairées et les plus réformatrices de longue date.

Je suis allé vendredi dernier à Ruffec soutenir la demande collective et bipartisane du rattachement de Poitou-Charentes à l’Aquitaine. J’ai eu plaisir à entendre des élus mettre en perspective les enjeux du périmètre de notre région bien au-delà des chicayas partisans habituels entre la gauche et la droite.

Si quasiment toutes les interventions étaient bien étayées et dignes d’intérêt, j’ai vibré un peu plus fort à l’écoute de Claude Bellot. Le maire de Jonzac et sénateur n’y est en effet pas allé par quatre chemins pour défendre la voie à suivre. A l’automne de son engagement politique, il est celui qui s’est montré le plus combatif, le plus résolu à revendiquer le regroupement de Poitou-Charentes avec l’Aquitaine. En développeur territorial courageux qu’il a toujours été, il sait qu’une région doit être adossée à une métropole phare. Pour nous c’est Bordeaux. Depuis Paris et le désert français décrit par son ainé et confrère géographe Jean François Gravier en 1947, il a rappelé comment sont apparues les métropoles d’équilibre pour diminuer le poids de l’Ile-de-France. Ce combat est gagné nous a-t-il dit. Celui du découpage régional conforme à l’aire d’influence de ces métropoles d’équilibre avec Paris doit l’être aussi. Parce qu’il est juste.

Il y a des moments comme ça dans l’histoire de notre pays où les choix à opérer dépassent les frontières partisanes de l’échiquier politique. Parce qu’ils ne peuvent réussir entre autre qu’avec une majorité des 3/5ème des deux assemblées réunies en congrès à Versailles.

La suppression de l’assemblée départementale est l’aspect le plus spectaculaire, parce qu’historique, de la réforme. Je sais bien malgré cela que c’est la multiplicité des réorganisations induites qui sont le gage de la réussite de la nouvelle efficacité attendue. Mais à tout cela nous devons participer. C’est notre devoir. Puisqu’il se trouve que c’est le camp d’en face qui s’y colle, celui là même qui a cassé les avancées réussies par Nicolas Sarkozy et le gouvernement Fillon, montrons nous plus responsables qu’ils ne l’ont été.

Sachons tous nous ressaisir et saisir cette opportunité unique de grande réforme longtemps souhaitée et si nécessaire pour le pays. Il me semble que les français sauront se souvenir de qui se sera montré à la hauteur des enjeux.

L'agence de notation Moody's ne voit pas les économies qui seront générées par le chamboulement. Selon l'agence, il ne s'agit que de ventiler des charges sans les réduire. Voire même en les augmentant. On peut comprendre ces doutes au regard des tentatives précédentes bien peu convaincantes. La simplification de l'organisation génèrera des économies dès lors qu'elle permettra des réductions sensibles d'effectifs. Elles devront être suivies de baisses significatives de l'intervention publique. De nombreux articles sur ce blog ont déjà traité du sujet.    

J’hésite mes chers lecteurs à lancer un référendum sur la question. Mais un sondage parmi vous sur ce blog ne fait jamais débat. Commentez librement.

Alors qu’en pensez-vous ? 

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À propos

Je suis arboriculteur, viticulteur et maire de Reignac, Mais aussi Président du comité départemental UMP Charente, Président de l'Association Nationale Pommes Poires et Vice Président de WAPA (World Apple and Pear Association).

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Jacques Mikulovic 22/06/2014 16:03

Je partage cette analyse qui outre les collectivités nécessitera aussi une réorganisation des services de l'Etat sur les territoires... et ils sont nombreux et utiles...
En 2007 j'ai signalé que je tirerais mon chapeau à N Sarkosy s'il réussissait la réforme des CT... l'avancée principale devait prendre effet après son mandat, en 2014 !!! Celle-ci a été (maladroitement) enterrée par F Hollande, mais remplacée par un projet plus ambitieux, jugeons sur pièce maintenant et sa capacité à le réaliser durant son mandat et non pour le suivant.. déjà qu'il faut gérer les (pitoyables) comptes publics... On devra aussi mesurer la baisse du chômage... et pour cela sans doute imaginer un nouveau modèle plutôt qu'attendre le retour (improbable) des 30 glorieuses, le Politique et l'engouement qu'il représente le peut-il ? aux citoyens de prendre la mesure de leurs pouvoirs, ce blog y contribue.

Daniel D. 10/06/2014 18:33

Faut-il que ce soit les militants du PS qui tentent de sauver l'UMP ?

http://www.jegoun.net/2014/06/faut-il-sauver-lump.html

Daniel D. 10/06/2014 12:39

Mais avant écoutons le député Myard:

Le député des Yvelines estime aussi indispensable d'effectuer "un inventaire des cadres de l'appareil". "On ne prend pas les mêmes pour recommencer les mêmes errements, on fait le ménage de haut en bas! Il est vraisemblable d'ailleurs que la Justice va y concourir!", ajoute-t-il.

Voir CL...

Daruty 10/06/2014 11:04

Entre le résumé des propos de M. VALLINI, de M. BELLOT et votre propre commentaire, je n'ai pas trouvé la frontière : tout cela me satisfait pleinement et me redonne de l'espoir.
La carte Hollande à 14 régions est d'une étrange myopie.
1) parce qu'elle ne réduit pas assez le nombre de régions métropolitaines, et par conséquent leurs dépenses de fonctionnement. Que M. VALLINI ne sait ou n'ose pas chiffrer.
C'était pourtant l'argument le plus important du discours de M. VALLS pour le big-bang ;
2) parce qu'il sacrifie l'avenir de la France à quelques objectifs de très court terme (Nord, Bretagne, Poitou-Charentes) ;
3) parce qu'il n'a pas encore intégré que l'avenir de l'Europe, c’est inéluctablement une fédération de LÄNDER, dans laquelle les États actuels n’auront plus qu’un rôle folklorique, et qu'il importe de bien conformer aujourd’hui c eux des länder qui, tôt ou tard, viendront de France ;
Que chaque région soit bien découplée en ce qui concerne ses dimensions, son peuplement, sa ou ses métropoles, sa puissance économique, ses facultés éducatives, son attraction culturelle, etc.
La carte Hollande inflige à plusieurs régions un pied-bot extrêmement néfaste pour leur avenir.
Bien à vous.